● La décision de la «House of Lords» concernant le droit de retour des Chagossiens dans leur archipel fait un peu l’affaire de Maurice, n’est-ce pas ?
Ce n’est pas trop juste de dire cela, parce que nous ne pouvons pas être indifférents aux conclusions de ce jugement. Cela dit, c’est une affaire entrée dans une cour de justice britannique par un Chagossien qui a choisi d’être un citoyen britannique. Notre combat à nous continue sur le plan diplomatique. Le Premier ministre a présidé une réunion à cet effet vendredi. A la lumière de ce jugement, il est plus que jamais clair que les Chagossiens et l’Etat mauricien doivent faire cause commune et cela doit transcender les partis politiques. Nous faisons aussi un appel à Olivier Bancoult pour qu’il revienne à de meilleurs sentiments et qu’il rejoigne la politique prônée par l’Etat. M. Bancoult devrait réaliser qu’il est avant tout un citoyen mauricien qui est, de surcroît, employé par le Central Electricity Board.
● Lui avez-vous parlé ?
Non, nous n’avons pas encore parlé à M. Bancoult mais le Premier ministre compte le rencontrer bientôt. Nous voulons que toutes les parties concernées fassent cause commune autour de la position de l’Etat.
● Ce qui est étonnant, c’est le silence du gouvernement pendant toute cette affaire. Pourquoi ?
Il n’y a pas eu de silence. Maurice a toujours été constante dans sa position. Nous ne revendiquons rien ; les Chagos font partie de notre territoire et cela est écrit noir sur blanc dans notre Constitution. Le gouvernement a agi avec beaucoup de doigté dans cette affaire. Le Premier ministre a soulevé la question lors de chaque forum international auquel il a participé de même qu’au niveau bilatéral avec Gordon Brown. Il en a discuté avec Condoleezza Rice. Les discussions au niveau des hauts officiels continuent et nous nous concentrons sur l’intensification des discussions diplomatiques. Au niveau juridique, notre conseil légal travaille de concert avec les officiers du State Law Office (SLO) pour analyser en profondeur ce dernier jugement, prenant en compte l’aspect géopolitique et géostratégique. Nous ne sommes pas non plus indifférents à la déclaration faite par le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères britannique.
«Il n’y a pas eu de silence. Maurice a toujours été constante dans sa position. Les Chagos font partie de notre territoire et cela est écrit noir sur blanc dans notre Constitution»
● Maurice va-t-elle réagir ?
Nous sommes en train d’étudier nos options en prenant en considération le fait qu’il y a eu des prises de position conflictuelles en Grande-Bretagne, que ce soit des juges ou même au niveau des anciens secrétaires d’Etat. Nous pensons que cela est dû à leur sentiment de culpabilité dans cette affaire. Je voudrais mettre tout cela en perspective. Dans quelques jours auront lieu les élections présidentielles aux Etats-Unis. Il est fort possible, si jamais Barack Obama est nommé, qu’il y ait un changement dans la politique militaire des Etats-Unis. En sus de cela, la récente position de Colin Powell, qui a exprimé son soutien à Obama, est un peu gênante pour l’administration Bush en ce qui concerne la guerre en Iraq puisque selon les analystes, Powell s’est senti un peu misled par rapport à son discours au Conseil de sécurité des Nations unies. Je pense que les Etats-Unis vont revoir un peu leur politique d’être la gendarmerie du monde et cela peut jouer en notre faveur, parce que cette évolution de la stratégie viendra conforter notre position que personne n’a ni le droit moral, ni le droit légal, de démembrer des Etats.
● Malgré les contacts réguliers entre notre Premier ministre et Gordon Brown, la position du gouvernement anglais n’a pas évolué, comme l’indique la déclaration du secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères...
Les choses évoluent. Tous les pays comprennent la légitimité de Maurice par rapport à son territoire. D’ailleurs, comme l’a fait ressortir Lord Bingham dans son dissenting judgment, les prérogatives royales sont un anachronisme. Si un juge anglais a dit cela, un peuple éclairé dans un pays qui est, de surcroît, le berceau de la démocratie, ne peut rester indifférent. Si le peuple américain est en train de remettre en cause la politique du président sortant, c’est parce que ce peuple est attaché aux droits humains. Ou on peut appeler cela une évolution. Aujourd’hui, il y a une attente concernant Obama : on attend de lui, s’il est élu, qu’il essaie de changer les choses. Même McCain veut se démarquer de la politique de Bush. Tout cela nous permet d’espérer que la nouvelle administration américaine va remettre en cause sa politique de gendarme du monde. La voie diplomatique est la voie de la raison, pas celle de la discorde. Et aujourd’hui, le monde est en train de choisir la voie de la raison.
● Mais quelle est la position de Gordon Brown par rapport à nos revendications ?
Navin Ramgoolam a des relations privilégiées avec M. Brown et, bien entendu, la teneur des discussions entre eux doit rester confidentielle. Mais je suis sûr d’une chose : Gordon Brown ne peut pas être insensible à l’injustice qui a été commise contre nous.
● En tout cas, ce n’est pas l’impression que l’on a quand on lit la déclaration de David Milliband !
Oui. Mais l’opinion internationale condamne haut et fort cet acte de démembrement de notre territoire. Pour combien de temps encore peut-on choisir d’ignorer cela ?
● Faisons une parenthèse avec la fusion prochaine de la COMESA et de la «Southern African Development Community». Quelles répercussions pour Maurice ?
Le monde est devenu un village global. Nous sommes tous pour des traitements préférentiels mais ceux-ci doivent être en conformité avec la World Trade Organization. Pour faciliter les choses, il faut aller vers un marché unique. Et pour ce faire, il nous faut un free trade agreement. L’Afrique, malgré tous ses problèmes, a fait une croissance de plus de 5 % cette année. Il y a 527 millions de personnes qui sont concernées. L’Afrique a un potentiel de marché au Produit intérieur brut de USD 650 milliards. Il y a de la matière première. Ces gens-là doivent manger, s’habiller, etc. C’est cela, le potentiel que l’Afrique représente pour nous. Ma vision, c’est que des conteneurs de matières premières arriveront chez nous sans taxes, et quitteront Maurice remplis de produits que le pays aura transformés et qu’il exportera vers l’Afrique. Voilà les opportunités de cette fusion pour l’entrepreneur mauricien.
Propos recueillis par
Deepa BHOOKHUN
|