La demande d’asile politique, à Maurice, de quatre footballeurs éthiopiens, faisant partie de la sélection nationale de leur pays, éclipse quelque peu la maigrelette victoire du candidat MMM, Rangaven Moonien, sur le candidat travailliste, Hans Seebaluck, lors de l’élection municipale partielle du 24 avril 1983, à Vacoas-Phoenix-III (voir l’express d’hier).
Ces quatre sportifs ont précédemment disputé un match de qualification de la Coupe d’Afrique des Nations. Au match aller, à Addis-Abeba, le XI mauricien s’incline sur le score d’un but à zéro. Le match retour se déroule, le dimanche 25 avril 1983, au stade George V, à Curepipe. Un but de Dany Imbert, à la 34e minute, remet les deux équipes à égalité. Maurice remporte le match retour par un but à zéro. Les deux équipes, se retrouvant à parité (un but à un), à l’issue des deux matches, l’on doit recourir aux coups de pied au but pour les départager. L’exercice est funeste pour Maurice qui ne réussit qu’un but sur cinq tirs. Pour leur part, les Ethiopiens en réunissent deux sur quatre. Cela suffit pour assurer leur qualification pour le prochain tour, tandis que l’équipe de Maurice est éliminée de l’édition 1983 de cette compétition continentale. Signe des temps et surtout d’une popularité, que notre football, en 2008, n’est pas prêt de retrouver, les billets d’entrée au stade George V, d’une valeur faciale de Rs 25, se vendent trois fois plus cher au marché noir.
Le lendemain matin se produit un coup de théâtre plutôt rare dans le Landerneau mauricien, tant aux niveaux politique, diplomatique que sportif. L’on apprend, dans la matinée du lundi 25 avril, que quatre joueurs éthiopiens réclament l’asile politique. Ils sont Lemma Kibret, Solomon Wondimu, Sessaye Kebede et Ermias Wondimu. Ils passent la nuit du 24 au 25 avril à l’hôtel Le Mandarin, à Curepipe Road (à toucher de la clinique Darné). Ils profitent de cette matinée de lundi, consacrée au shopping et au tourisme dans les rues de Port Louis, pour réclamer le statut de réfugiés politiques, en s’adressant au représentant à Maurice du PNUD, M.B. Danisman. Ce dernier se met immédiatement en contact avec le ministère mauricien des Affaires étrangères. Les quatre joueurs et lui préfèrent, dans un premier temps, ne faire aucune déclaration à la presse. Les parties concernées tombent d’accord pour que, dans l’attente d’une décision quelconque, la police mauricienne assure la protection des quatre joueurs éthiopiens. Ces derniers sont conduits dans un hôtel de la capitale. Ils sont surveillés de près par des membres de la police secrète, déguisés sous divers accoutrements mais toujours aisément reconnaissables et à distance de surcroît, grâce à leur chapeau feutre grisâtre règlementaire, qu’agrémente une petite mais élégante plume d’oiseau. Ils sont, bien sûr, les seuls à porter le chapeau à Maurice, sans oublier les godillots de rigueur, gracieusement fournis par la police locale. Ils se déplacent le plus souvent en jeep Land Rover de couleur bleu foncé Royal Navy. Ils passent aussi inaperçus que Dupond et Dupont.
Les quatre joueurs éthiopiens prennent d’abord contact avec l’ambassade états-unienne, à Maurice. Celle-ci les refile tout de suite au bureau local du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement). Celui-ci représente à Maurice toutes les agences onusiennes dont celle chargée des réfugiés pas forcément politiques. Deux marines américains et un diplomate états-unien escortent nos Ethiopiens de la Rogers House (ambassade des Etats-Unis) à l’immeuble de l’Anglo-Mauritius (où siège le PNUD). Le porte-parole de la police, dans toutes ces négociations, est le surintendant Alex Parfait. Tout le monde apprécie, bien sûr.
Un incident amusant. A 16 heures pile, l’UNDP réclame l’usage exclusif de l’ascenseur pour le départ de l’immeuble des quatre Ethiopiens. Comme c’est l’heure sacro-sainte de la sortie des bureaux, ce n’est que dix minutes plus tard, que policiers, diplomates et réfugiés éthiopiens peuvent s’engouffrer dans les deux cabines d’ascenseur et quitter l’immeuble. Pour un départ qui se voulait discret c’est donc plutôt réussi.
Un ancien diplomate, voyant les journaux de 1983, narrant les péripéties de ces Ethiopiens, confie à une Américaine de passage : «A l’époque, les footballeurs africains appréciaient beaucoup venir jouer à Maurice. Ils étaient sûrs de gagner et pouvaient, en outre, réclamer l’asile politique». C’est plutôt exagéré mais dit avec tellement d’humour et de flegme.
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