dimanche 5 février 2012
Lexpress.mu en page d'accueil | newsletter | archives | rss
Object reference not set to an instance of an object.
header
Météo Avis de décès Horoscope   
header
CHAGOS

02/04/2006
Title:Deux hommes un seul rêve
62298_2.jpg
Modifier la taille du texte:A | A

Imprimer

Sauvegarder

Partager et classer cet article

L’émotion est à son comble lorsqu’Olivier Bancoult et Fernand Mandarin montent sur la passerelle du Mauritius Trochetia, main dans la main, ce jeudi. Les sifflements et les « au revoir » se font plus sonores. La foule, composée d’environ 1 000 personnes, est euphorique. Les ennemis d’autrefois ont enterré la hache de guerre pour ce voyage historique.

« Dan rev zame pa ti pou truv sa », souffle Mary Rose, une Chagossienne de 70 ans, originaire de Peros Banhos. C’est vrai que ce tableau détonne avec la réalité. Le leader du Groupe réfugiés Chagos (GRC) et celui du Comité social des Chagossiens (CSC) se regardent en chiens de faïence depuis 1999.

Mais l’histoire retiendra cette image des deux hommes, unis pour la même cause. En regardant ces visages émus, ils mesurent sans doute la responsabilité qui pèse sur leurs épaules pour que la visite soit un succès. « Zot pe ale pou ouvert ene sime pou ki lezot ki pa fine gagne chance capav gagne possibilite ale », souligne Pierre Bonfrin, un vieillard originaire de Peros Banhos. D’autres observateurs, comme le journaliste Henri Marimootoo, estiment qu’accepter que ce voyage soit effectué à titre humanitaire est un faux pas « car retourner dans son pays c’est le droit de la communauté chagossienne ».

Bancoult et Mandarin sont animés par le même combat pour le retour des Chagossiens sur leur île natale. Mais ils sont si différents. À commencer par les moyens utilisés pour parvenir à leurs fins. Si Fernand Mandarin choisit la voie de la négociation, Olivier Bancoult, lui, adopte l’arsenal légal, doublé de campagnes médiatiques retentissantes, en Grande-Bretagne, aux États-Unis comme à Maurice.

La presse écrite et parlée accourt au chevet du GRC à chaque fois qu’il éternue. Chaque bataille remportée dans la guerre pour le retour aux Chagos retient l’attention des médias, alors que le CSC doit « appeler plusieurs fois pour s’assurer que la presse vient » à l’une de ses conférences.

« Il y a une raison à cela. Le GRC a le soutien de la grande majorité chagossienne. Il est plus actif sur le terrain, contrairement à son adversaire », souligne un observateur. Les membres du CSC se résument à une poignée d’irréductibles. Fernand Mandarin, le leader, a une explication.

« Dans mon mouvement, je demandais une petite contribution à chaque Chagossien pour mener à bien notre lutte. Je le faisais pour que nous restions libres de nos actions, pour ne pas prendre le risque d’être manipulés. Bancoult est arrivé. Il a dit : Vous n’avez plus rien à contribuer, je m’occupe de tout. Nous avons de l’argent. Et ils ont été nombreux à le suivre », disait-il dans un entretien à l’express en 2004.


« Dan rev
zame pa ti
pou truv sa »



Au fil de ses victoires sur la perfide Albion, Bancoult prend de l’étoffe. En 1999, il entre une action à la Haute Cour de Londres pour réclamer le droit de retourner dans leur archipel. Ce qui leur est accordé en 2000. Mais deux Orders in Council viennent annuler ce droit quatre ans plus tard. Entre-temps, Olivier Bancoult devient une star et comme toutes les vedettes, il a ses fans, ses inconditionnels, ses admirateurs. Preuve s’il en est, la foule réunie sur le Quai C ce jeudi, qui scandait son nom.

Mais il a aussi ses détracteurs, ceux pour qui « il n’a pas connu la vraie vie aux Chagos ». Car Olivier Bancoult n’a que quatre ans lorsqu’il quitte son île natale en 1968. Avec ses parents, sa sœur Mimose et ses frères Eddy, Alex et Renaud, il accompagne Noëllie la petite dernière de 18 mois. Celle-ci doit se faire soigner à Maurice car elle s’est fait broyer le pied par une roue de charrette. Elle est décédée. Le retour dans leur île leur sera interdit.

Deux frères meurent prématurément. Alex, 10 ans, qui avait pris l’habitude d’aller arroser les tombes pour se faire des sous, reviendra un jour du cimetière, chancelant et divaguant. Il mourra quelques heures plus tard. « On n’a jamais su si quelqu’un l’avait empoisonné ou s’il avait été battu. »

Quant à Eddy, il quittera ce monde à l’âge de 33 ans, après 20 ans d’alcoolisme, laissant femme et enfants à la charge des grands-parents. Rita Issou, la mère d’Olivier, fera une dépression qui la conduira à un séjour de deux mois à l’hôpital psychiatrique Brown-Séquard. Son père est décédé d’une crise cardiaque en 1976.

« Bancoult a été témoin de la misère des Chagossiens à Maurice. Il a vu sa mère fouiller dans des poubelles à la recherche d’une maigre pitance pour ses enfants », affirme quelqu’un qui l’a bien connu. C’est sans doute cela qui a forgé son caractère de battant.

En 1983, il sera membre du GRC à côté des vétérans du mouvement, comme Charlézia Alexis, Claudette Lefade, Lisette Talate et sa mère Rita Issou, des femmes déterminées dans la lutte pour le retour de la communauté chagossienne sur leurs îles. Son apprentissage se fera à côté de ces femmes de tempérament.

Après des études secondaires au collège London, il multiplie les petits boulots. Ouvrier chez Romisco, spécialisé dans les travaux en cuir, opérateur chez Horizon Spinning Mills, puis laboureur en 1991 au CEB.

Il y gravit des échelons et atteint le grade d’Assistant Trade Technician. Son homme de loi, Me Robin Mardemootoo, a été témoin de sa transformation spectaculaire. « En 1997, il parlait un anglais approximatif. Aujourd’hui, il comprend toutes les issues ayant trait à la lutte chagossienne, il parle couramment l’anglais et au niveau des idées, il est plus argumenté. C’est un vrai meneur de lutte. »

Interviewé par Hardtalk à la BBC, et sur CNN, Olivier Bancoult a ainsi su rallier un maximum de personnes au niveau international à la cause chagossienne.

Ses rencontres avec Nelson Mandela en 2001 et le pape Jean-Paul II en 2002 ont été déterminantes. « Mandela lui a dit qu’il était fier de ce qu’il avait accompli et qu’il ne devrait jamais abandonner la lutte. »

Sa force et son inspiration, souligne encore son homme de loi, il les puise en lui-même « car il est fort mentalement », en sa femme Maryline ainsi que les doyennes de la lutte chagossienne.

Son action est reconnue de tous. « Olivier Bancoult a repris le combat que nous avions mené. Il est très dynamique, intelligent, courageux et persévérant. Je salue son action qu’il mène avec beaucoup de détermination », soutient Arianne Navarre-Marie. Cassam Uteem souligne son « honnêteté et la sincérité de son combat », en ajoutant : « Il a une grande détermination ».

Ainsi plusieurs actions seront menées contre le gouvernement anglais. Les deux jugements de novembre 2000 et 2002 vont le pousser à continuer à militer sur le plan légal pour faire avancer la cause. Il ne baissera pas les bras, même après le jugement de 2004 de la Haute Cour de Londres. Il entrera un procès contre le gouvernement américain. Un autre procès sera intenté pour des compensations, en 2004, contre les autorités britanniques à la Cour européenne des droits de l’homme.

Fait Officer of the Star and Key of the Indian Ocean en 2001, il sera ensuite élu Most Outstanding Young Person en 2004.

Fernand Man-darin n’a pas eu le même parcours. Il quitte Peros Banhos à l’âge de 23 ans pour venir acheter, à Maurice, des bobines de fil nylon. Il raconte qu’à peine arrivé, il s’entend dire qu’il ne pourrait plus repartir. On est en 1966. Le jeune homme était « kanotie », c’est-à-dire qu’il conduisait des bateaux à voiles pour récolter les noix de coco dans les îles de Peros Banhos.

« Il est typiquement chagossien. Son créole est plus voluptueux, avec des constructions de phrase bien à lui », dit de lui Hervé Lassémil-lante qui fait sa connaissance en 1989. À cette époque, ses services avaient été retenus pour loger un cas en Cour suprême afin d’obtenir certains documents qui étaient en possession de l’Ilois Trust Fund.

Depuis, les deux hommes s’entendent très bien. « Je suis très heureux qu’il ait été le premier Chagossien à se rendre aux Nations unies en 1996, très heureux qu’il ait pu faire une campagne d’internationalisation du problème des Chagossiens. Il a su rester très chagossien dans sa lutte pour leur droit à la compensation », assure l’homme de loi.

Nous sommes en 1995 lorsque la rupture entre les frères Michel et les Chagossiens survient. Fernand Mandarin fonde le CSC et jette les bases des revendications chagossiennes. Après maintes démarches, son homme de loi parvient à déposer aux Nations unies pour expliquer le déracinement de ce peuple, en 1996.

« En 1997, j’ai été déposé devant le commissaire des Nations unies. Lerla nom chagossien sorti. Nou ressi participe a la Conference des peuples autochtones, nou vine Maurice nou manifester et nou gagne zournalistes etrangers ki commence interesse avec nou », se souvient Fernand Mandarin.

En 1998, la réponse du représentant britannique au rapport présenté en 1997 leur est soumise à Genève. « Il nous a dit que Chagos restera une occupation britannique et qu’il nous faudra trouver un terrain d’entente. Entre-temps, il faudra faire une étude sociologique des Chagossiens exilés à Maurice. »

Mais en 1999, le rapport est soumis au sous-secrétaire britannique aux Affaires étrangères et du Commonwealth, Bill Rammell. « Mais Bancoult, de par le procès qu’il intentera en cour pour le droit de retour, arrête l’élan de négociation. » Selon Robin Mardemootoo, Olivier Bancoult en avait assez « d’aller frapper à la porte des politiciens et du haut-commissariat britannique ». « Il souhaitait mettre le règlement du problème des Chagossiens entre les mains du judiciaire. »

Son franc-parler en a fait un homme incompris pour certains. « Parfois il peut paraître têtu, car il ne cédera jamais sur la question de la souveraineté. Il est foncièrement nationaliste », affirme Mathieu Laclé, conseiller au ministère de l’Agro-industrie. Il a toujours privilégié la négociation, dit son avocat. « Je me souviens que le cabinet Sheridan du Royaume-Uni lui avait proposé d’entrer un cas en cour pour obtenir un passeport britannique. Mais il ne voulait pas mettre en péril la souveraineté mauricienne. »

Pour Mathieu Laclé, Fernand Man-darin est quelqu’un qui aime parler, écouter et apprendre. « Il a montré son engagement, sa sincérité et son honnêteté. Il est travailleur, sérieux et simple.

Il fera ce qu’il faut faire. » Selon Soodarsand Nagawah, un de ses amis, c’est « un Mauricien chagossien qui a la lutte des Chagossiens à cœur ».

Une réconciliation avec le GRC est difficile, disait Fernand Mandarin, dans Apartés en 2004, précisément pour ces raisons. « Nous avons été contre le passeport britannique, car nous pensons qu’il s’agissait d’une stratégie pour piéger les Chagossiens. » Pour lui, Olivier Bancoult a perdu la lutte le jour où il l’a accepté. En novembre 2004, 900 Chagossiens avaient obtenu le précieux document après que le British Overseas Act 2002 eut établi leur éligibilité pour la citoyenneté britannique.

D’autres proches reconnaissent en Mandarin son courage et sa fidélité à ses amis et aux Mauriciens. « Il a toujours été reconnaissant de ce qu’ont fait les Mauriciens, qui, malgré la misère, les ont aidés. » Bien sûr, il y a eu des cas d’extorsion, souligne le premier concerné, mais il faut reconnaître, poursuit-il, que tout le monde a profité de l’État providence. Il fera son petit bonhomme de chemin comme débardeur,docker, pêcheur, métier qu’il pratique toujours à Pointe-aux-Sables.


« L’unité
retrouvée,
c’est le message
que nous voulons
transmettre »



Pour le voyage, c’est Fernand Mandarin qui a indiqué quelles îles il fallait visiter, confie un ami. « Il connaît les passes, les barachois, le point Horseburg où un bateau avait jadis fait naufrage. Mais il est aussi la mémoire vivante des Chagos car il connaît les légendes liées à ces îles, les instruments de musique qu’on y jouait comme le makalapo, le bom et le ghèze. »

Le voyage en « terre promise » se poursuit loin de toutes ces querelles. « Nou fine met de cote nou banne differends. Olivier pou aide moi, mo pou aide li. Nou pou choisir place kot pou met plaques commemoratives ensam », dit Fernand Mandarin.

Quant à Olivier Bancoult, il souhaite que cette collaboration continue après « notre retour ». « Ce voyage nous a réunis. C’est dans un esprit d’amitié et de solidarité que cette visite se fait. L’unité retrouvée, c’est cela le message que nous voulons transmettre. C’est la communauté qui est sortie gagnante car nous avons serré les rangs. »





Lire aussi...
Actualités
Inspections sanitaires : des cuisines d’hôpitaux utilisées comme vestiaires par les employés
Génération Y
Avril se remet avec son ex
Sports
Chelsea : Drogba pourrait finalement prolonger...
Opinion
Enquête exclusive : la farce cachée
A la Une
Fonction publique : Cafouillage sur l’heure de fermeture des Cash Offices ce samedi
Mauriciens d'ailleurs
Le Mauricien Ramesh Caussy fait de l’économie numérique son cheval de bataille
Breaking News
Loto : Aucun gagnant pour les Rs 5 millions en jeu pour le 118e tirage. La combinaison gagnante était le 15-17-28-31-36-38.
l’express et moi
Humour : Ce rire qui descend sous la ceinture
Actualités|Sports|Génération Y|Mauriciens d'ailleurs|Opinion|Jobs|Immobilier|petites annonces
Contactez Nous | Code de Déontologie | Vos Commentaires | Sitemap
© Copyright La Sentinelle Limited 2010 | Designed & Hosted By: Designed & Developed By 4C plus