Le football américain gagne du terrain à Maurice, à l’initiative de quelques passionnés. Même si ce n’est pas gagné d’avance, ils comptent bien faire du sport préféré des Américains une discipline qui a sa place chez nous.
C’est par la petite porte que le sport le plus populaire au Nord du Rio Grande tente d’entrer dans la grande famille du sport mauricien. Mais de hautes ambitions hantent les rêves du petit noyau de passionnés à l’origine de la création de la Mauritius American Football Association (MAFA)… Ils rêvent en effet de participer aux prochains championnats du monde de Football Américain prévus pour 2015.
« C’est tout à fait faisable », explique Thierry Villeneuve Anodin, un des tout premiers passionnés par ce sport plus que spectaculaire. « Les équipes qui participeront au championnat seront sélectionnées selon leur région d’origine. Or il n’y a aucune équipe en Afrique, ni dans la région océan Indien. Nous serions donc qualifiés d’office pour les championnats du monde. Tout ce qu’il nous faut, c’est créer une fédération et un championnat national, avec un minimum de quatre équipes… »
Cette idée un peu folle vient du fils d’un célèbre footballeur local. Alors que son père Désiré enflammait les foules au stade, Jonathan L’Enclume ne se sentait pas du tout attiré par le ballon rond. Cherchant une alternative, il se penche alors vers une autre forme géométrique : l’ovale. Il s’initie d’abord au rugby à Maurice, puis continue sur sa lancée lorsqu’il part étudier en Australie. Jusqu’au jour où il remarque quelques jeunes qui s’entraînent au football américain en bas de son immeuble… « Par curiosité, je suis allé les voir. Ils m’ont dit que je n’avais besoin que d’un t-shirt, d’un short et de chaussures de sport pour jouer avec eux, alors je suis vite remonté chez moi pour m’habiller. Et tout de suite, ça a été le coup de foudre… »
Après deux années de pratique durant lesquelles il participe au championnat national australien, Jonathan retourne à Maurice. Mais il ne veut pas renoncer à son sport préféré. C’est ainsi qu’il décide de lancer, mi-novembre, avec l’aide de quelques amis, une fédération locale de football américain. Une page Facebook est créée, quelques intéressés sont mobilisés, et rapidement ils réussissent à réunir assez de joueurs pour monter une petite équipe, les Demondodoz. « Une équipe, c’est bien, mais il nous faut quand même des adversaires pour nous mesurer à eux », admet Thierry.
Populariser le sport auprès des jeunes
La mission actuelle de la MAFA est donc de populariser au maximum le sport après des jeunes mauriciens, ce qui semble loin d’être une mission impossible. « Beaucoup de Mauriciens ont déjà entendu parler ou vu ce sport à la télé ou dans les films américains. Ces gens connaissent donc déjà, dans les grandes lignes, le foot américain. »
Pour l’heure, les joueurs en sont encore au stade de l’apprentissage des règles et des différentes techniques et formations de jeux. Le but étant de former les jeunes qui créeront leurs propres équipes dans différentes parties de l’île. Mais des obstacles de taille se dressent devant les rêves des footballeurs. « Lorsqu’on parle de foot américain à Maurice, beaucoup de personnes nous disent que c’est du rugby, alors que cela n’a rien à voir. Les règles sont complètement différentes ainsi que le terrain, le nombre de joueurs et les aptitudes requises pour y jouer. »
L’autre difficulté, et non des moindres, est l’aspect financier. Les équipements de football américain coûtent cher, « au minimum Rs 10 000 par joueur », avoue Jonathan. Il faut en effet compter, outre le ballon, de nombreuses protections, dont un casque, des protections pour le buste, les hanches, les cuisses, les bras, les tibias… Toute une panoplie que nos footballeurs seront obligés de commander de l’extérieur à grands frais. Ils espèrent ensuite trouver un fabricant local qui pourrait recopier les produits.
Les membres de la MAFA sont donc à la recherche de soutiens financiers de sponsors et du ministère pour leur donner un coup de pouce pour leur projet. « Le football américain peut apporter beaucoup de choses à la société », explique Jonathan. « Il inculque des valeurs qui servent dans la vie comme l’esprit d’équipe, la discipline, le respect de soi et des autres… »
De plus, nul besoin d’être un surhomme ou de posséder les muscles de Conan le Barbare pour y jouer : « Il suffit de pouvoir courir vite sur une petite distance », précise Thierry, « parce que les phases de jeu sont très courtes. Ce sport est très explosif et dynamique, alors que le rugby demande beaucoup plus d’endurance. Et les postes sont adaptés à toutes sortes de gabarits. » Que les petites natures et ceux qui aurait peur de se faire bobo soient rassurés : ils ne subiront pas de plaquages avant que tout le monde n’ait capté toutes les subtilités du jeu, et soit équipé des protections adéquates.
Thierry avance même que les protections « répartissent très bien les chocs, et il est extrêmement rare de se faire vraiment mal. » Si vous êtes intéressé par ce sport passionnant, jetez donc un coup d’oeil à la page Facebook de la MAFA et renseignez-vous auprès de Jonathan ou de Thierry.
Origines
C’est après l’introduction du football (soccer) et du rugby en Amérique du Nord, au milieu du 19e siècle que naît le jeu que l’on connaît sous le nom de « football américain ». Il existe plusieurs variantes : le « football canadien » et le « football américain » sont, par exemple, pratiqués en suivant des règles différentes. Ces différences ont pour origine le fait que les universités où l’on jouait au football et au rugby ont fi ni par mélanger les deux sports, et avaient chacune leurs propres règles. Il a fallu attendre 1880 pour que l’entraîneur de l’équipe de Yale codifie les différentes variantes du sport. Il en existe une dizaine, et les règles se différencient principalement sur le nombre de joueurs et la taille du terrain. En Océanie, toutes ces variantes sont regroupées sous l’appellation « Griridon Football ». Elles tombent toutes sous l’autorité de l’International Federation of American Football (IFAF).
Règles du jeu
Au football américain, chaque équipe sur le terrain est composée de 11 joueurs. Un match se déroule en plusieurs phases de jeu d’attaque ou de défense. Il faut donc à une équipe au minimum 22 joueurs, 11 attaquants et 11 défenseurs, qui se succèdent sur le terrain. Le but des attaquants est de marquer en pénétrant dans l’en-but adverse, un peu comme au rugby, la différence principale étant qu’il n’est pas nécessaire de plaquer le ballon au sol lorsque c’est fait. On appelle cela un touchdown, et il vaut six points. Il est aussi possible de marquer en frappant entre les poteaux en forme de H, ce qui vaut 1, 2 ou 3 points. Juste avant le début d’une phase de jeu, les lignes d’attaque et de défense se font face. Le but des attaquants est de progresser d’au moins 10 yards (pas) au bout de quatre essais. Dès qu’un défenseur plaque au sol un attaquant qui porte le ballon, les deux équipes reviennent au centre pour une autre phase de jeu. Si le défenseur intercepte le ballon, l’équipe défensive attaque lors de la prochaine phase. C’est aussi le cas lorsque les attaquants n’arrivent pas à progresser de 10 yards au bout de leurs quatre essais. |