« Le séga c’est ma musique ». C’est ce que chante Alain Auriant sur son nouvel album Par amour, sorti récemment. Musique sur laquelle l’auteur-compositeur choisit cependant de ne poser que des textes en français. Paradoxal pour un chanteur qui donne tous les signes d’écrire davantage pour un public étranger que local. Ce qui est tout de même un comble pour quelqu’un qui a représenté les couleurs mauriciennes aux Cora Awards ou encore qui a composé un hymne pour les Jeux des îles.
Comment expliquer qu’Alain Auriant chante, dans Le séga c’est ma musique : «Je veux faire vibrer l’afrique/Suis un enfant de l’océan/Je veux faire danser le continent». Mais que l’on peine à adhérer à son message tant son «séga» ne ressemble pas à ce que l’on attend d’un séga.
Influence de son parcours de chanteur pour cabaret d’hôtels, restes de sa participation à un concours du défunt Centre Charles Baudelaire (Par amour est réalisé grâce au soutien de l’Institut de Maurice) ? Toujours est-il que ce nouvel album ne correspond pas aux catégories traditionnelles. Si on entend bien du reggae ensoleillé grâce aux cuivres, si on passe d’un «séga» au rock, Alain Auriant montre surtout comment Par amour de la musique, il a totalement changé de registre. Pour adopter un style hybride où mélancolie et amour inabouti côtoient des balades qui se ressemblent toutes un peu. Il a beau s’entourer d’une belle brochette d’artistes, il reste omniprésent et déroutant. En ouverture, il faut lire sur la pochette que Bruno Raya fait du featuring sur Partir pour s’en convaincre. Car à part les deux phrases qu’il articule au début, Bruno Raya disparaît totalement de la chanson. Bien fi n aussi qui arrive à distinguer le timbre de Linzy Bacbotte dans les choeurs de Bienvenue.
En revanche, la puissance vocale de Ludmilla Ono est poussée à fond. Chanteuse-caméléon capable de s’adapter à tous les styles, elle est la force qui contraste avec la douceur étudiée d’Alain Auriant. Un auteur-compositeur qui n’hésite pas à citer Victor Hugo sur la pochette joliment travaillée de l’album : «Vivre, c’est s’engager». A qui cela s’applique-t-il en premier ?
Aline GROËME-HARMON (Source : l’express & moi)
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