prennent la relève. Il faut aussi que la communauté créole apprenne à se relever d’elle- même. » Ce discours, selon Jocelyn Grégoire, est la philosophie qui a animé la FCM dès sa création. Même si elle est aujourd’hui en fracture avec ce qu’attend la population créole de la fédération aujourd’hui. Néanmoins, si on reconnaît au président de la Fédération ses talents de fédérateur, le malaise qui déconnecte la FCM de sa base est plus profond : il y a une division sur plusieurs axes au sein même de l’exécutif de la FCM .« D’abord, les bourgeois créoles et ceux qui sortent du monde prolétaire et qui ont réussi » confie Stéphane. « Ils ont deux façons différentes de concevoir et de faire les choses. Ce n’est que lorsque Grégoire vient qu’ils se rassemblent. » Une division bénéfique Toutefois, selon Filip Fanchette, cette division serait peut- être bénéfique à l’avancement de la vision de la FCM, selon lui. « C’est justement ces divergences qui font la richesse de la fédération. » Cette division des classes sociales ne serait pas la seule source de contentieux. Car la question idéologique dérange aussi. Sur le terrain, les attentes de la communauté créole se résument toutes ainsi : pour aspirer à un avancement des créoles à Maurice, il faut aspirer à un pouvoir politique au sein même du processus de prises de décisions. Cet espoir, relayé à l’exécutif de la FCM, ne fait toutefois pas l’unanimité. Entre ceux qui veulent faire de la FCM un groupe d’action essentiellement social et ceux qui veulent constituer un parti politique avec un leader créole en la personne de Jocelyn Grégoire, il y a aussi ceux qui veulent préparer une liste de candidats FCM qu’ils partageront aux différents partis politiques du pays. Ces divisions ont souvent eu pour résultat des avis divergents sur l’avenir de la FCM. A l’instar des tentatives de récupération politique comme le souligne Filip Fanchette : « Il y a des gens qui essaient de tirer la FCM du côté du Parti travailliste. On l’a d’ailleurs appelé le cheval de Troie de Ramgoolam, mais on a mis de l’ordre dans tout ça. » Ce rôle politique, l’exécutif le refuse catégoriquement. « Nous sommes conscients que tout le monde, y compris la base de la communauté créole, veut que cela se passe ! Mais nous n’en voulons pas. Cela se fera au détriment du créole » , lance Marie Anne Laganne. Un avis partagé par Jocelyn Grégoire qui déclare : « J’ai toujours prôné le fait de sortir de ce schéma. Il y a eu sir Gaëtan Duval et puis Paul Bérenger comme leader des créoles. Aujourd’hui, ils veulent quelqu’un d’autre. C’est un schéma qui ne marche pas, sinon le problème des créoles serait résolu depuis longtemps. » Toutefois, dans l’action, le ton conciliant de Jocelyn Grégoire envers Navin Ramgoolam ne fait rien pour apaiser les incertitudes de la base, qui ne sait plus quoi penser. Ainsi, autant de divisions qui se retranscrivent dans les actions – ou inactions – de la Fédération : le message envers la communauté créole reste flou. Ce déni face aux réalités et aux attentes de la population créole finit par transformer l’indifférence face à la FCM en frustration. A tel point que même les membres actifs disent avoir peur pour l’avenir de la fédération. « On est en train de casser le groupe » , regrette Stéphane. « En train de sombrer » Ainsi, aujourd’hui, comme le résume Jean- Pierre, « la FCM est en train de sombrer dans les mêmes bassesses que la Voice of Hindu ou le Mouvement mauricien kréol authentique » . En d’autres mots, un groupe de lobby sporadique, mieux organisé que ceux présents, mais sans véritable projet ou programme de fond comme énoncé à la création de la FCM. Que fera Filip Fanchette si la FCM énonce une consigne de vote ? Réponse cinglante : « Mon choix politique ne concerne pas Jocelyn Grégoire. » Ainsi , si la base continue à se distancer de la fédération, c’est le baobab FCM qui est menacé… annonçant le début de la fin de la fédération. Amrish BUCKTOWARSING et Alexandra ORAISON * Prénoms modifiés |