Plus de dons en fin d’année ? En fait pas tant que ça. Les festivités n’appellent pas davantage la générosité. Les organisations non gouvernementales financent leurs projets en grande partie par les quêtes annuelles. La machinerie est bien rodée et surtout, elle est essentielle à l’action des associations. Le partage et l’altruisme en fin d’année. Nous sommes nombreux à sortir la tête d’un quotidien trop prenant et à penser aux autres durant la période des fêtes. « Nous trouvons que les Mauriciens sont plus généreux à cette époque » , estime Audrey Hardy, présidente de l’Association pour la promotion de la santé ( APSA) qui effectue en ce moment sa quête annuelle. Cela dit, la fin d’année n’est, en fait, pas forcément celle où les dons et actions sont les plus nombreux. Chaque festivité des calendriers religieux mettant à l’honneur le partage est une occasion de donner aux autres. Pour les organisations non gouvernementales ( ONG) et les associations, le travail ne saurait être résumé à ces périodes. Les collectes de fonds publiques, sous la forme de quêtes, ont lieu, pour chacune des quelques 60 ONG enregistrées auprès du Mauritius Council of Social Services ( MACOSS), une fois par an. « Chaque mois, il y a jusqu’à cinq quêtes annuelles qui s’étalent, normalement, sur trois jours chacune » , explique Ram Nookadee du MACOSS. Le calendrier des quêtes annuelles est décidé au sein d’un comité réunissant les ONG, les ministères concernés et un représentant du commissaire de police. « Cette année, la réunion s’est tenue en octobre. Le calendrier pour 2009 est donc déjà prêt. Les dates sont discutées, confirmées et validées en commun pour éviter qu’il y ait des overlaps. Les ONG disposent toujours des mêmes dates. Toutefois, il arrive que certaines demandent des amendement à cause d’un dimanche ou de vacances scolaires. En fait, généralement, les ONG préfèrent faire leurs quêtes en fin de mois et hors des vacances scolaires » , explique plus en détails Ram Nookadee. Du côté de la SACIM, ONG qui envoie des enfants mauriciens inopérables ici suivre des traitements à l’étranger, « la quête annuelle a lieu au mois de novembre et ce, depuis une vingtaine d’années. Pour la première fois, en 2009, nous avons choisi de la faire en août afin de toucher davantage les étudiants qui seront en vacances et pourront donc donner un coup de main » . Les jeunes constituent un public cible important pour les ONG. Ils sont, en effet, nombreux à participer activement aux quêtes. « Les enfants et les étudiants permettent de relayer l’information, de sensibiliser les parents et les autres. Cela va aussi dans le sens de l’éducation civique » , estime Ram Nookadee. Les ONG ont besoin de fonds pour leurs opérations. La générosité est donc le moteur de leur action. « Nous ne dépendons pas des fonds publics octroyés par le gouvernement. C’est pourquoi les dons, qu’ils viennent d’individuels ou d’entreprises, sont importants. C’est ce qui nous permet d’organiser nos journées de sensibilisation et de mener à bien nos programmes. Par contre, nous ne sommes pas dans une logique du don pour ne pas créer l’assistanat. Les bénévoles sont essentiels à notre collecte de fonds du mois de mai » , fait- on ressortir à ATD Quart Monde. Quêtes annuelles : principale source de financement En fait, les quêtes annuelles restent l’une des principales sources de financement des ONG. « La quête annuelle représente 50 % de nos financements. Le reste est assuré par des dons d’entreprises ou d’institutions internationales, un Flag Day et des dons privés » , confie Audrey Hardy. Jacques Dinan, président de Caritas, nous apprend que 85 % du budget de l’ONG provient de la collecte annuelle et des dons privés. « Le reste provient du gouvernement qui nous aide pour notre abri de nuit de Port- Louis. La collaboration des donateurs est cruciale. » « Nous pensons qu’il y a un plus grand élan et un plus grand intérêt en ce qui concerne l’humanitaire à l’île en ce qui concerne l’humanitaire à l’île Maurice de nos jours » , souligne, optimiste, Audrey Hardy. Du côté de Caritas, qui effectue sa quête an nu elle en fé - v r i e r - mars , on note une aug - mentation des som mes ré coltées chaque an née. « Ce la de mande beau - coup d’ef forts de notre part pour quadriller au mieux les zones où on sera susceptible susceptible de récolter des dons. Les donateurs réagissent très positivement. En cela, je crois que l’information et la communication sont primordiales pour que les donateurs sachent de quelle manière est utilisé l’argent. On ne peut pas transiger sur la transparence » , développe Jacques Dinan. Et même si la quête annuelle représente la principale source de financement d’une ONG, les fêtes de fin d’année ne sont pas, à proprement parler, une période qui catalyse la générosité à outrance. Car les Mauriciens font preuve de sensibilité à chaque fois qu’une quête est organisée. Cela dit, il est vrai que certaines ONG notent quelques donations supplémentaires en fin d’année. Il n’empêche que la conjoncture actuelle est peut- être moins propice aux dons. L’érosion du pouvoir d’achat des ménages fait qu’ils sont plus regardants quant aux dons consentis. Jacques Dinan va plus loin: « Il faut reconnaître que certains ont cessé de donner avec le changement de la loi. Auparavant, on pouvait déduire de l’ Income Tax les dons faits à des associations. L’abolition de cet abattement fiscal a refroidi certains donateurs. Il faut donc rappeler que ce n’était que 15 % de la somme donnée qui était déduite de l’ Income Tax. Il faut que ceux qui avaient l’habitude de faire des dons sachent qu’ils peuvent continuer à donner, même si c’est moins qu’auparavant. En cela, ça ne changera rien au montant qu’ils consacraient aux ONG. » Gilles RIBOUET Collecte de fonds, comment ça marche ? Les collectes de fonds constituent l’épine dorsale d’une ONG. C’est ainsi qu’elle pourra trouver les moyens nécessaires à la mise en place de programmes concrets. Le travail en amont prend du temps. Il ne s’agit pas seulement de motiver quelques bénévoles qui s’en iront sur les routes de l’île pour récolter des dons. Audrey Hardy, de l’Association pour la promotion de la santé ( APSA), confie : « On planifie la collecte plusieurs mois à l’avance et nous nous assurons que nous couvrons le maximum d’endroits pour assurer sa réussite. » Ainsi, on peut estimer qu’il y a un ensemble de paramètres à suivre pour mettre en place une collecte d’envergure. Constituer une équipe de bénévoles, la plupart étant déjà enregistrés dans une base de données réactualisée chaque année. Définir les lieux offrant le meilleur ratio lieu- tempsmontant collecté. Les principaux axes où les automobilistes marquent des temps d’arrêts relativement longs ( Port- Louis, Quatre- Bornes), les lieux de passage ( centres commerciaux). Les horaires sont aussi primordiaux : les heures de pointe du matin et du soir sur les principaux axes routiers, le midi aux abords des bureaux. Communiquer tout au long de l’année, par des « newsletters » notamment. La « mailing list » est donc réactualisée tous les ans afin de rester en contact avec les entreprises et les personnes qui sont ou seraient capables de consentir un geste. Etablir des rapports pour faire connaître les actions et les résultats. Mener des évaluations des actions en vue d’obtenir des financements d’organisations internationales, regardantes quant à la portée des actions. |