« J’ai commis des erreurs, mais j’ai payé pour ça » , explique Reza. Cet homme d’une quarantaine d’années a séjourné seize fois en prison. Depuis le 31 décembre 2007, il a retrouvé la liberté. Avec la ferme intention de se tenir éloigné de l’univers carcéral. Il travail et ne se drogue plus. Mais, son passé est un obstacle qui l’empêche d’avancer. Ils sont nombreux dans cette situation. 3 500 personnes sont incarcérées dans les sept prisons de l’île. 80 % pour une affaire liée à la drogue. Chaque mois, cent personnes sont libérées. Le taux de récidive est de 80 %. Jeudi, l’association Kinouete , qui oeuvre pour la réhabilitation d’ex- détenus, a organisé une rencontre avec les différentes ONG et acteurs du secteur carcéral. Aucun membre du judiciaire ou du système pénitentiaire n’a fait le déplacement. « Si dimoun kone mo sorti dan prison, mo kapav perdi travay » , confie Pamela. Agée de 30 ans, elle a passé quatre ans et demi en prison. Elle a été liberée le 26 décembre 2008. Depuis quatre mois, elle travaille dans un restaurant. Son employeur ne sait rien de son passé. Elle a peur de perdre son emploi. Pour cause. « Mo mama inn fer det Rs 25 000 pou mo sorti dan prison. » Elle doit travailler pour rembourser la dette contractée par sa vieille mère. Et pour s’occuper de sa fille de onze ans. Le compte bancaire des condamnés est gelé indéfiniment dans les affaires de drogue. Impossible aussi d’ouvrir un nouveau compte. Autre difficulté, l’obtention d’un « certificat de moralité » . Reza, lui, n’en a pas eu besoin. A sa sortie de prison, il est embauché comme gardien de nuit. Il sera rattrapé par son passé. Il est renvoyé. Mais, il ne lâche pas prise et trouve un autre emploi. « Dan prison, pa gayn KFC, seki donn ou bizin manze. Mo deza get mine apollo dan zournal mo plore » , se souvient Pamela. Elle précise que l’aide des associations, qui suivent les détenus en prison, l’a aidée à s’en sortir. « Tou kour ti ena monn suiv » , confie- t- elle. Et depuis sa sortie de prison, elle fait des épilations de sourcils. « Mo pa le retrouv mo bann kamarad. Mo travay cleaner lazourne, aswar mo fer gardien. Mo ena mo ti plas mo reste, mo korek » , explique Reza. Sa famille lui manque. Il ne voit plus ses quatre enfants. Son épouse l’a quitté. Il rêve de les réunir. Pamela, elle, dira : « Avant mo ti pe met mo linz dan boit karton. Zordi, mem mo pena narnier, mo bien. » Or, une appréhension subsiste. Celle d’être rejetée par la société alors qu’elle a déjà payé sa dette. Vincent POTAGE |