vendredi 25 mai 2012
Lexpress.mu en page d'accueil | newsletter | archives | rss
header
Météo Avis de décès Horoscope   
header
Michael Amaladoss : « Dans une vraie démocratie, l’ethnie d’un candidat est secondaire »
Modifier la taille du texte:A | A

Imprimer

Envoyer

Commentaires

Sauvegarder

Noter l'article

Partager et classer cet article

  |  13/02/2012

Le théologien et écrivain d’origine indienne Michael Amaladoss est le directeur de l’Institut pour le dialogue avec les cultures et les religions à Chennai. Il est à Maurice dans le cadre de séminaires sur l’interculturalité organisés par l’Institut Cardinal Jean Margéot. Il nous parle de l’importance du dialogue entre les cultures et de la nécessité que les différentes communautés soient représentées de manière équitable dans la sphère politique.


Quel est le but de votre visite à Maurice ?

Le but est de mon passage est de faire un partage des expériences pour déboucher sur ce qu’on peut faire pour encourager le dialogue entre les cultures. A la fin, on remarque que les problèmes en Inde ressemblent à ceux de Maurice. On vit dans une société multiculturelle. Même du côté des religions, nous avons le christianisme, l’islam, le bouddhisme et l’hindouisme. Et quelques fois, la religion devient une force politique. Et le but de ces conférences c’est de voir ensemble comment inculquer l’interculturalité chez les jeunes, par exemple.

Pour faire simple, c’est quoi l’interculturalité ?

C’est le dialogue, la compréhension entre personnes issues de différentes cultures. C’est l’unité dans la diversité. Dans une société multiculturelle, ce qui devrait être une richesse peut être une source de conflits. Surtout, si chaque communauté cherche son intérêt économique ou politique. L’interculturalité, c’est quand les cultures se rencontrent.

Est-il possible d’avoir une société qui soit totalement pour l’interculturalité et qui prône le dialogue entre les cultures ? Vous semblez y croire.

Oui, c’est tout à fait possible. Il faut se comprendre et ne pas considérer l’autre comme un ennemi. Nous ne partageons pas les mêmes cultures mais rien ne nous empêche d’être des amis. Quand on parle des droits de l’homme, on parle de l’égalité et de la liberté de vivre selon sa culture tout en respectant les autres.

Quel est votre constat sur les relations entre les cultures à Maurice ?

A partir des gens que j’ai rencontrés, je constate un réel désir pour les Mauriciens de vivre ensemble. Mais on voit aussi les difficultés qui existent. L’esprit communal est toujours là et il est grandement encouragé par les groupes politiques. Une fois qu’on est dans la sphère politique on cherche le soutien de sa communauté. Mais l’on voit qu’il y a l’envie de penser en termes d’unité nationale. On cherche toujours.

Il faut reconnaître qu’il y a le poids d’une histoire douloureuse qui pèse dans la balance. Maurice a été marqué par l’esclavage et l’engagisme. 177 ans après cette période, le gouvernement institue la Commission Justice et Vérité, chargée de nous réconcilier avec ce passé. Vous pensez qu’une telle initiative s’inscrit dans la démarche vers l’interculturalité ?

Oui, tout à fait. L’histoire continue. Je ne dis pas qu’il faut oublier son passé mais maintenant l’île Maurice est indépendante. On ne doit pas rester dans ce passé, il faut avancer sinon cela va créer des problèmes psychologiques ou une personne peut se sentir inférieur ou sous-représentée dans le pays.

En ce moment, on parle du Best Loser System, un mécanisme qui sert à assurer la représentativité des groupes ethniques minoritaires à l’Assemblée nationale mais il demande, par la même occasion, que les candidats aux élections précisent leur appartenance ethnique…

Si le pays était vraiment démocratique, les gens auraient voté indépendamment de la religion des candidats. Mais souvent, les personnes votent pour faire représenter leur communauté au Parlement. Alors dans un système politique comme celui-là, il faut une protection pour les minorités pour assurer qu’elles sont représentées. En Inde, par exemple, nous avons les Dalits qui représentent 17 % de la population. Il y a une discrimination positive envers eux. Des sièges leur sont réservés en politique. Et ce même dans l’éducation ou dans les postes de responsabilité dans la fonction publique. En résumé, il faut un système pour assurer la représentation des minorités sans pour autant que ce soit communal. Il faut trouver une meilleure solution.

Vous ne croyez pas que les Mauriciens devraient tous avoir une seule culture mauricienne ?

C’est difficile. Il y aura toujours des gens qui diront : « Je suis Mauricien-musulman ou Mauricien-hindou ». C’est pareil en Inde. Mais cela dépend aussi du contexte. Quand on va dans d’autres pays, oui, on dit qu’on est Indien ou Mauricien. Mais dans le pays lui-même, on ressent le besoin de dire qu’on est chrétien, musulman ou hindou. Un peu comme si on avait tous une « double identité ». A Maurice, on parle le kreol mais aussi l’hindi ou le mandarin.

Quelles sont les conditions qui favorisent le dialogue entre les cultures ?

D’abord, il faut reconnaître l’autre. Par exemple, en Afrique du Sud, au temps de l’apartheid, les Blancs et les Noirs étaient divisés. Mais aujourd’hui ils vivent ensemble. C’est parce que chacun a reconnu son prochain. Cela commence quand on s’intéresse à la culture de l’autre et qu’on essaie de le comprendre. Ensuite, il faut respecter les choix de son prochain et l’accepter comme il est. Les étapes sont la reconnaissance, le respect et l’acceptation de l’autre.

Que diriez-vous à quelqu’un qui est sceptique quant à la nécessité d’avoir un dialogue entre les cultures ?

On a toujours besoin de l’autre. Personne ne pourra vivre de ses propres moyens sans compter sur son prochain. Il faut reconnaître cette dépendance et aller vers l’autre.

Propos recueillis par Estelle Bastien

    
Vos Commentaires open close
Autres interviews
Nikhil Treebhoohun : «Les traités ne sont d’aucune utilité si les entreprises ne s’en servent pas»
Le CEO du «Global Institutional Investors Forum» parle des perspectives pour Maurice en termes d’investissements en Afrique. Il décortique les spécificités du continent, tout en évoquant les forces sur lesquelles Port-Louis peut compter pour aller vers «la dernière frontière».
Feroz Dahoo : «Les gains perçus sur les taux de change n’ont pas bénéficié aux consommateurs»
Le Chief Executive Officer de Thomas Cook (Mauritius) estime que nos dirigeants doivent démontrer « leur capacité à maintenir la stabilité sociale et politique » et « éviter des pertes d’emplois ».
Dominique Dherve : «Ces plantes qui reviennent sont des porte-drapeaux»
C’est un projet tout à fait exceptionnel : ramener des espèces endémiques disparues à la vie et les réintroduire dans nos forêts. L’une de ses chevilles ouvrières nous raconte comment quelques cellules d’une graine peuvent sauvegarder une espèce toute entière et bien plus encore. Le Directeur du Conservatoire botanique national de Brest nous en parle.
 [3]
Jean-Claude de l’Estrac: « Je trouve la nation plus forte que beaucoup d’entre nous s’imaginent »
La nation, la citoyenneté, l’éthique. Ces sujets ne sont pas souvent débattus. Jean-Claude de l’Estrac qui a été éditorialiste, auteur d’ouvrages sur l’histoire de Maurice et ministre de la République les aborde et se prononce avec une clarté qui témoigne d’une réflexion approfondie sur ces thèmes à portée sociétale.
 [8]
Bissoon Mungroo, proche collaborateur de Sir Anerood Jugnauth : «Ramgoolam a piégé le MSM avec Medpoint»
Bissoon Mungroo, proche collaborateur de sir Anerood Jugnauth (SAJ) – le seul à avoir été présent au Réduit le jour de l’annonce de sa démission – affirme que les gens ont peur de montrer leur soutien à l’ancien président de la République par peur de représailles. Presque deux mois après la démission de SAJ, il déclare que ce dernier n’est pas déçu du manque de momentum, mais qu’il est, au contraire, en train de labourer le terrain.
 [12]
Actualités|Sports|Génération Y|Mauriciens d'ailleurs|Opinion|Jobs|Immobilier|petites annonces
Contactez Nous | Code de Déontologie | Vos Commentaires | Sitemap
© Copyright La Sentinelle Limited 2010 | Designed & Hosted By: Designed & Developed By 4C plus