Les plantes médicinales ont le pouvoir de guérir. Anooradah Poorun vient de démontrer qu’elles pouvaient aussi redonner leur dignité à des femmes en diffi culté et faire vivre des familles. Au fil des semaines et des mois, Anooradah Poorun a interrogé les vieilles personnes aux quatre coins de l’île. Pour connaître les vertus des plantes. Pour s’immerger dans l’art de soigner et de guérir avec les plantes. Un art qui se perd et des plantes médicinales qui disparaissent et qu’elle veut sauver. Son projet, elle le fait aussi pour les autres. Une vingtaine de familles démunies, sans ressources et souvent sans emploi. « Il y avait sept usines ici à Chemin- Grenier, elles ont toutes fermé. Les ouvrières n’ont pas le profi l pour l’hôtellerie. J’avais envisagé l’artisanat et la vannerie. Ce sont deux secteurs saturés. Alors j’ai pensé que la culture et la commercialisation des plantes médicinales pouvait faire vivre au moins une vingtaine de familles » raconte Anooradah Poorun, qui gère aussi une école pré-primaire pour les enfants défavorisés de Chemin-Grenier. Son intuition était bonne. Aujourd’hui, elle dispose d’une serre, fi nancée par le Global Environment Funding Small Grants Programme du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui contient des dizaines de plantes médicinales. Et la vingtaine de femmes qu’elle a voulu aider se dévouent corps et âme aux travaux de culture et de recherches. A la recherche de la verveine « Elles sont à tour de rôle dans la serre pour l’arrosage, le repiquage ainsi que la cueillette. Elles ont appris à déshydrater les feuilles et les tiges qu’on met ensuite en sachet. Le plus grand succès de ce projet est la responsabilisation des femmes engagées. Quand vous pensez que certaines de ces femmes buvaient, vous vous dites que ce projet est beaucoup plus qu’un simple apport économique à vingt foyers. Ces femmes croient aujourd’hui en leur capacité », dit Anooradah Poorun. Il n’y a pas que les travaux de la serre qui ont transformé la vie de ces familles démunies. Les jours de foire, de kermesse ou de fête régionale, des dizaines de visiteurs sortent de là avec des sachets de plantes médicinales. Des tisanes pour le diabète, la tension artérielle, la grippe, la toux, les maux de gorge, la migraine, l’indigestion … Avec une telle demande, la serre de Chemin-Grenier, aménagée sur le toit d’un bâtiment, s’est très vite avérée trop petite. Alors les femmes sillonnent les forêts pour dénicher des plantes dans la nature. Elles les connaissent, même celles qui sont devenues très rares. Comme la verveine qu’Anooradah Poorun et son équipe recherchent depuis des mois. « La plante n’a pas disparu de Maurice. On la trouve au marché central de Port-Louis. Mais personne ne semble être au courant de sa provenance », dit Anooradah Poorun. En attendant, un autre projet est en cours. Celui d’exploiter les fruits du noni, qu’une propriété sucrière lui a promis en grande quantité. Puis il s’agira d’équiper son centre de Chemin-Grenier pour extraire les huiles essentielles des plantes et des fruits. Raj Jugernauth |