Rekha Issur-Goorah, Registrar à l’université de Maurice, est tenue pour responsable par le syndicat du personnel enseignant (UMASU) de la démission du vice-Chancelier, Konrad Morgan, et du gel de son plan de restructuration. La principale concernée nie et reste stoïque. Elle en a vu d’autres.
«A l’école, j’étais très bonne en anglais et français. Je voulais d’ailleurs être avocate. J’aurais peut-être mieux fait de l’être, étant donné la polémique sur moi ces jours-ci !» déclare, entre deux quintes de toux, la quadragénaire Rekha Issur-Goorah. Il faut dire que cette aînée de feu Karam Issur, ancien directeur de Vacoas Transport et de Toyota, n’en est pas à sa première controverse publique.
Souvenez-vous, en 2001, celle qui s’est classée première lauréate du Queen Elizabeth College, Art Side, en 1980, n’hésitait pas à loger une plainte en Cour suprême pour contester la prolongation du contrat de la Registrar, censée partir à la retraite. Et, en 2002, c’est devant la National Human Rights Commission qu’elle démontrait que malgré sa maîtrise en Higher and Professionnal Education obtenue à la fin des années 90 avec distinction auprès de la London Institute of Education, des collègues admis après elle et moins qualifiés qu’elle avaient obtenu des promotions. Ce n’était pourtant pas son cas, malgré ses dix ans de service.
Quelque temps après cette contestation, elle recevait une lettre de nomination en tant que Deputy Registrar alors que le poste n’avait pas été officiellement déclaré vacant. Si elle n’a pas claqué la porte durant cette attente d’une promotion, c’est parce «qu’à l’époque, il n’y avait pas d’autres institutions d’études supérieures, comme c’est le cas aujourd’hui. De plus, les bénéfices accumulés, comme par exemple les pensions, n’étaient pas transférables vers le secteur privé. Mais, je suis un tough cookie, comme le dit l’Anglais.»
Celle qui aurait pu être avocate a fait plaisir à sa famille, en utilisant sa bourse de lauréate pour obtenir une licence d’Anglais auprès de l’University College de Londres. «Mon père pensait qu’il fallait me protéger du monde des criminels et qu’un emploi d’enseignante siérait davantage à une fille, appelée à fonder un jour une famille,» précise-t-elle. Ce premier diplôme obtenu, Rekha Issur-Goorah embraye avec un post-graduate diploma en Social Policy & Administration, qu’elle obtient auprès de la London School of Economics, au milieu des années 80.
Si elle opte pour l’administration, souligne-t-elle, c’est parce qu’à cette époque, «il n’y avait pas de grands débouchés à Maurice. L’administration était le terme employé dans le secteur public et c’était l’équivalent du management dans le secteur privé. Et lorsque je suis rentrée, je me suis dit que j’allais intégrer n’importe quelle institution qui voudrait bien m’embaucher car la situation économique était encore très difficile.»
Apprenant que le Mahatma Gandhi Institute recherche un enseignant d’anglais, elle postule et est recrutée. Si au départ, elle s’y plaît, au bout de sa deuxième année, elle ne se voit pas y faire son avenir. «Ma priorité a toujours été de travailler et d’être reconnue pour un travail bien fait. Si bien que lorsque j’apprends que l’université de Maurice (UoM) recherche un Administrative assistant, je fais acte de candidature et j’obtiens l’emploi.»
Cela fait maintenant presque 25 ans que Rekha Issur- Goorah est employée à l’UoM. Et c’est en 2006 qu’elle est nommée Registrar. A l’écouter se raconter, on pourrait croire qu’elle aurait de bonnes raisons d’être frustrée de toute la situation à l’UoM. A commencer par le fait qu’elle ait les qualifications requises pour administrer l’université, mais qu’elle ne soit qu’une Registrar. Et qu’elle siège, certes, sur bon nombre de comités, mais sans droit de vote. Qu’elle se heurte au plafond de verre, vu que le personnel non-académique ne peut aller au-delà du poste de Registrar. Ou encore que le deuxième plan de restructuration, revu et corrigé par Konrad Morgan et des membres d’un sous-comité chargés de cette responsabilité, relègue au deuxième plan le personnel non-universitaire et réduit son rôle à une «peau de chagrin», c’est-à-dire ne s’occuper que des étudiants. Comme elle le faisait il y a 25 ans, lorsqu’elle venait d’intégrer l’université. Or, Rekha Issur-Goorah n’omet rien de tout cela.
Mais, souligne-t-elle, «la vérité cachée est autre». Si elle est devenue la cible de plusieurs instances aujourd’hui, dit-elle, c’est en raison de son franc-parler. «Le Registrar, c’est l’administration centrale où convergent toutes les informations. Mais cela ne veut pas dire que l’on empêche les facultés de faire leur travail. En fait, je fais les frais de mon franc-parler. S’il y a des abus dans la nouvelle formulation des règlements, je n’hésite pas à le dire car c’est moi qui dois ensuite aller défendre la position de l’université en Cour. Quelle influence peut avoir une personne qui n’a aucun droit de vote sur aucun comité ? Tout ce qui est dit à mon propos est de la fumisterie. On ne m’aime pas parce que, lorsque je pense qu’un règlement va affecter certains négativement ou avantager un groupe au détriment d’un autre, je le dis tout haut. C’est ma seule explication à toutes les attaques dont je fais l’objet.»
Elle tient à démontrer qu’elle n’a pas la main haute dans la démission du vice-Chancelier. «Pour tout vous dire, lorsqu’en décembre 2010, il a préparé seul son premier rapport en comparant les différents systèmes universitaires, j’étais d’accord avec ledit rapport. Sauf que ce plan n’a pas passé la rampe du conseil d’administration. Ce dernier a demandé qu’il soit revu par un sous comité sur lequel je ne siège pas. Le vice-Chancelier a revu sa copie et son plan initial a été grandement amendé. Dans ce plan, le personnel non-académique y est relégué au deuxième plan et mon travail change drastiquement. Les plus mécontents sont mes assistants car ce sont eux qui vont monter après moi dans la hiérarchie. Un mouvement de contestation se dessine et l’UMASU, sentant de la résistance, me l’attribue. J’ai vraiment bon dos.» Elle ajoute que le conseil d’administration fait passer le deuxième rapport devant le Sénat, composé uniquement d’universitaires, et là encore, le sentiment général est qu’il ne faudrait pas aller de l’avant avec un rapport ne faisant pas l’unanimité.
«Le conseil d’administration décide de poursuivre son action et le Chairman décide de faire voir le rapport par un task force privé sur laquelle, je le répète, je ne siège pas. Je ne siège ni sur le sous-comité, ni sur ce task force privé et on vient me taxer d’être super puissante et de tout contrôler ? C’est insensé. Je suis en faveur d’une réforme, mais celle-ci ne doit pas donner satisfaction uniquement à l’UMASU.»
Elle nie aussi la proximité qu’on lui prête avec des ministres. «Je ne suis pas assez importante pour que le ministre Jeetah ou d’autres ministres m’appellent. Ils traitent directement avec le vice-Chancelier.» Bien qu’affichant un calme olympien, Rekha Issur-Goorah pense qu’elle gêne certains et qu’on veut la faire partir «comme ils ont jadis eu d’autres à l’usure. Mais moi, je ne partirai pas de sitôt et surtout pas sans faire valoir mes droits». Qu’on se le tienne pour dit…
Marie-Annick SAVRIPENE (Source : l’express, samedi 28 janvier)
|