Le nouveau président du «Mauritius Bar Council» (MBC) aime les risques. Après une longue carrière au Parquet, il n’a pas hésité à démissionner pour exercer en libéral. Son dernier pari : revoir le texte de loi régissant le MBC, qui date de 1957.
C’est dans les confortables locaux de la MBC que cet avocat de 52 ans nous reçoit, après une plaidoirie marathon en Cour suprême. Bien que cet avant-dernier enfant d’un commerçant en textile n’ait qu’une demi-heure à nous accorder, Me Rishi Pursem répond gentiment à toutes nos questions.
Etonnamment, son premier contact avec le droit a lieu alors qu’il n’a que 12-13 ans. C’est au collège New Eton de Rose-Hill que cela se passe. «Le collège New Eton a été le premier à introduire le droit comme matière obligatoire dans les petites classes du secondaire. Je l’ai découvert alors que j’étais en Form III. Et bien que cette matière n’était plus obligatoire au niveau de la Form V, j’ai opté pour elle car je considérais que le droit, les devoirs et les responsabilités figurent dans la vie de tous les jours.»
Après sa Form V, il hésite entre continuer les études ou aller aider son père à faire du commerce car cette activité lui semble plus rentable. Ainsi, pendant deux ans, il prête mainforte à son papa jusqu’à ce qu’il réalise que le commerce n’est pas son fort. Il étudie en vue d’obtenir l’équivalent de la Higher School Certificate. Une fois celui-ci en poche, Rishi Pursem n’ayant pas oublié sa fascination pour le droit, il décide d’aller étudier cette matière en Grande-Bretagne. Il quitte Maurice en 1979 et dépose ses valises à Londres, plus précisément au Middlesex Polytechnic, qui deviendra plus tard la Middlesex University.
Il y obtient son LLB et c’est au Lincoln’s Inn qu’il fait son Bar. Il a pour contemporain Satyajit Boolell, l’actuel Directeur des poursuites publiques. Rentré au pays, il prête serment comme avocat en 1985. Cette année-là, il y a une belle brochette d’avocats. Parmi ces derniers, Urmilla Banymandhub-Boolell, Gavin Glover, et Clarel Benoît, qui ont depuis fait leurs preuves. Mais aussi Pravind Jugnauth, qui a, lui, préféré écouter le chant des sirènes de la politique.
Lorsque Me Pursem prête serment, il n’y a qu’une centaine d’avocats à Maurice. Aujourd’hui, ils sont plus de 500. Il ne considère pourtant pas que les avocats sont en surnombre. «Si on compare ce nombre avec celui des avocats de Singapour, les avocats mauriciens sont sous-représentés. » C’est en 1986 qu’il entre au Parquet comme Crown Counsel. Trois ans plus tard, Me Pursem est nommé magistrat et envoyé pour un an à la magistrature de Port-Louis. Ensuite à celle de Rose-Hill où il est en poste pendant encore un an. En 1991, il regagne le Parquet.
Quatre ans plus tard, il ira à Canberra, en Australie, pour suivre un cours de rédaction des lois. Ce, pendant six mois. «On apprenait sur le tas et c’était extrêmement intéressant.» Aujourd’hui, des deux filles que lui a données son épouse Sarita, c’est la cadette Sweta, 20 ans, qui suit ses traces. Elle fait des études de droit à l’université d’East Anglia en Grande-Bretagne. L’aînée, Risha, 23 ans, est analyste financière à Sydney, en Australie.
En 2001, Me Pursem abandonne le poste prestigieux qu’il occupe au Parquet, à savoir Assistant Solicitor General, pour aller exercer en libéral. Il ne nous dira pas si c’est un désaccord qui est à la base de cette prise de risque. Car il recommence à zéro, à 42 ans, alors qu’il a une famille à charge, dont deux filles s’apprêtant à aller étudier à l’étranger. L’avocat préfère être diplomate. «J’estime que j’avais fait une belle carrière au Parquet. Je recherchais un nouveau challenge. J’ai voulu voir si la réussite serait également au rendez-vous au barreau. Si j’étais resté à mon poste, j’aurais été Parliamentary Counsel.»
Celui qui l’encourage à effectuer le grand saut n’est autre que Clarel Benoît, qui s’est spécialisé en droit des affaires et qui a sa propre étude. Il propose à Me Pursem de s’occuper de l’aspect litiges. Notre interlocuteur ne se fait pas prier. «En tant qu’Assistant Solicitor General, je faisais davantage de droit administratif. Là, j’allais m’occuper de régler des litiges commerciaux et cela allait constituer un nouveau défi.» S’il a eu quelques nuits d’insomnies après sa démission du Parquet – «je me demandais si j’avais fait le bon choix» – il réalise peu après qu’il avait eu raison. «C’était définitivement le bon choix. Le monde des affaires est fascinant.»
Depuis, Me Pursem a comparu dans plusieurs importants litiges, notamment celui opposant Jyotee Jeetun, ex-directrice de la Sugar Investment Trust à son employeur, l’Etat, et l’affaire de Leedon contre des liquidateurs d’une compagnie mauricienne. Ces deux affaires l’ont amené, durant ces cinq dernières années, à comparaître devant les Lords du Conseil privé de la Reine, une fois à Maurice et quatre autres à Londres.
Nouvellement élu président du MBC, c’est une instance que Me Pursem connaît bien pour y avoir travaillé deux ans sous la férule de sir Hamid Moollan, le président sortant. S’il dit vouloir assurer la continuité, il désire également faire en sorte que les jeunes avocats respectent les institutions que sont, selon lui, les juges et les magistrats et qu’ils soient en retour respectés. «Je veux pouvoir améliorer les relations judiciaire-barreau, police-barreau », précise-t-il. Sont-elles autant mises à mal ? Il réplique qu’il y a toujours «de la marge pour l’amélioration».
Depuis 1995, Me Pursem enseigne à mi-temps au Concil of Legal Education. S’il est satisfait de la formation légale offerte aux futurs avocats à Maurice, il pense que le gouvernement a bien fait de la revoir. Ce, avec l’introduction en 2011 de la Law Practioners’ Amendment Act qui transfère notamment cette responsabilité à l’université et aux autres institutions privées. «L’important est de s’assurer que les avocats forment les étudiants et non pas que ce soit les universitaires qui le fassent. Il faut que le barreau et le judiciaire soient parties prenantes de cette formation.» Avant sa refonte, le MBC a été consulté et a fait des recommandations d’amendements à la législation susmentionnée. «Certaines ont été retenues», précise Me Pursem.
La priorité du nouveau président du MBC est de renforcer l’association en dépoussiérant le texte de loi qui le régit et qui date de 1957.«Quand cette loi a été promulguée, il n’y avait qu’une cinquantaine d’avocats membres du MBC. Aujourd’hui, ils sont 509. Nous devons rendre l’exécutif du MBC plus représentatif en termes d’éléments féminins et revoir les pouvoirs de l’association, notamment en termes de sanctions.» Tout comme d’un point de vue externe, Me Pursem aurait souhaité que le MBC devienne l’interlocuteur privilégié des autorités en matière de droits. «Nous sommes consultés mais nous aurions souhaité avoir plus de say dans les affaires.»
Plusieurs avocats bifurquent vers la politique. Il ne leur emboîtera pas le pas, affirme-t-il. «Je suis l’actualité politique certes, mais je suis trop heureux dans ma profession. Et c’est ce qui compte…»
(Source : l’express, samedi 4 février)
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