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Ravin Dajee : «Les secteurs qui sont profitables peuvent s’attendre à être davantage taxés»
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  |  09/11/2011

Pour le «Managing Director» de «Barclays Mauritius» et «Chairman» de la «Mauritius Bankers Association» (MBA), les banques, qui gèrent l’argent des déposants, ont un devoir d’être prudentes avec l’argent des autres. Même si c’est pour soutenir les PME.


● Comment le banquier que vous êtes juge-t-il le budget de Xavier-Luc Duval ?

J’estime que c’est un budget bien équilibré s’agissant de la gestion des risques. Le ministre des Finances fait un diagnostic exact des enjeux économiques. Il est clair pour moi que Xavier Duval a essayé de trouver des solutions mieux adaptées face aux principaux défis qui nous guettent, notamment pour relancer la croissance. Pour ce faire, il a pris des décisions courageuses comme celles de renverser des mesures prises dans les budgets précédents au sujet de la taxe sur les gains sur les capitaux et celle sur les dividendes. Le budget de XLD a su garder les principaux facteurs macroéconomiques intacts pour maintenir l’économie sur les rails compte tenu de la conjoncture globale peu reluisante. Je parle ici du ratio du niveau de la dette, du maintien du PIB à 54 % et finalement, de la décision de maintenir le déficit budgétaire à 3,8 %.

Le budget 2012 contient aussi des éléments pour relancer les secteurs porteurs et générateurs d’emplois. Il fait la part belle au social. Il encourage l’investissement sans parler des mesures incitatives vraiment encourageantes en faveur des PME. Néanmoins, je conçois que le budget 2012 aurait pu faire mieux en matière de réforme du secteur public et des corps para-étatiques pour mettre le holà au gaspillage des fonds publics. Il est aussi un peu mitigé sur sa politique d’accès aérien. A mon sens, c’est un dossier que l’on devrait pousser plus loin car l’industrie touristique, qui est le moteur même de notre économie, en dépend largement.

● Comment l’Etat a-t-il obtenu des banques commerciales qu’elles prêtent Rs 3 milliards aux PME sur les trois prochaines années à 8,5 % ?

Il faut savoir que les banques commerciales ont été sollicitées par le ministère des Finances et la Banque centrale pour venir de l’avant avec des propositions d’aide aux PME. Celles-ci s’établissent sur deux fronts : d’abord l’accès au crédit et ensuite le coût du financement.

Personnellement, je ne pense pas qu’il y ait un réel problème s’agissant de l’accès au crédit pour les PME. Il y a une douzaine de banques qui proposent des prêts très compétitifs pour le financement des PME. Le reproche que l’on faisait aux banques jusqu’ici, c’est qu’elles ne jouaient pas suffisamment le jeu auprès des PME. Mais il faut bien comprendre que les banques, qui gèrent l’argent des déposants, ont un devoir d’être prudentes avec l’argent des autres. De fait, les banques ont un sens de rigueur et procèdent à une analyse pointue des demandes de prêts aux PME, parce qu’il faut bien l’admettre, c’est un secteur qui comporte plus de risques que d’autres. Ainsi si certaines demandes ne répondent pas aux critères de sélection, elles sont malheureusement rejetées.

Le nouveau plan que propose le budget 2012 ne va en rien diluer la rigueur appliquée jusqu’ici sur le crédit aux PME. Il n’a en rien une licence pour faire du reckless banking et cela, même avec une garantie de 35 % de l’Equity Fund.

Venons-en maintenant au coût du financement. C’est là je dois dire que les banques ont fait un réel effort. Pour bien mesurer cet effort, il faut comprendre comment on évalue le taux d’intérêt sur les projets. En réalité, le taux d’intérêt est une réflection directe des risques que représentent les PME. Généralement, plus un projet comporte de risques, plus fort sera le taux d’intérêt appliqué. Ce qui est vrai aussi, c’est qu’avec les principes de Basel II et III, les banques doivent être suffisamment capitalisées face à des projets comportant des risques potentiellement élevés.

Donc, en dépit de ce postulat, les banques sont tombées d’accord pour baisser à 8,5% leur taux d’intérêt, soit quatre pour cent de moins, pour un montant spécifique d’un milliard annuellement et avec bien entendu cette garantie de 35 % de l’Equity Fund. En fait, l’Etat avait le choix entre taxer une nouvelle fois les banques qui paient déjà 15 % de taxe corporative en sus d’un special levy, sans parler des Rs 150 millions de contribution à l’Equity Fund ou alors prendre directement cet argent pour aider les PME. L’Etat a choisi d’opter pour la deuxième solution parce qu’il n’a pas vraiment le véhicule financier approprié pour financer les PME. La Development Bank of Mauritius, avec un taux de mauvaises créances assez élevé, n’a pas été capable de soutenir et encadrer les PME à souhait.

● Quelles sont les contreparties pour les banques ?

Il n’y a pas de contreparties à proprement parler parce que tous les membres de la MBA impliqués dans le financement des PME sont d’avis que ce secteur est porteur et que de fait, les PME devraient bénéficier de tous les accès possibles au crédit et au mécanisme de support pour améliorer leurs performances. Ils sont aussi d’accord que les PME devraient avoir une assistance quant à la préparation de leur budget et sur leurs projections à long terme ainsi qu’une connaissance sur la panoplie de financements existants et du business planning. Nous nous sommes prêtés aux exigences et avons voulu jouer le jeu mais avec une condition quand même : que le gouvernement accepte de revoir l’aspect lié au writing off des dettes et de rendre cette pratique moins contraignante pour nous, avec des procédures légales moins longues. Le gouvernement a accepté de revoir cet aspect.

● Il semble que le «solidarity levy» sur les profits des banques ait été maintenu alors que d’autres taxes ont été supprimées. Qu’en pensez-vous ?

Effectivement, on a pourtant bien fait comprendre aux autorités, lors des débats pré-budgetaires, qu’il était un tant soit peu injuste tout de même de nous taxer autant à cause du simple fait que nous sommes profitables. Car, pour rappel, nous payons 15 % de taxe corporative, un special levy, qui a été déjà doublé et renouvelé à plusieurs reprises et nous contribuons à la CSR et, finalement, à hauteur de Rs 150 millions à l’Equity Fund. Donc, il ne faut tout de même pas voir dans les banques commerciales des proies faciles.

● Les sociétés de management offshore seront taxées à hauteur de 10 % de leur bénéfices imposables. Quel sera l’impact de la décision sur le secteur ?

C’est une taxe additionnelle qui vient s’ajouter à la fiscalité à laquelle ces sociétés sont déjà assujetties, tout comme les banques et le secteur des télécommunications le sont à travers des additional levies. Cela est un mauvais signal au marché car il impliquerait que les secteurs qui sont profitables à Maurice peuvent s’attendre à être davantage taxés, alors que l’idée serait de laisser évoluer ces secteurs sans aucune entrave supplémentaire afin qu’ils demeurent compétitifs et soutenables. Néanmoins, compte tenu du contexte international actuel, caractérisé par l’incertitude sur les marchés internationaux, on peut comprendre le raisonnement derrière un tel impôt, même si on peut ne pas l’approuver, d’où leur application sur une période limitée à deux années seulement. Il semble que cette contribution additionnelle du secteur offshore serait pour les missions de prospection et de marketing à l’étranger afin de mettre en valeur les atouts du secteur des services financiers de l’île Maurice auprès d’investisseurs potentiels.
Le secteur peut donc s’attendre à bénéficier directement de cette ponction additionnelle si celle-ci est judicieusement utilisée.

● On va instituer un «targeting» sur l’inflation. A quoi cela va-t-il servir ?

Dans une conjoncture économique globale précaire, il est clair et sensé que la politique monétaire et la politique fiscale aillent de pair. Il faut une convergence. Jusqu’à présent, le rôle primaire de la Banque centrale était de combattre l’inflation sans pour autant se préoccuper outre mesure du taux de croissance. Si j’ai bien compris, il y aura donc maintenant un comité au ministère des Finances qui, de concert avec la Banque centrale, décidera du taux acceptable de l’inflation. Le comité de politique monétaire, à savoir le MPC, va ensuite décider de la manière de maintenir l’inflation dans des limites acceptables à tous.

● Le budget prévoit un nouveau cadre légal pour élargir la gamme des véhicules financiers. Qu’est-ce que cela veut dire ? Quels types de nouveaux produits pourraient être créés ?

Le secteur financier évolue dans un contexte dynamique où l’innovation est devenue une nécessité, compte tenu de la concurrence au niveau international. Elargir la gamme des véhicules financiers à Maurice s’inscrit dans cette optique, qui est celle d’apporter des produits et des services innovants pour faire face à une concurrence et maintenir l’attrait du centre financier mauricien. Le Limited Partnerships Bill, qui était longuement attendu, a été voté récemment, mais il convient de ne pas s’arrêter là. Le budget 2012 prévoit ainsi dans un proche avenir l’introduction du Foundations Bill, du Private Occupational Pensions Bill et du Trusts Bill au Parlement. Cela ne peut que renchérir l’offre des produits financiers de notre juridiction, et nous permettra également de nous positionner en tant que Private Banking and Wealth Management Hub dans la région.

Propos recueillis par Pierrick Pédel

    

Commentaires

Par:-finance watch
Propos du Chairman de la MBA : [Mais il faut bien comprendre que les banques, qui gèrent l’argent des déposants, ont un devoir d’être prudentes avec l’argent des autres.] Il faut démystifier cette assertion : la monnaie découlant d’un crédit bancaire n’émane pas d’un dépôt mais est créée électroniquement par les banques. Lorsque qu’une banque dans le système bancaire vous accorde un prêt de Rs 10000 elle vous fait signer une reconnaissance de dette (son actif) et hop, votre compte courant augmente de Rs10000, un nouveau dépôt (son passif) qui entre en circulation, car tout dépôt bancaire est susceptible d’être converti en cash ! LES DEUX COTES DE SON BILAN SONT AUGMENTES DU MEME MONTANT. Donc tous les prêts bancaires font augmenter les dépôts dans l’ensemble du système. Vous vous dites que les banques peuvent ainsi créer la monnaie à l’infini...Heureusement non. Pourquoi ? Parce que si entretemps vous avez perdu votre emploi et que vous êtes dans l’incapacité de rembourser votre dette, la banque va la rayer NON en puisant de dépôts mais de ses fonds propres(les actionnaires, -« l’argent des autres ? ».La création de la monnaie par l’’ensemble du système bancaire est donc limitée par leurs fonds propres. Plus les banques prêtent plus elles courent le risque de voir décimer leurs capitaux. Par exemple, une banque avec un capital de Rs 10000 qui prête Rs 100000(multiple 10) verrait ce capital disparaitre si un 1/10 du prêt n’est pas remboursé...En passant, avec la stagflation qui s’émerge(croissance +4%,inflation +6%) on peut s’interroger sur la pertinence de la GARANTIE de 35% que l ’État va donner aux banques pour octroyer des crédits aux PME, car cela va donner lieu à un aléa moral qui risque de mener vers une perte potentielle de l’argent des contribuables de Rs 1 milliard sur 3 ans...
Par:-Monk
En d'autres mots, Mr Dajee demande une taxe sur la compétence et l'efficience. On devrait au contraire taxer la paresse et l'incompetence. Les caisses du gouvernement se rempliraient très vite.
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