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La lutte des places au MMM
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Par:-  Finlay Salesse

On 21/04/2009

C’est la faute au mur de Berlin.

Sans céder à la nostalgie de la gloire qui fut celle du MMM, il faut concéder qu’en quarante ans d’existence, le parti a connu des mutations indépendantes de sa volonté et a surtout évolué en fonction des changements à Maurice et dans le monde. Ainsi les turbulences qui agitent le parti en ce moment étaient tout à fait inévitables, sinon prévisibles. Quand la lutte de classes cède le pas à la lutte des places, chacun se bouscule, avec les moyens qui lui sont propres pour arriver au sommet.

C’est sur cette toile de fond qu’il faudra analyser les nombreuses démissions qui affligent les mauves et la fronde Jeeah. Naguère, les fractures étaient idéologiques. En 1973, le premier schisme reposait sur la manière dont il fallait procéder pour arriver au pouvoir: le choix entre la voie électoraliste avec les concessions inévitables au ‘communalisme’ et l’insurrection populaire susceptible ‘comme une vague de tout balayer pour porter le MMM au pouvoir’. Dans les deux camps, des militants de toutes ethnies confondues.

L’idéologie alimentait encore une fois la grande crise de 1983. Bien qu’elle commençât à avoir une coloration ‘communaliste’. Quelles concessions faire au secteur privé surtout à l’industrie sucrière? C’était la grande question.

Paul Bérenger, alors ministre des Finances, sous le diktat de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International, avait inventé bien avant la lettre le ‘Stimulus Package’ en dopant ‘l’oligarchie sucrière’ d’une vulgaire enveloppe de Rs 57 millions!

En 1993, la rupture était d’ordre stratégique et l’hémorragie conséquente. Mais déjà, les mauves avaient perdu tous leurs repères. La chute du Mur de Berlin et la proclamation de la mort des idéologies par Francis Fukuyama privaient la gauche des références de son existence. Le MMM, comme les autres formations, se retrouva en plein désarroi et orphelin… tout en s’agrippant à quelques valeurs essentielles: l’unité nationale, la justice sociale, la méritocratie, entre autres.

Le MMM n’exigeait plus pour ses recrutements des diplômes de convictions idéologiques profondes. Il se contentait de quelques vagues attestations de gauche– ce qui ne le distinguait plus du Parti Travailliste et même du PMSD ! Avec lesquels, il avait contracté des alliances sur la base d’une représentation ethnique bien dosée avec des figures emblématiques.

L’objectivité contraint de préciser que le MMM n’a pas inventé le concept de ‘communalisme scientifique’. Le ‘Untold Stories’ de feu sir Satcam Boolell explique comment dès 1953, sir Seewoosagur Ramgoolam en fit un savant usage et ce, avec succès jusqu’en 76. En 1982, Paul Bérenger surpassa le maître en peaufinant cette arme redoutable selon le principe ‘diamonds cut diamonds’. Et depuis, le positionnement des candidats dans les vingt circonscriptions, la composition du Cabinet ministériel, les nominations ici et ailleurs n’ont fait qu’obéir à cette implacable logique et à cette subtile sociologie. C’est ce principe qui explique que Madun Dulloo a été accueilli à bras ouverts et que Raj Dayal, Dinesh Ramjuttun ont retrouvé grâce aux yeux de Paul Bérenger.

Des lors faut-il s’étonner que Pradeep Jeeah ait eu des ambitions premierministerielles ? Qu’il ait estimé que le ‘outsourcing’ n’avait pas sa raison d’être vu, qu’à l’interne, il possède ce qu’il faut pour nourrir cette ambition? Faut-il s’étonner de la démission de Leela Devi Alleear? Aussi bien de celles de Jayen Teeroovengadum et de Ravi Gunnoo?

C’est la lutte des places. Certains sont bien cotés, d’autres non et d’autres encore portent de lourds handicaps ou sont (ou seront) redondants en fonction de la représentativité au sein du MMM ou dans la perspectives d’éventuelles alliances.

C’est bien-sûr la faute au mur de Berlin. Comme la faute aux nombreuses alliances contractées (et à venir). Comme la faute aux nombreux échecs électoraux quand Paul Bérenger a été pressenti comme premierministrable avec l’exception de l’An 2000.

La disparition de l’idéologie a dilué celle du MMM dans le bourbier de l’ethnicité en faisant naître des vocations premierministerielles dans la caste qui fabrique de tels costumes.

 


Commentaires

Par Fouzia SAMEL
Apr 22, 2009
Je suis partiellement d’accord avec FS. Mais je dirais pour ma part que l’échec du MMM d’aujourd’hui est la conséquence d’un mauvais fonctionnement de la machine tout simplement au-delà de l’idéologie. Le MMM ne fait plus aucune productivité, à part deux trois membres, V. Lutchmeenaraidoo, V. Makhan, et I. Dilmahomed. Les commissions ne fonctionnent guère : A titre indicatif, une commission a été taillée pour accueillir M. Dulloo. Qu’a fait cette commission ? Rien. Le MMM pour cette raison n’a pas su se reconstruire depuis qu’il est dans l’opposition. Sa force électorale n’a pas augmenté. Aucune contre proposition n’a été faite à l’exception des trois figures mentionnées plus haut. Le MMM aurait dû mettre en place un véritable cabinet fantôme (shadow cabinet) pour répliquer systématiquement au gouvernement et surtout devancer celui-ci par ses propositions. Je pense que c’est en raison de cette lacune que le facteur du communautarisme refait surface. Le communautarisme ne joue pas lorsque la compétence s’affirme nettement et lorsqu’il y a une bonne différence entre l’opposition et le gouvernement. Deux ou trois exemples : en 1972, l’élection de D. Virashawmy à Triolet. En 1982, si Paul Bérenger s’était présenté comme PM, le MMM aurait sans doute remporté les élections. L’exemple de 2000, Paul Bérenger présenté officiellement comme candidat au poste de PM fût-il dans un deuxième temps. C’est mon explication, sans doute une des explications, de l’échec actuel du MMM.
Par pragmatiste
Apr 22, 2009
L’analyse de FS pêche par deux omissions. D’abord, il ne dit pas où sont les partisans de l’insurrection populaire (entendez l’ex-MMMSP) qui quittèrent le MMM en 1973. Ils sont tous des conseillers du Parti travailliste. Ensuite, la concession de Rs57 millions n’était pas un revirement idéologique. Comparée aux milliards que les travaillistes donnent au secteur privé aujourd’hui avec les réductions d’impôts et le « stimulus package », les Rs 57 millions sont une goutte d’eau dans la mer. Si les marxistes-léninistes et autres maoistes qui prônaient l’insurrection sont devenus des réactionnaires, faut-il s’étonner que le MMM ait ajouté de l’eau à son vin. Réalisme politique oblige !
Par Sitoi Yen
Apr 21, 2009
Au Debut des années 80, le PTr devint un parti essoufflé, vieillissant et desemparé encourageant ainsi le MMM qui se vantait à l'époque du fonctionnement démocratique de ses structures. 40ans après, la boue est en train de se moquer de la Mare!!. Apres les élections de 2005, pas d’elections internes ni au CC ou BP, tous ceux qui ont été nommés pour renforcer les structures dirigeantes du MMM et leur apporter un revouveau tant recherché sont des nominés du leader tanto bien sur par un calcul scientifiquement communautarisme, Berenger étant expert dans cet exercice depuis 1983. Au fil des alliances électorales conclues , Ce qui se passe aujourd'hui chez le MMM pourrait laisser penser que le MMM finira,sauf virage 360deg, comme le Ptr des années 1980, bien sûr. Si le MMM ne se soigne pas - pris dans ses contradictions, ses alliances faites, défaites et à venir, ses alliées qui étaient hier ses ennemis et qui peuvent rapidement le redevenir, des Dirigeants Old timers grisonant craignant une defaite consecutive apres celle de 2005, soutenue par ses adversaires, et l'abandon de la base desormais moins motivée. Si cela arrive, Navin Ramgoolam aura, lui aussi, atteint son objectif de finir le MMM. Avec en main, les dirigeants du MMM de ces 40 derniers annees lui facilitant le chemin vers un renouvellement de mandat!!
Par Macarena
Apr 21, 2009
The MMM still has a bright future in the political landscape of Mauritius. Every party goes through some rough patches in its history and this is just the case for the MMM. Those who are leaving have their own reasons declared or implied, yet that does not necessarily mean the end of the party much to the chagrin of its adversaries. Eventually, the MSM will disappear either in a merger with Ptr or with the MMM. The rural/urban divide will continue to dictate Mauritian politics for a long time to come.
Par Jean
Apr 21, 2009
Brilliant analysis Mr Salesse!
Par Darren Poinen
Apr 21, 2009
Hats off Finlay. It would be hard to make a better analysis. I am beginning to believe that the end is near
Par Shy
Apr 21, 2009
Les tribulations du MMM étaient écrit sur les murs depuis un certain temps. Nous sommes maintenant au point terminal. Qu'est ce qui n'a pas marché? Tout comme la courbe de croissance le cheminement du parti n'a pas su trouver l'énergie nécessaire à des moments donnés de se renouveler, de se remettre en question pour donner un autre 'stimulus'. A qui la faute? D'un parti démocratique il en est devenu un autocratique, dix cerveaux en valent mieux qu'un. Quel avenir? Question très difficile à répondre, il ne suffit pas au MMM de remettre le terme 'travailleur' pour le 1er mai pour faire un retour aux sources. Il en faut beaucoup plus. Une refonte en profondeur du parti avec une analyse objective redéfinissant son positionnement face aux défis de ce siècle. Il n'existera à Maurice que deux courants comme cela a toujours été le cas. Toutefois il est nécessaire que les objectifs dépassent les facteurs ethniques pour s'imprégner des réalités dynamiques du pays. Ceci s'applique aussi pour les autres partis du pays. L'Amérique a su faire ce pas, et nous?
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