«La situation est dramatique. » Ce message, concernant la situation de nos réserves en eau, et qui émane des autorités, semble tomber dans l’oreille d’un sourd. Et ce, malgré les nombreux appels à la population de modé-rer sa consommation, vu le ni-veau de l’eau dans nos réservoirs.
Il faut dire que cette indifférence s’inscrit dans un scénario qui dure depuis plus d’une dizaine d’années déjà.
« La population ne se rend peut-être pas compte, mais à ce jour, nous en sommes revenus à la même situation qui prévalait pendant la gran-de sécheresse de 1999 », affirme Harry Boolauck, le directeur général de la CWA. « Un comité réunissant la CWA, la Water Resource Unit (WRU) et le ministère suit la situation de très près. Nous nous réunissons régulièrement pour décider de la marche à suivre en fonction de l’état de nos réservoirs », affirme Harry Boolauck.
C’est ainsi que, devant le constat alarmant, le comité a décidé, en urgence, de réduire la capacité de traitement de La Marie de 110 000 mètres cubes à 90 000. En cas de nouvelle baisse de niveau, la semaine prochaine ce volume pourrait être ramené à 75 000 mètres cubes.
Si la CWA ne produit pas d’eau, mais dépend des aléas du climat, ce problè-me soulève néanmoins plusieurs questions. Notamment : y a-t-il un problè-me de rétention de l’eau ou une mauvaise gestion à Maurice ?
Les fuites dans le réseau de distribution occasionnent des pertes de l’ordre de 46 % actuellement (voir hors-texte). Mais le ministre des Services publics, Abu Kasenally, se veut rassurant : « Il faut rationaliser la distribution de l’eau. Cela veut dire, en termes simples, améliorer le captage et la distribution. Si nous arrivons à réduire ces pertes à un niveau raisonnable, par exemple à 25 %, les problèmes auxquels nous faisons face seraient atténués. Nous sommes sur la bonne voie en termes de planning. »
Mais la question de gestion demeure encore plus pertinente, car au cours du lancement du Human Develop-ment Report en novembre 2006, la Water Resource Unit (WRU) devait étonner l’assistance en livrant des prévisions alarmistes. Celles-ci présentaient l’eau comme une ressource qui se fera rare d’ici 2020, si l’on ne réagit pas rapidement.
À l’époque, la CWA avait balayé ces prévisions d’un revers de main, soulevant des doutes sur un éventuel différend entre les deux organismes.
Néanmoins, aujourd’hui, le ministre des Services publics, Abu Kasenally, vient subtilement rétablir l’ordre, en déclarant : « Il faut bien se dire que si rien n’est fait, il se pourrait, dans le pire des cas, qu’en 2020, avec les effets conjugués de plusieurs facteurs, il y ait des problèmes d’approvisionnement en eau. C’est-à-dire, si le Non-Revenue Water Re-duction Plan ainsi que les projets concernant le barrage de Bagatelle par exemple ne sont pas appliqués, et vu aussi les changements climatiques que l’on observe au niveau planétaire. »
Une déclaration qui vient aussi soulever la question suivante : si les autorités sont conscientes de la situation, pourquoi les solutions pour éviter le pire ne sont-elles pas encore appliquées ? Les périodes de sécheresse ne sont pas étrangères à Maurice, et elles surviennent chaque année à la même période. Mais les coûts onéreux des mesures palliatives semblent faire tiquer les autorités, qui misent plus sur des solutions à court et moyen termes.
Le début de plusieurs grands chantiers
« La solution, sur le court terme est de trouver plus de nappes phréatiques, ou de creuser plus profondément. Les géohydrologues sont unanimes : pour trouver plus d’eau dans les nappes phréatiques, il faut creuser de 150 à 200 mètres, soit environ plus de 100 mètres de plus que ce qui se fait actuellement », déclare Harry Boolauck. « Sur le moyen terme, il y a des projets tels que la construction de nouveaux réservoirs ou d’autres barrages. »
Ainsi, le directeur général de la CWA prépare tranquillement ses dossiers et projets. « Nous avons un Master Plan en préparation, dans lequel nous avons toutes les stratégies en fonction des prévisions de 2005 à 2025. Nous n’allons pas tarder de présenter la copie finale de ce plan, mais pour l’instant je ne peux rien dire », avoue-t-il. Un énième document sur ce qui devra être fait pour remédier à la situation ?
Au niveau du ministère, on annonce déjà le début de plusieurs grands chantiers s’inscrivant dans le Non-Revenue Water Reduction Plan. « Quelque Rs 1,2 milliard seront investies et le projet permettra la récupération d’un volume d’à peu près 200 000 mètres cubes quotidiennement, c’est-à-dire environ 73 millions de mètres cubes par an, soit trois fois la capacité de stockage de Mare-aux-Vacoas ou du Midlands Dam », confie le ministre des Services publics.
Il rajoute que les études de faisabilité ont été effectuées et que le ministère espère que le projet sera complété en grande partie jusqu’à 2010. Ajoutez à cela, l’ébau-che du Bagatelle Dam qui commence à prendre forme pour la région des basses Plaines-Wilhems et de Port-Louis. Pour le Sud, trois sites potentiels sont à l’étu-de : La Flora (Rivière Citron), Astrorea, ou Chamarel. « Si nécessaire, deux barrages seront envisagés. Dans la région Est en général, plusieurs projets sont déjà en chantier pour améliorer la fourniture en eau potable », conclut le ministre.
Cependant, en attendant la réalisation de tout cela, la situation actuelle demande plus de rigueur par rapport à la gestion de l’eau dans nos réservoirs, de même qu’une manifestation de responsabilité de la part de la population. Mais la réaction de celle-ci offusque Harry Boolauck. « Il semble que certaines personnes n’ont toujours pas compris que nous sommes en période de sécheresse », lance-t-il amèrement.
Il poursuit en déclarant : « Il y en a qui, en voyant quelques gouttes de pluie, demandent de quelle sécheresse on parle. Il y en a même qui disent des choses du genre : ”Le pays est entouré d’eau, comment peut-on subir les effets d’une sécheresse ?” Il est clair qu’il faut éduquer la population. » Mais la situation précaire de certaines régions de l’île explique, en partie, la réaction acerbe envers les mesures de la CWA.
La côte est serait la plus touchée, n’ayant qu’une seule source d’eau significative avec la station de forage de Yemen. Autrement, la région dépend de sources éloignées, notamment de La Marie, en passant par Magenta. Les environs de Bel-Air, de même qu’une partie du Nord sont aussi très atteints. « Le niveau d’eau de nos nappes phréatiques a tellement baissé que la station de pompage de Hollyrood, par exemple, a dû arrêter l’activité de quatre pompes sur les huit qui sont opérationnelles », explique Harry Boolauck. « Ces huit pompes, qui produisent en moyenne 18 000 mètres cubes d’eau quotidiennement, en sont à 5 000 par jour seulement. »
N’assurer la fourniture qu’une fois par jour
Actuellement, la fourniture d’eau se fait deux fois par jour : de 3 heures à 9 heures et de 15 heures à 21 heures. Si la baisse continue, il se peut que la CWA revoie sa stratégie pour n’assurer la fourniture qu’une seule fois par jour. « Cela s’applique pour l’ensemble du territoire, mais il se peut que certaines régions bénéficient d’une fourniture 24 heures sur 24. Ces quelques ”privilégiés” sont raccordés aux réseaux desservant les différents hôpitaux de l’île par exemple, ou sont situés à des endroits ou la géographie permet une arrivée d’eau déjà dans les conduites, malgré les coupures », poursuit Harry Boolauck.
Mais cela n’empêche pas le Mauricien lambda d’utiliser l’eau comme bon lui semble, et en faisant fi de la situation actuelle. Si les autorités ont, quelque part, péché en laissant les solutions pour remédier aux problèmes d’eau au stade de documents pendant longtemps, force est de constater que la population ne réagit nullement en conséquence face à la situation actuelle.
Devant toutes ces difficultés qu’éprou-ve le pays, les pluies d’été se font toujours attendre. Face à cela, Harry Boolauck se montre plutôt philosophe : « Si nous ne dominons pas la nature, la nature nous dominera. Les pays développés l’ont compris depuis longtemps et se sont enrichis en dominant la nature. Il faudra qu’on agisse dans ce sens au plus vite. »
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