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Questions à Jayen Chellum, SG de l’ACIM : « Il est temps de faire un bilan de l’input des étrangers à Maurice »
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Deepa BHOOKHUN   |  29/10/2011

Il semblerait qu’il n’y ait pas de problème de pouvoir d’achat à Maurice, vu le succès de «Bagatelle» et celui attendu de «Cascavelle» ?

(Rires…) Il semblerait, comme vous dites. Mais tel n’est pas vraiment le cas car je ne pense pas que ces centres commerciaux soient soutenables. Ce qui a aidé Bagatelle c’est l’élément de nouveauté et son accessibilité. La faillite de Phoenix nous a démontré à quel point l’accessibilité est importante. Mais cela ne durera pas.

Pourquoi?

Parce que le Household Budget Survey du Bureau des statistiques indique que l’écart entre les riches et les pauvres va en grandissant. Donc, cela implique qu’il y a une masse au bas de l’échelle qui gagne très peu et un
groupe de très riches. Ce n’est pas un bon modèle pour ces grands centres.

Pourtant, il semble y avoir de plus en plus de Mauriciens – et pas des très riches – qui peuvent se permettre beaucoup de choses comme vous le constaterez si vous allez à «Bagatelle»...

Je suis d’accord qu’il y a un phénomène d’enrichissement d’une couche de la population mauricienne. Cela englobe les relativement des professionnels. Par ailleurs, depuis 2006, il y a plus d’étrangers à Maurice. Il y a aussi eu une mobilité sociale. Nous vivons dans une société de consommation à outrance. Auparavant, les gens économisaient aujourd’hui on ne pense pas à demain, on dépense tout de suite. Soit ici, soit à l’étranger. Il ne faut pas oublier qu’il y a plus de 300 000 Mauriciens qui voyagent.

Sur une population de 1,3 millions, c’est pas mal, non ?

Je n’ai jamais fait la comparaison avec les autres pays. Il est clair que nous avons une partie de la population qui est aisée. Selon les chiffres, on parle d’au moins 25 %. Mais, je dis aussi qu’il y a 50 % de la population qui sont confrontés à une réalité différente.

50 % ? Autant que cela ?

Oui. Quand on dit qu’il y a 7 000 familles qui vivent dans l’extrême pauvreté, ce n’est pas vrai. Il y en a, en fait, 14 000 familles. En comptant une moyenne de quatre personnes par famille, cela vous fait 56 000 personnes vivant dans l’extrême pauvreté. Il y a une autre catégorie qui travaille, qui gagne très peu d’argent et qui vit très difficilement.

Maintenant, il y a cette autre catégorie qui arrive à s’en sortir en faisant d’énormes sacrifices mais qui se retrouve l’otage de notre ouverture. Les enfants deviennent prisonniers de marques, qui coûtent cher alors que leurs parents croient devoir leur faire plaisir pour qu’ils ne soient pas stigmatisés. Et cela devient un cercle vicieux. Même la compensation salariale n’aide pas.

Un peu quand même ?

Non ! Je vous explique pourquoi. Cet ajustement des salaires est basé sur le taux d’inflation. Et l’infl ation ne veut pas dire la même chose pour les familles pauvres que pour les familles riches. Le pourcentage du revenu qui va dans l’alimentation pour les familles pauvres est plus élevé que les familles riches. De ce fait, toute fluctuation dans le prix de l’alimentation touche les pauvres directement et, malgré cet ajustement, ceuxci ne recouvrent pas leur pouvoir d’achat.

Vous savez bien que ceux qui gagnent plus touchent une compensation plus élevée.

Cela a l’air d’une anomalie mais cela découlerait d’une logique, dit-on...

Je vous explique la logique il y a plus de gens qui sont au bas de l’échelle et même si leurs salaires sont bas, le nombre fait que cela alourdit le budget de l’entreprise. Ceux qui gagnent plus ne sont pas aussi nombreux. En sus de cela, avec les premiers budgets de Sithanen, il y a eu des taux d’inflation de 9 à 10 %, qui n’ont jamais été compensés adéquatement.

Les gens continuent de vivre bon gré mal gré. Ne trouvez-vous pas qu’ils ont une incroyable capacité d’adaptation ?

Le Mauricien a développé une carapace, une capacité de résignation extraordinaire. Il y a ceux qui font partie du first world of Mauritius, et qui n’ont pas à se plaindre. Puis, vous avez les fonctionnaires et les cadres qui vivent raisonnablement bien et se permettent un voyage une fois le temps. Ils risquent d’être affectés par la valeur de la roupie si leurs enfants étudient à l’étranger.Sinon, le rapport du PRB leur sera toujours favorable.

Mais l’autre catégorie, qui constitue la grande majorité, qui travaille dans le secteur privé et qui est au bas de l’échelle, n’a aucun recours. Auparavant, ceux-là allaient vers les partis de l’opposition pour exprimer leurs griefs. Car n’oublions pas que toutes les grandes revendications sociales à Maurice sont faites à travers les politiciens.

Qu’est-ce qui a changé ?

A partir de 2005, on a eu des oppositions qui ont passé leur temps à vouloir rentrer au gouvernement et les balises ont été brouillées. Donc, les gens sont perdus et se résignent.

Résultats des courses : un développement à double vitesse. Jack Bizlall qualifie cela de «blue belt». C’est là que vivent ceux qui ont de l’argent. Quid de l’avenir du pays dans ce contexte ?

C’est un développement non durable. A l’ACIM, nous avons mis sur pied un comité sur le mal développement. Vous savez quand vous disiez que les gens s’adaptent, eh bien, ils s’adaptent en jouant, en espérant qu’ils pourront se faire un peu d’argent autrement qu’en comptant sur leurs salaires. Le jeu est devenu un sport national, poussé par le gouvernement. Ceux qui jouent sont les plus pauvres. C’est une forme de résignation dans une société à mouvance capitaliste, où l’Etat puise ses revenus des poches des plus pauvres. Alors que le Premier ministre est en train de parler de Lamborghini ! On vend un rêve aux Mauriciens.

Qu’entendez-vous par ce concept de «mal développement» ?

Si nous avons une exclusively GDP approach, soit une croissance à tout prix, si nous n’avons pas de good governance policies, s’il n’y a pas une approche sociale pour régler les problèmes et si nous continuons à faire des patchwork à chaque fois qu’il y a le feu, nous allons inexorablement vers une éventuelle explosion sociale.

Et cet afflux d’étrangers à Maurice... Où se situent-ils dans votre équation ?

Le but de l’ouverture était surtout d’encourager ceux qui avaient du grand capital à investir et à vivre ici.

C’est une approche très capitaliste. Ces gens-là achètent nos terres. Et qu’avons-nous en retour ? Ils créent du  travail pour quelques jardiniers et gardes de sécurité. L’idée était aussi d’attirer une autre catégorie de professionnels pour un transfert de savoir-faire et de connaissance. Mais quand on voit la façon dont cette ouverture a été effectuée, quand on voit le morcellement Carlos à Rivière-Noire, par exemple, quand on voit l’enclave construit par les Sudafricains, on se pose des questions.

Il y a aussi beaucoup d’Indiens qui se sont installés à Sodnac et cela engendre d’autres problèmes. Il est temps maintenant de faire un état des lieux de cette ‘ouverture’. Quel a  été le input de ces gens-là ? Cinq ans après, le gouvernement doit pouvoir nous dire ce que nous avons gagné.

Selon vous, qu’avons-nous gagné ?

Gagné, je ne sais pas. Je constate que le coût de la vie a augmenté. Le secteur offshore en a bénéfi cié mais nous savons que cela ne va pas durer. Qu’est-ce que ces gens ont apporté dans le textile, le tourisme ? Il faut que le gouvernement nous le dise ! Le pays leur donne la nationalité mais en échange de quoi ? Cela m’inquiète.

Car nous leur donnons notre seule ressource : nos terres. Pourtant nos grands-parents ont lutté pour l’indépendance. Les parents d’aujourd’hui donnent l’éducation à leurs enfants mais font de sorte à ce qu’ils ne retournent pas au pays car ils estiment qu’il n’y fait pas bon vivre. Or, les étrangers viennent en masse. Paradoxal, non ?

    

Commentaires

Par:-Laurent
Tout à fait d'accord avec toi Jayen. Mais où va-t-on ????
Par:-savit du plessix
c'est exact tu as raison ,ce n'est pas notre maurice
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