Pourquoi menez-vous une telle campagne contre Maurice ?
Tout simplement parce que nous militons pour l’abolition de la vivisection. En vendant ces singes aux laboratoires étrangers, les éleveurs mauriciens se font les complices des tortures infligées aux animaux, que ce soit dans les laboratoires ou lors du transport. On ne connaît pas les chiffres exacts, car les autorités refusent de les communiquer, mais un certain nombre de singes meurent dans les avions à cause du manque de nourriture, d’espace et des fluctuations de température.
Mais il est très difficile d’obtenir des informations. L’activité est encore très opaque et les zones d’ombres nombreuses. Contrairement à ce qu’ils affirment, les éleveurs et les labos n’ont aucune envie de faire montre de transparence. Comment pourraient-ils justifier la vivisection ? Que ce soit d’un point de vue éthique ou médical, cette activité n’a aucune raison d’être.
Que répondez-vous à ceux qui affirment que les tests sur les animaux sont nécessaires pour faire avancer la recherche, notamment pour les maladies de Parkinson et d’Alzheimer ?
Que ce n’est pas vrai. Je ne suis pas biologiste, mais je sais qu’il existe des méthodes alternatives qui permettent de ne pas avoir recours aux animaux pour pratiquer ces tests. Le problème c’est qu’on ne donne pas assez la parole à ceux qui proposent ces méthodes. Depuis longtemps, une association de scientifiques, Antidote Europe, milite pour inci-ter les chercheurs à se passer de la vivisection. Malheureusement, beaucoup refusent encore de changer leurs habitudes de travail. Ils ont appris leur métier en utilisant des animaux et ne cherchent pas à savoir s’il existe d’autres méthodes.
La volonté de changement doit aussi venir des gouvernements et des autorités politiques. Mais pour l’instant, la directive européenne, relative à la protection des animaux, ne prévoit pas l’arrêt de la vivisection. C’est pour ça que nous allons amplifier notre mobilisation en ciblant tous les maillons de la chaîne.
Quels sont vos moyens d’action ?
Notre première démarche est avant tout de faire connaître ce commerce. Beaucoup de gens ignorent ce qui se passe à Maurice et dans les laboratoires.
Mais dès qu’ils le découvrent, la plupart nous soutiennent. Il faut savoir que, chaque année, ce sont environ 10 000 singes qui arrivent dans les laboratoires européens, dont 3 500 en France. Et beaucoup viennent de Maurice.
Depuis un an nous organisons diverses manifestations et campagnes d’informations à Paris et à Nice. Nous avons notamment manifesté devant l’agence Thomas Cook pour qu’elle retire Maurice de ses brochures. Si elle acceptait de le faire, ce serait un bon moyen de faire pression sur le gouvernement mauricien. Dès septembre, nous allons aussi axer notre mobilisation sur Air France. La compagnie aérienne continue à transporter des singes alors que British Airways et Air Mauritius y ont renoncé.
Suite à la campagne Gateway to Hell, menée dans toute l’Europe, Air Mauritius a bien compris que, pour sauver son image, il valait mieux arrêter de participer à ce commerce. Maintenant, on espère faire comprendre aux autorités mauriciennes qu’en laissant libre cours à cette activité, la réputation du pays se dégrade chaque jour.
Propos recueillis par Pauline RENAUD
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