Maurice a progressé dans la reconnaissance de la langue créole locale. Toutefois, il reste encore des mesures à prendre pour que le kreol soit vraiment reconnu et intégré dans divers systèmes. Notamment, au niveau de la constitution et de l’éducation.
C’est l’opinion, le jeudi 28 octobre, journée internationale de la langue et la culture créoles, des certaines organisations et d’un parti politique, militant depuis des années pour la légitimation du kreol à Maurice.
Rezistans ek Alternativ a décidé de faire de la reconnaissance du kreol, «un axe central de son projet politique pour une nouvelle constitution et une nouvelle république».
Le parti, a émis, le 28 octobre, un communiqué (signé par deux porte-paroles, Georges Legallant et Veena Dholah), à ce sujet.
Rezistans ek Alternativ réclame que la langue créole soit reconnue comme langue nationale dans la constitution de Maurice. Selon le parti, c’est «une raison de plus prouvant qu’il est l’heure pour une nouvelle constitution». Les parlementaires devraient également s’exprimer en kreol à l’Assemblée nationale. De surcroit, le parti affirme qu’il est nécessaire de reconnaître la langue créole dans les institutions publiques, et que les associations et syndicats puissent écrire leur procès verbaux en kreol.
Rezistans ek Alternativ soutient aussi que cette langue doit être davantage reconnue dans le système de l’éducation. Pour ce faire, il ne suffit pas qu’elle soit introduite sous forme de matière scolaire mais aussi, qu’elle soit adoptée comme médium d’enseignement.
De son côté, les idées Ledikasyon Pu Travayer (LPT), par le biais de l’un de ses porte-paroles, Alain Ah-Vee, rejoint celles de Rezistans ek Alternativ. Ces idées concernant l’expression en kreol au Parlement et l’adoption du kreol comme médium d’enseignement au niveau scolaire. Aussi, par rapport à la rédaction, en kreol, des procès-verbaux des associations. LPT est aussi d’avis qu’une sensibilisation est nécessaire dans certaines régions où le kreol est une langue opprimée. Cette organisation pense également qu’il faut encourager l’écriture en kreol, puisque le kreol sera bientôt introduit comme sujet à l’école. Selon elle, cela demande une littérature en kreol plus vaste.
Néanmoins, LPT se dit satisfait des progrès réalisés par Maurice dans la reconnaissance du kreol. «Il y a une plus grande acceptation du rôle de la langue maternelle dans l’éducation. Aujourd’hui, il y a aussi plus de livres, dictionnaires, pièces de théâtre et spectacles d’humour en kreol», déclare Alain Ah Vee.
Arnaud Carpooran, linguiste, spécialiste des langues créoles, et l’un des créateurs de grafi larmoni, trouve aussi des raisons de se réjouir de ce progrès. Il est membre de l’Akademi Kreol Morisyen et se dit «ravi» de pouvoir participer au processus de préparation à l’intégration du kreol dans les établissements scolaires. Il confie que l’Akademi Kreol Morisyen a organisé sa première réunion, hier 28 octobre, à IVTB House, à Phoenix. Rada Tirvassen, Dev Virahsawmy, Alain Romaine, Ramesh Padaruth, Alain Ah-Vee, Jimmy Harmon, Gilberte Chung, Danielle Turner, Jean Marie Richard et Lindsay Morvan, font aussi, partie de cette académie.
Arnaud Carpooran soutient que le travail a été divisé en comités qui travailleront, respectivement,  sur l’orthographe, l’élaboration des manuels scolaires, la grammaire ou encore, la formation des enseignants. Des délais ont aussi été fixés. La prochaine réunion de l’académie, pour suivre le travail accompli, devrait avoir lieu dans une quinzaine de jours.
«Nous avons vécu, cette année, une évolution quantitative et qualitative sur la question de la langue créole. Le kreol sera présent dans beaucoup plus de sphères, domaines et registres où il n’était pas auparavant. Le kreol évolue, s’enrichira. La structure et le vocabulaire de cette langue seront affectés par le fait que nous sommes en train de l’écrire», conclut Arnaud Carpooran.
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