En réponse à l’article de M. Yvan Martial rendant compte de ma conférence du Dodo Club sur « l’identité franco-mauricienne », paru dans Expresso n° 556 du 24 juin 2007, je tiens à apporter ci-dessous quelques précisions.
(1) Je n’ai, dans ma conférence, absolument pas parlé d’une identité franco-mauricienne qui « varierait sans cesse » ou « gagnerait en élasticité ». Bien au contraire, ma position fut d’argumenter que cette identité franco-mauricienne s’est construite dans le temps, en s’adaptant aux circonstances de l’histoire grâce à la mobilisation de certains marqueurs identitaires. J’ai illustré ce propos en montrant la récurrence, à travers l’histoire, de deux marqueurs identitaires privilégiés du groupe franco-mauricien : la culture française et l’argument de l’antériorité sur le sol de l’île.
J’ai expliqué que, si ces deux marqueurs identitaires sont restés constants de tout temps dans l’identité franco-mauricienne, c’est parce qu’ils permettaient de continuer à répondre aux enjeux successifs auxquels le groupe a été confronté à travers l’histoire : abolition de l’esclavage, anglicisation des tribunaux et de l’éducation, rétrocession, décolonisation…
(2) « De quel Franco parlons-nous ? », s’interroge M. Martial. Pour ma part, j’ai justement pris soin, dans ma présentation, de ne pas poser une définition du Fran-co-Mauricien : car je ne considère pas qu’il devrait y avoir « un » Franco duquel on devrait « atten-dre [quelque chose] » ; je considère qu’il existe un corpus identitaire, auquel les membres du groupe se réfèrent, sans pour autant que cela signifie une homogénéité au sein du groupe. J’ai d’ailleurs suffisamment démontré que, si le discours identitaire (celui d’Adrien d’Épinay, celui d’Hervé De Rauville ou d’Adolphe Duclos, ou encore celui de NMU) visait à présenter l’identité comme un ensemble de traits culturels fondateurs de l’unicité du groupe, ce discours identitaire contribuait en réalité à masquer les disparités sociales au sein du groupe – disparités qui ont résulté de la compétition économique liée à la monoculture sucrière notamment.
(3) Pour répondre à l’autre question de M. Martial sur l’identité, « qui la décrète, qui l’impose à tous ? », je pense qu’il suffisait de suivre la deuxième partie de la conférence, dans laquelle j’expliquais justement que, si l’identité émerge à partir des conditions prévalant dans la société, c’est le discours identitaire qui fait véritablement prendre conscience aux membres d’un groupe du fait qu’ils partagent cette identité. Et le discours identitaire, porté par des grandes figures intellectuelles ou politiques, survient généralement dans des périodes de crise, lorsque les cadres de pensée et d’action sont remis en question.
(4) Enfin, il n’a jamais été question pour moi de « baliser les zigzagues historiques de l’identité franco-mauricienne », et je considère au contraire que l’image d’un parcours ou d’un chemin (« tortueux » ou non) pour définir cette identité relève d’un déterminisme historique (comme si une identité pouvait avoir un chemin tout tracé ! ?).
L’identité franco-mauricienne me semble plutôt résulter d’un processus de construction qui, certes, n’exclut ni les recompositions, ni les adaptations, mais qui s’effectue à la manière d’une sédimentation, c’est-à-dire d’alluvions successives déposées par l’histoire dans la mémoire collective, lesquelles contribuent à alimenter ce qui se construit au présent, au quotidien, dans la vie de tous les jours.
Catherine BOUDET
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