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Emile Bravo : «Les personnes au pouvoir abrutissent les gens»
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  |  22/11/2011

Né en 1964 à Paris, Emile Bravo est auteur de bandes dessinées (BD). Il a animé, lors de son séjour à Maurice la semaine dernière, plusieurs conférences et ateliers. Il a créé, entre autres, «Les épatantes aventures de Jules» qui l’ont fait connaître du grand public. Puis, il a réalisé «Boucle d’or et les sept ours nains» et «Ma maman est en Amérique elle a rencontré Buffalo Bill». En imaginant la genèse de Spirou dans «Le journal d’un ingénu», il met en évidence la primauté du récit tout en se réappropriant les codes graphiques classiques de narration.

Comment vous est venue cette passion de la BD ?

En fait, elle m’est venue tout naturellement. Lorsque j’étais petit, mon père me racontait des histoires. Moi, je ne voyais qu’une suite de dessins qui mettaient en scène ces histoires. Mon père avait aussi l’habitude d’inventer des histoires. C’est le premier mode d’expression avec lequel j’ai été en contact. Je m’étais mis, moi aussi, à inventer des histoires accompagnées de dessins. Quand mon père rentrait le soir, je lui demandais ce qu’il en pensait. L’important pour moi, c’était qu’il lise mes histoires et non qu’il me dise que c’étaient de beaux dessins. Par la suite, j’ai poursuivi cette aventure. Vers 17-18 ans, mes parents me poussaient à devenir ingénieur. Mais dans ma quête, j’ai pris conscience que je voulais faire de la BD.

Quels ont été les grands moments de la BD au cours de son histoire ?

La BD a été inventée pour les enfants vers la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Vers la fi n des années 1960, avec les révolutions culturelles et sociales, la BD a également fait sa révolution. Les auteurs ont ainsi décidé de faire des BD pour adultes. Des BD qui étaient en fait destinées aux adolescents puisqu’elles traitaient de thèmes comme la violence et le sexe. Ce n’est qu’après qu’on a eu des BD pour adultes avec des thèmes très forts sans être iconoclastes. Cela a donné des récits graphiques avec des thèmes sociaux. Des récits qui peuvent aussi être lus par des enfants, comme les grands classiques de la littérature.

Quel est l’avenir de la BD dans un monde digitalisé ?

La même question se pose pour la littérature. Par contre, l’avantage de la BD, ce sont les images. Pour moi, le contact direct avec le livre est quelque chose de spécial. Avec un écran d’ordinateur, on ne sent pas d’odeur. Tout dépendra de l’évolution de la culture et de la technologie. J’espère qu’il y aura une cohabitation entre le livre et le monde de la technologie. Je dirai aussi qu’on a toujours besoin de développer son imaginaire. Je crois au cerveau humain. La BD, nous l’animons en créant des liens entre les images. Donc, nous avons une liberté d’imagination. Je tiens à préciser que je ne suis pas un orthodoxe. Il y a de la place pour tous les genres.

On reproche justement à la jeunesse contemporaine de faire preuve d’un imaginaire plutôt aride…

Les systèmes éducatifs en déliquescence sont très nocifs pour l’espèce humaine. C’est dans l’intérêt des gens qui veulent garder le pouvoir de maintenir le système ainsi. Les personnes au pouvoir abrutissent les gens. Tout ce qu’elles veulent, c’est que nous devenions des consommateurs. On donne du divertissement aux gens pour qu’ils ne viennent pas vous emmerder. De cette façon, il est moins difficile de les contrôler, de les canaliser. La «culture télé» fait également beaucoup de mal parce que c’est un instrument de consommation. Si les gens trouvent du temps pour penser, cela pourrait nuire aux personnes au pouvoir.

Quelle est la place de l’art dans un tel monde ?

Il n’y a que l’art qui développe les esprits. Tout être humain a besoin de dire quelque chose. L’art lui permet de donner un sens à sa vie autrement que dans le déjà-dit.

Propos recueillis par Nazim Esoof
(l’express iD, mardi 22 novembre)

    
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