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LINDSAY DESCOMBES

24/03/2008
Title:La franc-maçonnerie plus transparente
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Cette volonté chez Lindsay Descombes d’accorder une plus grande visibilité à la franc-maçonnerie mauricienne s’illustre par le fait qu’il répond à toutes les questions. A commencer par le pin en forme de bleuet qu’il porte sur sa veste. Oui, c’est bien un symbole de la franc-maçonnerie au même titre que le compas et l’équerre. Ce symbole vient d’Allemagne et constituait le signe distinctif des maçons à une époque où ils étaient persécutés.

Lindsay a toujours mené deux vies. Une vie publique et une autre «discrète mais pas secrète». Les deux sont toutefois liées à Ireland Blyth Ltd (IBL) où il a eu une carrière professionnelle «exaltante» en tant que numéro 2 de la Mauritian Eagle, et de numéro 1 de la Lloyds, directeur exécutif de la Société générale de surveillance (SGS) qu’il a ranimée, lui conférant le lustre qu’elle possède aujourd’hui.

C’est chez Blyth Brothers et en 1965 qu’il a son premier contact avec la franc-maçonnerie. «Cela faisait deux à trois années que je travaillais dans les assurances chez Blyth. A chaque fois que je me rendais au Caudan, mon regard était attiré par une pierre au-dessus du portail du bâtiment, aujourd’hui IBL, et sur laquelle figuraient entrelacés un compas et une équerre.»

Sa fascination l’amène à interroger un collègue qui lui explique qu’il s’agit de symboles de la franc-maçonnerie. A l’époque, il avait déjà pris du recul face aux dogmes religieux et aux idées reçues. En 1968, il fait des démarches pour devenir franc-maçon. Il est initié dans la loge écossaise Friendship No 439 en 1969. Et la bourse que Blyth Bros lui offre quelques mois plus tard au Collège d’assurances de Londres et au Manchester Guildhall University pour poursuivre des études d’assurances et de gestion administrative, lui apporte la distanciation nécessaire à la réflexion commencée.

A son retour au pays deux ans plus tard, il reprend ses activités maçonniques. A l’époque, il n’existait que deux Loges Ré-gulières : la Loge écossaise susmentionnée et la Loge anglaise, Friendship No 1696. Ces Loges «Régulières» sont reconnues par la Grande Loge Unie d’Angleterre, la Grande Loge Mère du monde fondée en 1813. Une dizaine d’autres loges existent mais ne sont pas reconnues par la Grande Loge Unie d’Angleterre.



«Maurice est petite et
tout le monde se
connaît. Les candidats
n’ayant pas les qualités
requises sont
sanctionnés par vote
secret. On appelle cela
«black boulé» dans
notre jargon.»




Lindsay sera le Vénérable Maître de la loge écossaise à deux reprises. Ce qu’il retire lui de la franc-maçonnerie, c’est «une école de liberté de recherche et de réflexion sur soi-même», «une plus grande exigence» à son endroit, «une plus grande tolérance» du fait que la franc-maçonnerie soit ouverte aux hommes de toute confession religieuse du moment qu’ils croient en l’existence d’un Etre Suprême et à «une plus grande ouverture d’esprit» car le mouvement est ouvert à tous les courants de pensée. «J’ai aussi appris à me défaire des certitudes car tout peut changer dans la vie.»

Ses engagements professionnels l’amènent à beaucoup voyager et au gré de ses déplacements, il découvre comment la franc-maçonnerie évolue dans les Etats souverains et indépendants. Il rêve d’une Grande Loge Régulière indépendante pour Maurice et en parle autour de lui. Ses tentatives d’amener la question devant les instances concernées rencontrent beaucoup de réticences. Il n’est pas le seul à caresser cette idée d’institution d’une Grande Loge à Maurice. Certains frères d’autres obédiences y pensent aussi.

Un groupe de Frères issus de loges «irrégulières» approche à cet effet en 1991 la Grande Loge Nationale Française, (GLNF), la seule d’obédience française, reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre. Cette instance française délègue un inspecteur pour entendre leurs raisons. Ce dernier sonde aussi Lindsay Descombes dans le processus qui déclare soutenir la revendication. «Mais je voulais dans un premier temps les aider à mettre sur pied une Loge Régulière Francophone à Maurice et pas y avoir un rôle prépondérant.» La GLNF «régularise» ces Maçons «pétitionnaires» et accorde en 1992 une patente pour la création d’une Loge Régulière Francophone connue sous le titre de Louis Auguste Ormières No 710. C’est aussi la première consécration d’une loge régulière à Maurice depuis 1877.

Un incident manque de mettre en péril ce projet quelques jours avant sa création. De sorte que Lindsay voyant son rêve s’envoler en fumée, accepte le Vénéralat de cette nouvelle Loge. Six autres Loges francophones sont constituées. En 2002, la GLNF crée une Grande Loge de District – une étape quasi-obligatoire en marge de la création d’une Grande Loge Régulière Nationale, indépendante et souveraine.

Pour constituer un District ou une Grande Loge, il faut avoir au minimum quatre Loges. Lindsay est installé comme Grand Maître de District, le deuxième dans l’Histoire de la franc-maçonnerie à Maurice après Sir Robert Farquhar en 1813.

Appelé à dire si la qualité des recrues n’a pas été sacrifiée au détriment de la quantité pour favoriser la constitution du district, Lindsay répond non. «Ce qui y a contribué, c’est la plus grande visibilité de la franc-maçonnerie. Presque toutes les Grandes Loges ont un site Internet. Et puis, Maurice est petite et tout le monde se connaît. Les candidats n’ayant pas les qualités requises sont sanctionnés par vote secret. On appelle cela ‘black boulé’ dans notre jargon.»

Après un apprentissage de trois ans, la GLNF accorde l’indépendance maçonnique à Maurice et la Grande Loge de Maurice est créée le 12 mars 2005. Lindsay devient le premier Grand Maître. Après une mandature de trois ans, il a demandé à être reconduit cette fois par élection à la Grande Maîtrise car il veut consolider les assises et la structure de cette Grande Loge naissante.

Si la franc-maçonnerie a si mauvaise presse, selon lui, «c’est parce que presque tous les écrits en librairie sur le sujet sont négatifs et l’œuvre d’anti-maçons. Et puis, la franc-maçonnerie a longtemps été stigmatisée et vilipendée par l’Eglise catholique et les médias qui lui sont proches».

D’accord mais cela, c’était au 18e siècle. Si cette réputation perdure, n’y a-t-il pas une part de fondement dans tout cela ? «Pas du tout. Ce sont les ressentiments de l’Histoire. Pour avoir promu la laïcité et la liberté de conscience, la Maçonnerie a été prise pour cible par l’Eglise. Cette amertume perdure.»

Est-ce à dire que la franc-maçonnerie mauricienne est exempte de brebis galeuses ? «Non, un franc-maçon est un homme donc faillible. Les dérives peuvent exister en Maçonnerie comme dans toutes institutions humaines. Il ne faut pas généraliser.»

Comment expliquer que les neufs loges chapeautées par la Grande Loge de Maurice soient toujours fermées aux femmes ? «A l’origine de la Franc-Maçonnerie, les maçons-bâtisseurs étaient des hommes.» Oui mais de nos jours, on trouve des femmes dans le secteur de la construction. Pourquoi pas dans la franc-maçonnerie dite Régulière ? «C’est une question de choix. Comme il y a des écoles de garçons, des écoles de filles et des écoles mixtes. Aux Etats-Unis, il a des loges féminines constituées de femmes de Maçons. Je crois que cela peut évoluer à Maurice aussi mais j’ignore combien de temps cela prendra…»









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