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Ram Seegobin: «Bientôt, nous assisterons à la création de milices populaires, certaines communales»
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Julien Tuyau  |  20/04/2009

Ram Seegobin décrypte l’actuel mouvement syndical et la nouvelle prise de conscience parmi les travailleurs. Il parle aussi de la récupération politique de ce combat et du malaise sociopolitique qu’il reflète. Il évoque enfin une menace de la paix sociale…

Comment interprétez-vous l’actuel rayonnement des syndicats. Est-ce que l’on peut parler ici d’une renaissance syndicale?

Les dirigeants des syndicats, à l’instar de Reaz Chuttoo, parlent eux-mêmes de mobilisation spontanée. Ce sont des conditions objectives ajoutées à la peur de perdre son emploi qui engendrent cette mobilisation. Ainsi, on ne peut pas parler de changement et de renaissance syndicale.


Est-ce que vous pensez qu’il pourrait y avoir une récupération politique de ces différents combats syndicaux?

La récupération politique a déjà commencé, surtout venant de la part du Mouvement Militant Mauricien (MMM) et de l’autre parti de l’opposition. Ces deux formations, dépourvues de programme économique et de plate-forme politique, cherchent un moyen de se faire entendre. D’autant plus qu’elles veulent faire une alliance avec le Parti Travailliste (PTr). Mais cette récupération politique est davantage visible du côté du MMM, qui vient également de changer de slogan avant le meeting du 1er mai. Le parti affiche maintenant son slogan «les travailleurs avant tout.» Paul Bérenger s’est même permis de demander à ses partisans d’aller rejoindre le meeting des syndicats après celui du MMM.


Que pensez-vous de l’attitude des syndicats face à cette récupération politique?

Certains dirigeants syndicaux jouent aussi le jeu des politiciens. Ils ont également lancé un appel aux partis politiques pour qu’ils laissent les travailleurs assister à la manifestation syndicale du 1er mai. Il y a toujours un deal qui est conclu à chaque fois qu’un appel est lancé. Et ces deals sont facilités par les partis politiques qui ont des hommes à eux dans les mouvements syndicaux.


Malgré cela, les travailleurs descendent dans la rue plus facilement. Est-ce que vous serez d’accord sur le fait que la rue gronde actuellement?

Oui, et seul Rama Sithanen ne l’entend pas. Le pays va bien, selon lui. Mais, il se trompe complètement. Les gens ont la rage. Il y une colère profonde qui monte, surtout venant des pauvres. Jean François Chaumière, le ministre du Travail, n’est pas en reste… Il parle de coïncidences au sujet de la crise économique qui sévit au moment où ses deux nouvelles lois ont été introduites. Ce n’est pas qu’une coïncidence. Ces deux lois et la crise économique ont provoqué un cocktail explosif. Plusieurs hôtels licencient des employés, d’autres choisissent de fermer pour cause de rénovations. Et c’est sûr qu’elles rouvriront une fois la crise passée…


La situation est donc critique, selon vous. Mais, est-ce que vous pensez que les partis politiques ont compris la portée de ce mouvement social?

Je n’en ai pas l’impression. Le MMM et l’autre parti de l’opposition ne pense qu’à utiliser ce mouvement pour leurs propres magouilles politiques. Ils ne sont pas conscients de la portée des choses. Et la situation s’empirera dans les prochains six mois.

Cette ignorance et ce petit jeu des politiques ne sont-elles pas un danger pour la paix sociale?

La paix sociale est menacée. Et, cela fait trois ans que Lalit dit que Maurice fait face à une crise systémique. Nos industries majeures telles que textile, sucre et tourisme, ont enduré une mutation sans qu’elles ne soient encadrées. Cela a occasionné des effets secondaires qui influencent la société mauricienne. L’un de ces effets secondaires est la montée dans le taux de criminalité qui est visible surtout en région rurale. Lallmatie est devenue la capitale de la criminalité. Ce n’est pas la dégradation de la sécurité publique qui en est la cause. La majorité des crimes ont lieu entre voisins, entre membres d’une même famille… Cela reflète un malaise social très profond qui touche la société. Bientôt, nous assisterons à la création de milices populaires, certaines communales…



 

    
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