Apres 42 ans d’indépendance, quel bilan ? Indéniablement le pays a enregistré  un développement économique certain. Toutefois, le mauricianisme est encore à créer. Les Mauriciens en sont toujours en attente. Pire, certains de nos compatriotes pensent qu’au lieu d’avancer dans la voie de la construction d’une nation le pays a au contraire connu un recul.
«Nous avons fait un bond économique énorme dont nous pouvons être fiers » déclare Percy Yip Tong, le militant culturel et directeur du Collectif Urgence Toxida (CUT). Il explique que c’est arrivé «  grâce au travail assidu de la population, à la stabilité politique et à un secteur privé dynamique».
Les Mauriciens reconnaissent qu’en 1968, le pays n’avait pas les ressources pouvant assurer son développement. «Je pense que ce que l’île Maurice est parvenue à faire en 42 ans d’indépendance est vraiment incroyable», affirme Jane Valls.
C’est également, le sentiment de Jean-Pierre Hardy. «Je suis très heureux que le développement du pays a été bien au delà de ce que beaucoup de gens ont pu imaginer autrefois», convient-il.
Toutefois, il y a comme une déception quand on évoque l’appartenance nationale. «J’ai le sentiment d’un recul, d’un repli, dans le processus de construction d’une nation égalitaire et solidaire », confie Shenaz Patel, écrivain. « La notion de mauricianisme  semble un archaïsme, bouffée par l’affirmation sectaire », dit-elle.
Toutefois, elle reconnaît que 42 ans, c’est très court dans la vie d’une nation. « Tout reste à construire», affirme-t-elle. Shenaz Patel n’est pas seule à penser que le pays n’a pas progressé sur la voie de l’identité nationale.  Percy Yip Tong, directeur du Collectif Urgence Toxida (CUT) éprouve le même sentiment. «Depuis l''Indépendance, le mauricianisme a reculé. Aujourd'hui, le racisme et le communalisme n'a jamais été aussi présent dans notre société. »
Un avis partagé par Kavi Pyneeandy, président d’Amnesty Maurice. « Le chemin vers le ‘Nation Building’ laisse beaucoup à désirer. A ce niveau, en 42 ans, nous avons fait très peu de progrès. »
Il y a convergence de vues quant à ceux qui doivent porter la responsabilité de ce déficit sur le plan de l’identité nationale.  Ce sont les politiques qui ont failli à leur devoir. Nos interlocuteurs estiment que les politiciens auraient contribué au recul.
«En fait, aujourd’hui, nous voyons que les partis politiques, en général, représentent des groupes ethniques», déclare Kavi Pyneeandy. « Cela n’aide pas à la construction d’une société mauricienne, au mauricianisme. Dans le passé, il n’y avait pas autant de groupes socioculturels. Ils ont poussé comme des champignons. Ceci est un handicap à la construction de l’identité mauricienne», poursuit-il.
Les compromis des politiques ont permis l’émergence des groupes sectaires. « La faute aux politiques si les  Voices of... de toutes sortes sont apparues », constate Percy Yip Tong. «  A quand un  Voice of Mauritius ? » se demande-t-il.
Percy Yip Tong ne peut s’empêcher de regretter l’absence d’une harmonisation culturelle. « Après 42 ans d'indépendance, un Centre Culturel Mauricien n'existe  toujours pas. Un peuple sans culture est un peuple sans racine», dit-il.
Quelles doivent être les priorités à l’avenir ? Nos interlocuteurs sont unanimes à reconnaître que l’Education, la lutte contre la pauvreté, la protection de l’environnement et l’épanouissement de la culture mauricienne doivent retenir l’attention.  «Il faut réduire le taux d’échecs et donner une éducation de qualité qui prépare nos jeunes à affronter les défis du monde d’aujourd’hui», soutient Jane Valls.
Kavi Pyneeandy, lui, réclame une accentuation de la lutte contre la pauvreté.  «Je pense qu’il faut prendre en compte cette frange de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté ». Il ajoute qu’il est indispensable que le concept des droits humains soit élargi. « Peu importe le gouvernement qui prendra le relais, il devra élargir la notion des droits humains dans la Constitution de Maurice. Pour y inclure les droits socio- économiques  et culturels», explique Kavi Pyneeandy.
La protection de l’environnement et la planification urbaine doit être à l’agenda des décideurs, estiment les personnes interrogées. « L’urbanisme est le secteur qui demande une réflexion en profondeur  si l’on veut éviter que la fin du secteur sucre voit se développer une urbanisation sauvage », affirme Jean-Pierre Hardy, membre du Fond Maurice Ile Durable (MID).
Sans le développement du secteur culture, l’amélioration de la qualité de la vie n’aura pas beaucoup de sens. « La culture , c’est  l’oxygène d’un pays » estime le chorégraphe Sandhip Bhimjee.
Shenaz Patel, partage l’avis du chorégraphe. «C’est de notre capacité à nous penser et à nous projeter que dépendra, aussi, notre avenir» déclare-t-elle. 
En dépit de ces travers et carences notés, le Mauricien demeure optimiste pour son pays. «J’ai énormément d’espoir en la population mauricienne. Il y a une majorité silencieuse qui ne s’exprime pas, mais qui sait qu’elle a un rôle à jouer dans la construction de la nation», soutient Kavi Pyneeandy.
Et Sandhip Bhimjee de s’exclamer sur une note optimiste  «Maurice, c’est un pays miracle !»,
 
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