Il a hésité avant d’accepter cette entrevue. Les conditions ont été nombreuses, dont l’éclairage verdâtre, «essentiel». Puis, au moment convenu, il nous est apparu… Frissons.
 Cela fait un an que vous êtes parti…
(Ses grands yeux se remplissent de larmes. D’ailleurs on ne voit que ses yeux. Le reste du visage, que l’on devine squelettique, est caché par un masque chirurgical. La voix n’est qu’un souffl e, une sorte de murmure oscillant entre une voix d’enfant et celle d’un fantôme). Parti ? Moi ? Mais pas du tout. Je n’ai jamais été aussi présent. Vous souvenez-vous quand c’était la dernière fois que l’on a autant diffusé mes chansons en boucle ? En fait, je crois que «partir», comme vous dites, est la meilleure chose qui pouvait m’arriver. Mes ventes de disques et de DVD ont décollé. On me pirate plus que jamais. J’ai pu racheter mes biens, moi qui étais ruiné. Les fans ont pleuré, veillé, chanté pour moi. Ils allument encore des cierges pour moi. Pourtant, depuis ces dernières années, j’étais devenu un peu has been. Merci à eux. Merci à tous ceux qui m’ont redécouvert, qui ont dit que je suis un génie. J’ai même envie de faire un nouvel album. Mais vous pouvez être sûrs que je ne signerai pas avec Sony. Je suis certain qu’avec tous les inédits qui reposent toujours dans les tiroirs de Neverland, on pourrait sortir quelque chose qui exploserait le Top of the Pops. Mais il faudrait faire une promotion digne de ce nom. Pas comme pour Invincible.
Vous préoccupez-vous toujours de vos finances là où vous êtes ?
Mais bien entendu. Avec ces rapaces… hmmm… Je veux dire : avec toute ma famille qui se bouscule pour toucher à mon argent, il faut bien que je sois prudent. Mon papa et ma maman m’ont bien fait travailler quand j’étais enfant. Autrement, mes petits princes (NdlR : Prince Michael I et II, ses enfants) pourraient bien se transformer en crapauds. (Il enlève le masque. Un pâle sourire effleure ses lèvres maquillées). Je les aime beaucoup. Plus que n’importe qui. Je me demande pourquoi Latoya ne me laisse pas tranquille. Pourtant, elle a toujours tout fait pour me ressembler. Mais bon, c’est sans doute Human nature. Il n’y a que ma petite Janet qui me comprenait. Elle n’était pas comme les autres.
 A quoi occupez-vous l’éternité ?
Je me porte très bien. Plus besoin d’heures de répétition pour garder ma souplesse de danseur. Et le meilleur dans tout cela, c’est que depuis l’année dernière, je peux littéralement faire du moonwalk. Je peux faire un tour du côté de la lune quand les zombies de Thriller me fatiguent trop. Ils n’arrêtent pas de danser tant la chorégraphie du clip était marquante. Et elle a été beaucoup copiée. Blame it on the boogie. Ça m’a donné des idées. Je dois inventer d’autres pas de danse. (Il se lève et nous montre. Il a la main sur le scrotum et glisse en diagonale. Se rassied. Reprend son souffle.) Et mon teint… Qu’est-ce que je peux vous en dire ?… Il n’a jamais été aussi rose et frais. Je savais que de toute façon vous alliez aborder le sujet. J’en parle avant que vous ne le fassiez.
C’est parce que l’on a dit que toute votre vie vous avez sans cesse changé de peau…
Les petits enfants m’en sont témoins, je voulais juste avoir une peau de bébé. Et puis j’ai eu le vitiligo. Personne n’a jamais compris. A part Dieu le Père, lui qui est tout blanc, de la barbe à la robe. Il m’a dit : «Mon fi ls, tu avais si bien commencé. Tu as fait We are the world. Tu as dit Heal the world. Après qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi n’as-tu pas accepté The man in the mirror ? Je t’ai fait à mon image.»
Avez-vous trouvé la paix ?
I rest in peace. Enfin, relativement. Ici, je n’ai pas besoin de gérer mon image. Tout le monde, de John Lennon à Elvis Presley, sait que je suis une star. D’ailleurs, j’ai enfin pu rencontrer mon ex beau-père. Il m’a initié à ses sandwichs beurre, pistache et confi ture. On fait des duos du tonnerre ! |