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Les migrants de la République

29/07/2010
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TEMPORAIRE. Rarement définitive. La venue de nombreux Rodriguais à Maurice répond à une nécessité économique. « Il n’y a pas beaucoup de travail à Rodrigues, ici, on a plus de chances » , explique Valérie, 48 ans, mère de quatre enfants. Elle travaille dans une entreprise de transformation du poisson à Port- Louis. Depuis 16 ans qu’elle vit à Maurice, elle s’accroche à ces aspirations. Sans oublier son île, non sans résignation.

La dizaine de Rodriguais qui a répondu à l’appel d’Eddy Sadien, travailleur social de Tranquebar, pour rencontrer François Gemene, consultant auprès de l’Organisation internationale sur les Migrations pour une étude intitulée « Les autres migrants » , ne comprennent pas bien les tenants et aboutissants de la démarche.

La timidité du début finit par laisser place à une parole tantôt dénonciatrice, tantôt résignée.

Le but du chercheur est de comprendre ce qui a amené les Rodriguais à quitter leur île. Le motif économique arrive en tête.

Jocelyna, 25 ans et un bébé dans les bras, n’échappe pas au profil qui s’impose. « Mon papa est pêcheur. Je suis ici depuis deux ans. Je suis d’une famille nombreuse et il n’y avait pas assez pour subvenir aux besoins de tous.

C’est pourquoi j’ai quitté Rodrigues. » Le groupe qui a accepté de rencontrer François Gemene fait partie d’une communauté de Rodriguais ayant investi un petit quartier au fond de Tranquebar. Entre le centre- ville qui s’étale en contrebas de la colline et les rues sans asphalte bordées de cases en tôle ondulée, le contraste est saisissant.

Pour ces migrants, il n’y a pas de doute possible : ils sont bien en marge de l’île Maurice qui réussit.

« On ne pense à nous que pendant les élections » , lâche Valérie. Et pourtant, leur venue à Maurice reprenait cette idée, sinon de réussite, au moins d’un mieux être, d’autant que quitter Rodrigues est un investissement.

« Il nous faut ramasser de l’argent pendant trois ou quatre mois » , lance un membre de l’assistance.

François Gemene comprend, à chaud, que ces Rodriguais voient « la migration comme un investissement » parce qu’il y a, pour la plupart, l’idée du retour. Et surtout, par ce déplacement, ils espèrent que leurs enfants « iront un pas plus loin qu’eux » , dit Jean- Noël, maçon depuis quatre ans ici.

Le consultant auprès de l’OIM, également chargé de recherches à l’Institut du Développement durable et des relations internationales, relève « l’importance pour ces personnes de dire qu’elles sont mieux qu’à Rodrigues » . « Ils légitiment ainsi leur migration, mais démontrent que Maurice n’est pas considérée comme un eldorado mais plutôt comme une solution temporaire. » La rencontre avec cette communauté rodriguaise sera mise en parallèle avec les enquêtes de terrain que mènera le chercheur à Rodrigues.

Il sera ainsi possible de mieux comprendre les dynamiques des migrations entre Maurice et Rodrigues.

Migrants qui s’imaginent dans une dizaine d’années de retour « au pays natal » ou même à l’étranger, ils sont déjà sous le coup d’une nouvelle menace de déplacement. Cette fois, c’est le tracé du ring road qui devrait les obliger à s’installer ailleurs.

« Mais on ne sait rien de l’endroit où on devra aller. » Et malgré les problèmes d’eau, d’électricité, l’absence de bitume, entre autres, ils ne veulent pas tous partir de ce quartier.

Le travail mené par François Gemene dans ce quartier est complété par d’autres investigations à Cité Lumière, Grand Sable, Mare Chicose ou encore Rodrigues. Il s’agit de mettre en lumière le lien qui peut exister entre la dégradation de l’environnement et les migrations.

Il ressort que les problèmes environnementaux ou climatiques ne sont pas pris en compte. C’est que dans le cas des membres de l’assistance, la dégradation de l’environnement n’est pas davantage le moteur de la migration que l’absence de travail ou de revenus réguliers.

Gilles RIBOUET




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