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Epreuves de vérité

26 mars 2011, 20:00

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L ’ université de Maurice, nous ne la devons pas à la seule témérité, à la seule « vision » de sir Seewoosagur Ramgoolam ( SSR). Ce n’est, certes, pas la question du moment, mais le contraire est si souvent affi rmé ces derniers jours qu’il en devient irritant. L’espace de trois paragraphes, cédons à… une « diversion » . Le Premier ministre en a bien fait, lui, en tentant de transformer la séance parlementaire en leçon de gériatrie.

Ainsi donc, preux chevalier porté par de grands espoirs pour le pays, SSR aura défi é tous les technophiles rétrogrades afi• de construire, selon ses désirs, le campus du Réduit. Ce n’est pas très juste. Car il y a bel et bien eu ballet d’experts et de contreexperts avant que l’université ne sorte de terre. Le professeur Colin Leys, sir Charles Morris… Ce sont autant de noms enfouis dans la mémoire de notre histoire. Sans les recommandations et les mises en garde des universitaires de grandes institutions britanniques, sans leur encadrement et leurs recommandations, l’université de Maurice n’aurait pas été ce qu’elle est.

Il n’est pas juste non plus de résumer cette période à une image opposant SSR le visionnaire aux autres. Les députés de l’époque et le gouvernement colonial ne s’opposaient pas tant au principe d’une université qu’ils ne s’interrogeaient sur la pertinence de l’investissement à l’époque donnée. Ils se demandaient si le pays pourrait soutenir ces dépenses s’il n’y avait pas le risque que les produits de l’université soient des « second class products » s’il ne fallait pas mieux rechercher une affi liation avec une université étrangère, voire faire une université franco- britannique si on pouvait garantir le principe de l’autonomie académique… C’est à la faveur de riches débats que l’idée est devenue projet.

A les relire aujourd’hui, on apprécie d’ailleurs la clairvoyance de certains de ces intervenants. Cette université qui se classe au rang pas très glorieux de 18 e en Afrique, derrière celles du Zimbabwe et de Dar es- Salaam, n’aurions- nous pas plus de raisons d’en être fi ers si nous avions procédé autrement ? Le fait que l’université de La Réunion, bien plus jeune que celle de Maurice, se classe bien mieux au rang mondial, ne suscite- t- il pas de questions ? Le nombre et la qualité de professionnels de calibre que l’université de Réduit a produits pour le pays justifi entils qu’on s’autocongratule aujourd’hui sur cette initiative ? Voilà pour la diversion. Venons- en aux circonstances dans lesquelles ce propos selon lequel on doit pouvoir gouverner sans expertise est tenu. Faut- il le prendre au mot ? Sans doute pas. Personne ne croit que la seule vision peut mener quelque part. Il n’y a pas de vision sans action, et vice versa. Et l’action, c’est le recours à des experts de différente nature, techniques, fi nanciers, qui vérifi ent si la vision n’est pas… hallucination. Non, Ramgoolam ne peut pas croire ce qu’il dit ne fait- il d’ailleurs pas lui- même encore appel à des experts britanniques pour s’assurer que ses projets tiennent la route ? Ce commentaire, en réalité, est une platitude comme tant d’autres. C’est tout le savoir- faire politique de Navin Ramgoolam.

Ce n’est pas un hasard que le terrain sur lequel il est descendu cette semaine, à un moment où l’agressivité de l’opposition et la persistance de la presse sur l’affaire Medpoint pourraient lui nuire, soit celui de l’éducation et des infrastructures. Ce sont là les points forts, les valeurs sûres du régime travailliste. Sur la nouvelle autoroute du Nord et sur le nouveau campus de Moka, Navin Ramgoolam est venu conforter, dans l’esprit des électeurs, ces images qui font sa force il est venu consolider son crédit en réactivant les idées auxquelles ils l’associent : stabilité, avenir, éducation, construction, routes, sécurité. Avec un petit clin d’oeil à « mo papa » , ça fait partie de la musique.

Car, le leader du Parti travailliste le sait, le citoyen raisonne avec ses tripes, il est primitif, sa pensée est affective et associative. Et Navin Ramgoolam en joue admirablement. Il sait qu’il peut se contenter de platitudes, voire de contrevérités.

Sa base électorale ne s’attend pas à un discours sur l’intégrité.

Ils ne sont pas une foule à s’émouvoir de l’affaire Medpoint.

Pas par absence d’éthique ou de convictions véritables, mais par indifférence. A côté de l’école, de la route, des accidents – des sujets de grand intérêt personnel pour l’électeur –, les questions d’éthique ont peu de poids. Anecdote éclairante : 86 % des citoyens américains savaient que le chien de George Bush s’appelait Millie 15 % étaient conscients qu’il était favorable à la peine de mort. L’électeur est partout pareil.

Il reste que cette démarche, ce discours propres aux temps de crise et de campagne, signalent un embarras. Il est clair que Navin Ramgoolam est gêné. Parce qu’il a une part de responsabilité dans l’affaire – l’énergie qu’il met à convaincre que les experts n’ont pas toujours raison laisse deviner combien il a pesé sur la décision d’achat. Et parce qu’il ne sait pas comment réagir face à son partenaire. Pas homme à excuser les fautes – il n’a pas hésité, en 1997, à nommer une commission d’enquête sur son commissaire de police, le bulldozer Raj Dayal affublé de tous les soutiens que l’on sait –, il est déstabilisé. Mais il n’en laisse rien paraître. Il s’en sort honorablement, jouant, au Parlement, l’apaisement, le respect des institutions, déboussolant quelque peu Bérenger, ne fuyant pas en indiquant qu’il considérera, le temps venu, la nécessité d’un Select Committee . C’est correct.

Navin Ramgoolam a mérité son répit. Mais si l’ICAC ne trouve rien…

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