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Les leçons d’une condamnation
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Par:-  Rabin Bhujun

On 23/10/2011

Malgré les simagrées des politiques, la presse locale demeure, en tant qu’institution, largement respectée par ses lecteurs et auditeurs. Ils sont, en effet, environ huit sur dix à le dire, sondage après sondage. C’est là, une sorte d’exception mauricienne. En effet, les lecteurs des grandes démocraties nourrissent, eux, une défiance grandissante envers les journalistes. Ils ont leurs raisons.


Dans certains cas, on accuse la presse de recourir au sensationnalisme et à des méthodes de bas étage pour faire vendre. Dans d’autres, c’est son attitude connivente avec le monde politique et des affaires qui pousse les lecteurs à remettre en question l’indépendance des journalistes. Dans tous les cas, c’est l’attitude de la presse à l’égard de ses propres turpitudes qui creuse le fossé qui la sépare de son audience.


Les redresseurs de torts que sont les journalistes prennent en effet trop souvent la fâcheuse habitude de ne pas reconnaître leurs erreurs quand ils s’en rendent coupables. Et cela arrive… trop souvent. Pour ne rien arranger, la profession, pense le grand public, fait preuve d’un corporatisme forcené en se rangeant systématiquement derrière ses membres qui fautent.


Si l’on en croit les deux juges de la Cour suprême qui ont condamné Dharmanand Dhooharika à trois mois de prison, celui-ci a bien fauté. Le délit d’outrage à la cour pour lequel le rédacteur en chef de Samedi Plus a été jugé (lire page 28) était même, toujours selon eux, suffisamment
grave pour mériter une peine d’emprisonnement relativement lourde.


Certes, les juges sont souverains dans le choix des peines — souvent proportionnelles à la gravité de l’infraction commise. Or, c’est justement la proportionnalité de la peine qui nous interpelle dans le cas Dhooharika. Un voleur, non récidiviste, ayant dérobé quelques bottes de coriandre sur un marché ne mérite probablement pas la prison ferme. De même, on se demande pourquoi une peine aussi sévère a été prononcée contre Dhooharika, une personne qui ne représente a priori aucune menace réelle pour la société.


D’autant plus que les juges disposent d’une palette de peines. Qui vont de la forte amende de Rs 300 000 aux travaux d’intérêt général. La prison n’est qu’une mesure extrême. Et là encore, on ne peut que dire notre incompréhension de voir Dhooharika emprisonné comme un vulgaire criminel à Beau-Bassin. Alors que la possibilité d’une incarcération à la prison ouverte de Richelieu existe, en théorie.


Cette incarcération, malgré tout, n’en est pas moins une terrible leçon. Ou plutôt un rappel brutal : le journaliste est un citoyen comme les autres. Il est passible de prison quand il enfreint les lois. Les grandes démocraties, dans le but de protéger la liberté d’expression et de la presse, ont  complètement dépénalisé les délits de presse. De sorte qu’aucun journaliste ne soit condamné à de la prison dans l’exercice de sa profession. C’est un objectif « droitdelhommiste » vers lequel nous devons tendre. Toutefois, en attendant que l’Etat mauricien, dans sa sagesse, fasse évoluer nos lois dans ce sens, il faut composer avec celles que l’on a.


En effet, notre Code pénal prévoit plus d’une demi-douzaine de délits susceptibles de valoir de lourdes amendes ou des peines d’emprisonnement aux journalistes. Notamment: « outrage against public and religious morality; inciting disobedience or resistance to law; seditious publication; criminal liability for defamation; insult; false and malicious denunciation in writing; publishing false news… » Le code civil permet également d’engager la responsabilité civile du journaliste pour diffamation ou non-respect de la vie privée. Les dédommagements dans ces cas peuvent atteindre des montants conséquents.


Les politiques ont pris pour habitude de représenter les journalistes comme étant sans foi ni loi. La condamnation de Dhooharika indique toutefois que ce n’est pas vrai. Le rédacteur en chef de Samedi Plus vient, malgré lui, de prouver au grand public et à la classe politique que les lois encadrant la presse sont déjà sévères et applicables, en l’état, par nos juges. Après cela, peut-on encore prétendre, comme le fait le Premier ministre, qu’il convient de « durcir » les lois sur la presse ?


Commentaires

Par ABIMANU MATHOORASINGH
Oct 31, 2011
I have been through the article written by Mr Bhujun in respect of the sentence of imprisonment meted out to the Editor,I fully agree with his reasoning that the court had different sentences at its disposal to have recourse to the harsh one,which had a negative impact on the majority of the population,especially that the judiciary was judging itself.
Par Elvis
Oct 24, 2011
Pride often is the engine which drives the gossip industry.it is a desire to portray people better than us in a bad light,to lift ourselves up by pulling others down.Slander is inextricably linked with malice,deceit, hypocrisy and envy.Bearing false witnesses is a breach of freedom of speech.Journalists are just like all of us, some of them belong to the right wing and others the left or even extreme left wing and extreme right wing.We gotta admit that they are different and many of them are not angels either.
Par Jean Batiste Say
Oct 24, 2011
DHARMANAND DHOOHARIKA alias MAMOU LE MERITE BIEN CAR IL N'EN EST PAS A SON PREMIER DERAPAGE ! CONNAISSANT BIEN LES ROUAGES DE LA PRESSE MAURICIENNE, JE TROUVE LA SENTENCE DES DEUX JUGES DE LA COUR SUPREME TRES JUSTES ! CAR LES JOURNALISTES (PEU IMPORTE DE QUEL BORD IL SE TROUVERA) EST UN CITOYEN COMME LES AUTTRES, IL NE MERITE PAS UNE AUTRE JUSTICE (DE CLEMENCE) COMME LE DEMANDE L'EDIROTIALISTE DE L'EXPRESS-DIMANCHE !!!
Par chitchat
Oct 24, 2011
Mr Bhujun, please forgive my naivety as I'm not aware of the full facts concerning the harsh punishment of your colleague but it appears as a warning to all Mauritian journalists which restrict their rights to report news without fear of reprisal.I gather Mr DOOKARIAH's case has been referred to the CPJ(Committee to Protect Journalists), a non-profit making organisation to defending journalists worldwide. The organisation has yet to lose its first case, You and your colleagues would shortly have the last laugh.
Par Kader Nahaboo - Berks U K
Oct 24, 2011
@ "STARBRIGHT" You seem to imply that the CHRISTIANS are the Children of Light (Enlightenment), and OTHERS are the Children of Darkness (Ignorance).. Your distant Island is endowed wirh a Diverse Society. Please try your best to make the most of that DIVERSITY, and don't try to generate UNHEALTHY SCHISMS. DEMOCRACY is present on your Island, so do try your best to make it work, and don't try to get embroiled into THE BLISS OF BLIND FAITH.
Par le maitre
Oct 24, 2011
Azodi dans moris ena dimoune ine vine intouchable a coz zor largent, zot pouvoir ek zot nom.
Par Honky Tonk
Oct 24, 2011
Defamation laws may come into tension with freedom of speech,leading to censorship where publishers fear lawsuits. How to prove defamation? The perosn first must prove that the statement was false. Second, that person must prove that the statement caused harm or with reckless disregard for the truth.Oral defamation without witness is very hard to prove.
Par filous
Oct 24, 2011
All Journalist should go on strike and stop reporting for some days . i left Mauritius 10 years ago and do not have any regrets. This Government is slowly taking the freedom oiut of the people (peuple admirable as usual).
Par Le Naif
Oct 24, 2011
une condamnation injuste et révoltante et un pays à la dérive. Un pas de plus dans la mauvaise direction qui n'annonce rien de bon pour l'avenir.
Par Lélio Wong
Oct 24, 2011
@ Starbright....Actually the most popular printouts in MRU give the best guidance for further political evolution..." Pouvoir dan nou lamain + Moralité pa rempli vente + Morpa, specially at religious ceremonies ( always remember him ), a combination of all give the result of democracy or dictatorship. Welcome to members ( nou-bane) only !
Par Starbright
Oct 23, 2011
After the collapse of communism and the end of the cold war, many people believed that the long centuries of global conflict were finally over. Dictatorships began falling like dominoes and it seemed like democracy would spread rapidly around the globe, giving rise to a new world order based upon freedom market economics and peace. Religious differences often fueled bitter power struggles for political control of the shared land, which occasionally erupted into violence and bloodshed.. Only the Christians are comfortable with discussing or criticizing of religions while others are not because they are not so confident in their faiths as the Christians.
Par ABIMANU MATHOORASINGH
Oct 23, 2011
I have read the comment of Godzi and I have been impressed by his reasoning,namely as a layman.I am also intrigued the way that the Editor had been treated,Is that because the person who had been allegedly defamed was the Chief Justice?It would be more in line with public opinion if the sentence had not been out of proportion...,though I also find the sentence of imprisonment harsh and it would deter a newspaper to publish an article short of defamation.
Par rene réno
Oct 23, 2011
Encore une fois les journalistes sont oppressés à Maurice. Mais attention, les jours des Dictateurs sont comptés...
Par RB
Oct 23, 2011
Rabin, on sait tous que Dharmanand a l'habitude d'ecrire n'importe quoi des fois, et ce, n'importe comment... La peine est toutefois beaucoup trop severe, peut-etre des travaux communautaires et une grosse amende... Seulement je trouve que la Cour a ete trop partiale (juge et partie) en se defendant soi-meme. Qu'advient-il des cas ou les journalistes diffament des gens ordinaires, enseignants, fonctionnaires, policiers, etc.? Tres souvent le DPP ne va pas de l'avant pour poursuivre au criminel, et le seul recours est la poursuite au civil, ce que beaucoup de gens ne font pas, car n'ayant pas les moyens... Mais en tout cas, cette affaire cree un precedent... Dorenavant, radios privees, journalistes qui confondent faits et commentaires, etc., devront faire tres attention. Le couperet risque de tomber a nouveau... Esperons juste, comme je l'ai souligne plus haut, que le DPP aussi saura initier des actions quand des gens ordinaires s'estiment leses par des publications de fausses nouvelles sur leur compte et des propos denigrant leur caractere et reputation...
Par Lélio Wong
Oct 23, 2011
Il n'y a que la majorité des nou-banes qui jouissent d'une liberté d'expression conforme a la megalomanie de leur big-boss, MBC/TV, bientôt le retour de l'ADVANCE. Le reste des MEDIAS n'a qu'à suivre ou copier. Ceux qui déobeissent sont anti-patriotes, des destabilisateurs de l'Etat, jugés constitutionnellement criminels, condamnables à des peines sans proportions, exposés à l'échafaud public pour avertir (...). Pour éviter le pire, " Chup-Chap" !
Par Godzi
Oct 23, 2011
The Chief Justice has complained. (...) Are the magistrates & other judges the appropriate instance to formulate a ruling where the CJ is involved? I am just a layman not conversant with law, but it seems to me that in this case justice has not been done!
Par JP
Oct 23, 2011
"Les journalistes ont toujours raison" j'aime bien le dire. Toutefois le sujet de la plainte, du procès et de la condamnation suscitent de nombreuses questions sur la justice a maurice.
Par iqbal carrim
Oct 23, 2011
Laymen have always been taught one of the basic principles of universal justice: one cannot be judge and party at the same time.In such a case,elsewhere in a more refined model,will such a matter not be taken in a different forum?
Par Kader Nahaboo - Berks U K
Oct 23, 2011
Time is ripe for your distant Island to have a MEDIA, which can sustain itself facing any hostile legal or political regime on one hand, and the demands of the consumer marketplace on the other. The Local Media has to explore the role of a Pluralistic Press as a means for sustaining civil society and democracy, and the difficulties of achieving a Pluralistic Press that is sustainable over time.
Par narain
Oct 23, 2011
Un commentaire courageux de la part de R. Bhunjun. C'est le silence radio ailleurs... Toutefois, Dooharika n'a pas tout le temps fait preuve d'objectivité sur d'autres sujets.
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