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Jean-Cyril Monty : «Le coût des produits alimentaires va continuer à augmenter»
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Propos recueillis par N. J.  |  10/01/2012

Quel a été l’impact des bouleversements climatiques de ces derniers mois sur la production de légumes ?

La production de légumes a connu des hauts et des bas en 2011 en raison de la sécheresse. Toutefois, la seconde quinzaine de décembre a été une bonne période. Car les pluies, fréquentes, ont fait beaucoup de bien aux plantations, notamment dans le Nord.

Néanmoins, la production de pommes de terre, notamment celle de la deuxième saison, récoltée entre novembre et la mi-décembre, a été catastrophique à cause de la sécheresse et de la mauvaise qualité des semences importées de l’Australie. Ainsi, le pays devra avoir recours à un plus fort volume de pommes de terre importées, afin d’éviter tout risque de pénurie jusqu’à la prochaine récolte, à partir de juillet prochain.

Par ailleurs, nous sommes actuellement dans une période où la production de légumes est en baisse, en raison de l’été et de la saison cyclonique. C’est le moment où la récolte des filants (giraumon, calebasse, etc.) bat son plein. Bien évidemment, si la sécheresse perdure ou si un cyclone s’approche de Maurice, les plantations pourraient subir des dégâts, entraînant une répercussion sur le prix de vente. C’est un cycle naturel que nous vivons tous les ans à cette période de l’année.

Quelles sont vos prévisions concernant le prix des produits alimentaires pour 2012 ?

Tous les indicateurs font voir qu’en général, les prix des produits alimentaires vont continuer à augmenter cette année. Même la Food and Agriculture Organization des Nations unies, qui généralement publie des prévisions optimistes de la production mondiale des denrées de base, reconnaît que les prix de référence des cours internationaux vont reprendre leur ascension, après une courte période d’accalmie. Après la crise alimentaire de 2008, nous sommes entrés dans un cycle où la consommation augmente plus vite que la production. Ce déséquilibre entre l’offre et la demande est inquiétant car les stocks mondiaux sont au plus bas.

Par ailleurs, le prix élevé du pétrole a aussi une corrélation directe avec celui des produits alimentaires. Et nous savons tous que cette année, le prix du baril oscillerait entre $ 110 et $ 120. D’un autre côté, nous n’avons pas, à ce stade, pris en compte les risques liés aux changements climatiques ainsi que la crise financière en Europe. La saison 2011-12 est encore longue et s’étalera jusqu’à juillet prochain. D’ici mars ou avril, l’on devrait avoir un peu plus de visibilité quant au quantum d’augmentation des prix auquel les consommateurs mauriciens auront à faire face.

Pour ce qui est de la sécurité alimentaire, quels sont les secteurs qui nécessitent des investissements de taille ?

Je ne cesserai de le répéter : le secteur agricole primaire, dans son ensemble, doit être revu de fond en comble. Cela va des services agricoles à la production, en passant par la commercialisation. Bien évidemment, certaines filières demandent plus d’efforts que d’autres.

Est-ce normal de voir un secteur reculer au lieu d’avancer ? Si ce secteur recule, c’est qu’il y a un problème sérieux. Regardez la production de viande fraîche bovine. Jusqu’en 1995, la production locale assurait 30 % de nos besoins. Les importations ont été libéralisées, avec les résultats que l’on connaît. Aujourd’hui, Maurice produit seulement 2 % de ses besoins.

La production laitière suit le même cheminement. Au début des années 1980, Maurice produisait 15 millions de litres de lait frais. Aujourd’hui, nous en sommes à 4 millions. En 1976, Maurice consommait 42 % de produits transformés. Aujourd’hui, nous en sommes à 75 % et d’ici cinq ans, nous franchirons la barre des 80 %. Résultat, nous importons de plus en plus de fruits et légumes transformés.

Au niveau de la recherche, c’est le chaos. Les départements comme l’Agricultural Research and Extension Unit et le Food and Agricultural Research Council n’ont pratiquement pas de financements pour leurs projets de recherche, car la quasi-totalité de leur budget sert à payer leur personnel. Quant au secteur de l’eau, on en parle peu pour l’agriculture. Or, ce sera, dans les prochaines années, l’élément déterminant pour continuer à cultiver dans les régions déficitaires en pluie, comme le Nord, l’Ouest et le Sud.

On dit que le secteur agricole est le plus gros gaspilleur d’eau à Maurice. C’était peut-être le cas dans les années 1970, quand la plupart des propriétés avaient recours au Wild Flooding. Aujourd’hui, avec les milliards investis dans l’irrigation, avec l’introduction de systèmes de haute technologie, les données ont changé. L’industrie sucrière n’est plus, au niveau de l’utilisation de l’eau, ce mauvais élève qu’on veut faire croire. C’est dommage que les associations des représentants de l’industrie sucrière ne réagissent pas. Le coût de l’eau pour l’irrigation, avec l’introduction du Midlands Dam, est tel que près de 45 % de la superficie de 3 500 hectares initialement identifiés pour bénéficier de l’eau de ce réservoir aux fins d’irrigation, ne sont pas irrigués.

Comment le gouvernement devrait réagir concernant le programme de sécurité alimentaire ?

Lors de la crise alimentaire que la planète a connue en 2008, le ministre des Finances d’alors a réagi avec promptitude en introduisant un Food Security Fund d’un milliard de roupies. Celui-ci devait permettre au pays de faire face à d’autres crises éventuelles en dynamisant le secteur de la production alimentaire. Ce plan couvrait la période 2008-11. Un rapport a été préparé et a été entériné par le Conseil des ministres en décembre 2008. Dans ce rapport, une panoplie de mesures a été identifiée, afin de donner un nouveau souffle à un secteur en nette perte de vitesse. Toutefois, ce même ministre a, d’un trait de plume, lors de la présentation du budget 2010, mis un terme au Food Security Fund, en diminuant drastiquement son budget de Rs 1 milliard à Rs 100 millions. Selon lui, les mesures tardaient trop à être lancées.

On a raté, là, une chance unique de donner une nouvelle dimension au secteur primaire alimentaire – un secteur qui est complètement dépassé et qui opère toujours, dans la majorité des cas, dans un système archaïque. Regardez la façon dont les fruits et légumes sont vendus dans les marchés. Rien n’a changé depuis ces 40 dernières années. Les légumes lors des ventes à l’encan sont posés à même le sol, dans des conditions sanitaires exécrables. Les pauvres petits planteurs sont toujours à la merci des intermédiaires qui font la pluie et le beau temps.

C’est vraiment chagrinant de constater qu’alors que le gouvernement encourage certains secteurs à se développer, d’autres, à l’instar de la production alimentaire, restent à la traîne. Cela m’amène à dire que certains secteurs (Sea Food Hub, Techonologies de l’information et de la communication, Integrated Resort Scheme, etc.) sont promis à un brillant avenir par le gouvernement, alors que pour d’autres secteurs, comme la production primaire, la volonté politique n’y est pas, avec les résultats que l’on connaît.

Propos recueillis par N. J.

    

Commentaires

Par:-tiptidodo
Excellent points! Mr Monty knows the facts. I would add that the whole humanity tends to under rate the value of producing food. If you are paid peanuts to cultivate land to grow food but very fat salaries to work in air-con offices (including creating financial bubbles, crashes and crises-and be paid more to try fix them), then what do you expect people would do? Growing food is acutely undervalued. One reason is that people are used to very cheap food and not at all willing to pay more. One main reason that food is so cheap today is because of `externalisation of costs` that allow for a very cheap production. But this is a classic case of `bon marché coute cher`. Because the fact is that our food production machinery worldwide does the following: over-exploit water resources, over-exploit fertilizer resources (leading to loss of soil fertility), depends heavily on oil (mechanisation and transport), while other factors worsen the picture: we waste about half the food produced, urban sprawl destroy arable land, growth of agricultural research funding is declining, climate change causes crop failures, human population growth continues etc. In a few decades time, we will have to produce twice the amount of food than now, with less water, less fertilizers, less arable land, less oil, less agricultural research, more droughts, more degraded soils... Accepting to pay the real price for food and not the absurdly low price of today is one of the several solutions. See all the facts summarized on a report by Julian Cribb by typing `The coming famine: risks and solutions for global food security` on the web. Makes excellent reading for all of us interested to becoming more responsible, and specially valuable for our policy makers.
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