Interview RAJESH JEETAH, MINISTRE DE LA SANTÉ Super U , KFC , Innodis : Rajesh Jeetah en fait- il trop sur l'hygiène alimentaire ? Vise- t- il les complices du « grand capital » ? Le ministre de la Santé répond à la polémique. Mettons d’entrée les pieds dans le plat. KFC a contesté la présence de salmonelle dans ses produits. Finalement, c’était leur parole contre la vôtre… Je ne sais pas comment KFC fait ses tests. Par contre, je sais comment travaillent les professionnels du Central Laboratory , je n’ai aucun doute sur leurs conclusions. Ils effectuent plus de sept millions d’analyses par an. Ils connaissent leur métier par coeur, j’ai une confiance absolue. Et d’après vous, pour l’opinion publique, quelle parole est la plus fiable : la vôtre ou celle de KFC ? KFC ne peut pas prétendre que ses tests sont plus fiables que ceux du Central Laboratory . Vous pensez donc être plus crédible ? ( Rires.) Les autorités ont la compétence et les équipements. Elles ne sont ni juge ni partie. Certains ont pourtant décelé un zèle suspect dans l’action de la Santé contre KFC . Que répondez- vous à ceux qui vous accusent de parti pris ? Les produits incriminés chez KFC ne représentent qu’ 1,7 % des 850 tonnes saisies depuis un an. Pourquoi en faire une montagne ? Lorsque nous avons détruit 368 tonnes de poisson, ou 11 tonnes de riz importé par la STC , ça n’a ému personne. Pourquoi, hein ? Peut- être que les soutiens de KFC ne suivent pas l’actualité. Ou alors ils défendent leurs propres intérêts. Ceux qui pensent que vous visez la bourgeoisie blanche ont donc tort ? Oui. Le problème, c’est que vous ne me connaissez pas, monsieur. Vous parlez à un membre fondateur de la Table Ronde – toujours membre du Club 41 . Mon meilleur ami et mentor – un universitaire de Cambridge – a la couleur de peau dont vous parlez. Mes amis de la Réunion qui viennent chez moi, dans ma propre cuisine, ont la couleur de peau dont vous parlez. Mais si quelqu’un a mal agi, sa couleur de peau n’est pas une immunité. « S’il s’attaque à KFC, c’est qu’il veut le scalp de Food & Allied » . Quand on vous jette ça à la figure, vous réagissez comment ? Je me dis que c’est facile, petit, mesquin. Que ceux qui parlent ainsi ne me connaissent pas. Au fond, ils cherchent à masquer leur absence d’argument. Pensez- vous que votre réputation vous précède ? ( Il se redresse dans son fauteuil.) Ah, tiens ! Parlez- moi de ma réputation, ça m’intéresse. La fermeture de Desbro , le lait Amul , la farine turque ; ça vous dit quelque chose ? Vous voulez qu’on regarde ça en détail ? Prenons le cas de la farine. Fin 2007, notre fournisseur m’annonce qu’il augmente son prix de 73 %. Mettez- vous à ma place. ( Il rejoue le dialogue censé s’être déroulé dans son bureau avec un représentant du fournisseur.) - ( Lui.) « Monsieur, nous aurons à travailler ensemble dans la durée, essayons de nous entendre sur un prix qui convient à tout le monde. Une hausse de 73 %, c’est trop. » - ( Son interlocuteur.) « Écoutez- moi beuneum [ il imite l’accent Blanc] , je veux mes 73 % ! » Ah ben, sorry. Que ce serait- il passé si le prix du pain avait augmenté de 73 % ? Il y a eu des émeutes en Europe, en Amérique du Sud, en Inde ; c’est ce que l’on voulait à Maurice ? Je n’ai pas cédé et ces messieurs- là me l’ont fait payer. |