Le gouverneur d’Antipodia sera lancé ce jeudi 9 février à l’Institut français de Maurice.
Un auteur – en l’occurrence Jean-Luc Coatalem – qui nous transporte jusqu’aux Antipodes, pour nous parler un peu, beaucoup, de nous-mêmes. A quel point a-t-il saisi notre essence, nos nuances ? A quel point est-ce que cet écrivain et journaliste français nous a-t-il percés à jour dans son dernier roman, Le gouverneur d’Antipodia ?
L’ouvrage paru chez Le dilettante sera lancé demain à l’Institut français de Maurice (IFM). Samedi 11 février, Jean-Luc Coatalem s’entretiendra avec Carl de Souza lors d’un happy hour, à 19 h à l’IFM. 
C’est aussi ça la littérature. Quand un auteur étranger se pique d’écrire quelque chose rappelant de près comme de loin Maurice, nous lecteurs – connaissant le sujet mieux que personne – jetons un regard particulier sur ces écrits. Le romanesque a malgré lui valeur de reportage. On décortique à loisir les passages se rapportant à Maurice, pour voir quelles images de l’île, de la société, de nous, ont retenu l’attention de l’écrivain étranger.
C’est à mi-récit que survient Moïse, le personnage mauricien d’une intrigue qui se déroule à Antipodia, une «lubie de cartographe, ébriété de philatéliste, songe de poète ? (…) Où est Antipodia ? Nulle part ou autre part (…) Un rocher parmi les vagues. Un cratère effondré. L’île a une forme de fer à cheval, protégée de falaises. Un Moïse – à vous de découvrir s’il sera un libérateur dans le récit en référence au personnage biblique du même nom – pris dans les filets d’un emploi précaire sur un bateau de pêche. Moïse qui précise, «Je suis Mauricien mais un Mauricien des Chagos (…) Je m’appelle Moïse, il devrait y avoir compensation».
Un Moïse que son capitaine Raymond n’en finit pas d’insulter. Le traitant d’«incapable», d’«assisté de la vie, que j’avais eu beau avoir été scolarisé à Maurice j’avais pas retenu, que j’effrayais jusqu’aux bébés poissons les Chagossiens tous des raclures, à peine bons à se baisser pour ramasser la noix de coco ou à dépenser les indemnités données par les Anglais à cause de la base aérienne, oui, le chômage c’était ma vraie maison à quarante-huit balais sonnés, j’étais au rebut, juste bon à faire le malin le samedi à la discothèque de Pointe-aux-Sables ou à celle, cimentée et éclairée par des néons dans les eucalyptus, de Baie-du-Tombeau».
Cartographie imaginaire
D’Antipodia la terre française, qui n’existe sur aucune mappemonde à part celle cartographiée par l’imaginaire de Coatalem, l’auteur nous fournit du réel quand il s’agit de Maurice.
Ainsi, il nous fait sentir à pleine narine les arômes de la «rougaille sounouk», du «riz ration» et des « paquets de biscuits Marie». Ou encore ceux des «flacons d’encre de Chine que nous vendait Sik Yuen le Chinois de Curepipe». Mais aussi les effluves de «parfum Bien Etre», ou des parties de jambes en l’air de Moïse et de son amoureuse Thérèse Tambourin, dans les «fatak». Mieux encore, le mot créole attrapé au vol, «naryen». Dans la bouche du capitaine Raymond, qui tout à l’heure, «parlait même pas créole». Véritable immersion donc dans le local pour ce récit articulé en «Je». Un «Je» changeant car Jodic et le Gouverneur, les principaux protagonistes de Le gouverneur d’Antipodia, se relaieront pour le dire.
* Le gouverneur d’Antipodia de Jean-Luc Coatalem est disponible à la librairie LeTrèfles.
Aline GROËME-HARMON (Source : l’express & moi)
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