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FRANÇOIS GEMENNE « Il n’y aura pas à Maurice de réfugiés du climat »

20/07/2010
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François Gemenne est chargé de recherches à l’Institut du développement durable et des relations internationales ( IDDRI), et il enseigne également la géopolitique du changement climatique et la gouvernance internationale des migrations.

Vous êtes chercheur à l’IDDRI, quels sont vos spécialités et votre champ d’étude ?

Ma spécialité de départ est d’étudier les déplacements et les mouvements de population liés à la dégradation de l’environnement, soit le changement climatique, les catastrophes climatiques, la pollution, entre autres. Mon core business , peut- on dire, est d’étudier l’incidence des changements climatiques sur les sociétés humaines, ce qu’on appelle plus largement aujourd’hui les impacts géopolitiques du changement climatique.

En gros, on peut prendre l’exemple d’un cercle central avec les migrations liées à l’environnement et autour on prendra un cercle plus large englobant les impacts humains du changement climatique.

Je ne travaille pas directement sur le climat, comme l’élévation des températures ou du niveau de la mer mais sur les populations qui sont affectées par les dégradations de l’environnement. Tout ce qui modifi e l’environnement peut induire des déplacements de population.

Dans quel cadre êtesvous à Maurice ?

Je suis à Maurice en tant que consultant pour un projet de l’Organisation internationale pour les migrations ( OIM) : Les Autres Migrants – The Other Migrants . C’est un projet qui va examiner la façon dont les populations de Maurice et Rodrigues sont et seront affectées dans le futur par les dégradations de l’environnement.

Le changement climatique à Maurice pourrait avoir des conséquences sur l’érosion côtière ou l’élévation du niveau de la mer.

Examiner les dégradations de l’environnement montrera comment ceux- ci ont une infl uence sur les comportements migratoires des individus comme la relocalisation à l’intérieur des terres. En gros, il s’agit d’examiner les conséquences que cela pourrait avoir sur la distribution de la population au sein de l’île.

De quel type de migration parle- t- on ici ?

Quand on parle de migration, on pense souvent aux migrations de travail, celles des familles ou aux migrations politiques ou forcées.

Aujourd’hui, on constate que l’environnement devient un facteur de plus en plus important de la migration. Il est très important que l’OIM s’intéresse à ces questions dans le contexte de Maurice. En termes opérationnels, l’OIM apporte une assistance d’urgence aux personnes migrantes victimes de catastrophes naturelles et de confl its. En termes d’aide, elle conduit des études et s’occupe de l’accompagnement de mouvements plus graduels. C’est dans ce cadre que le projet des Autres Migrants s’inscrit.

Quels sont les enjeux et problématiques que l’on peut donc envisager pour Maurice ?

A Maurice, je dirai que l’enjeu numéro 1 est l’impact du changement climatique sur le tourisme. Si le tourisme de luxe a été un des vecteurs importants du développement économique de Maurice, on constate également que c’est un facteur de vulnérabilité parce que l’activité touristique sera un des secteurs économiques les plus affectés. A ce titre, deux secteurs en particulier pourraient être touchés : le tourisme, comme je l’ai dit, et ensuite l’agriculture. A Maurice, c’est surtout l’économie qui est plus vulnérable que l’environnement lui- même.

Je pense que ce sera essentiel de voir la manière dont l’économie et l’environnement s’imbriquent et peuvent dans le futur causer une redistribution de la population dans l’île, liée par conséquent à une redistribution des activités économiques. Ceci pourrait se traduire, par exemple, par un mouvement des industries ou par de nouvelles activités touristiques à l’intérieur de l’île.

On n’aura pas à Maurice de réfugiés du climat mais il est clair que l’on assistera à des mouvements vers l’intérieur de l’île.

Comment pourra- t- on, à Maurice, palier et gérer ces problèmes qui se profi lent à l’horizon ?

Au- delà de l’étude de la vulnérabilité elle- même, l’autre phase du projet se consacrera aux contraintes et opportunités économiques liées au changement climatique. De manière gérérale, il faut voir ces impacts comme un mélange entre contraintes et opportunités. Ainsi, l’érosion des plages transformera le paysage mais, à l’inverse, il est possible de penser à d’autres activités économiques différentes de la plage.

De la même manière, en ce qui concerne l’impact sur l’agriculture, on sait que certaines formes de culture seront diffi ciles ou impossibles.

Mais d’autres formes sont possibles avec des méthodes et cultures différentes.

Le facteur important est l’adaptation car c’est en s’adaptant pour l’anticipation que l’on pourra faire en sorte que le changement climatique ne soit pas uniquement une contrainte. Les prévisions pourront permettre de changer les contraintes en opportunités.

Un emploi du temps chargé vous attend donc ?

En effet, je passe 15 jours à Maurice et à Rodrigues pour rencontrer les différentes parties prenantes : les administrations gouvernementales, les représentants des organisations internationales à Maurice, mais aussi la société civile et bien sûr la population elle- même. En 15 jours, il y aura une série d’entretiens avec les personnes qui habitent les régions les plus affectées. Ce mercredi, nous aurons la présentation et la discussion du projet avec les différents stakeholders.

J’enverrai ensuite un rapport intermédiaire en octobre afid’obtenir les réactions et le rapport fi nal sera présenté dans un workshop public en février 2011.




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