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Jean-Paul Adam : « On doit mieux connecter nos îles »
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  |  11/10/2011

Le ministre seychellois des Affaires étrangères, Jean-Paul Adam, prend la présidence du Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien (COI), à la suite de son homologue mauricien, Arvin Boolell. Il balise ici le champ d’action de sa présidence.

Vous comptez mettre l’accent sur les transports. Nos îles si proches sont-elles mal reliées ?

Nous souffrons d’un certain isolement. Les transports maritimes et aériens sont sous-utilisés. Il s’agit aussi des autres moyens de communication, d’échanges d’informations, de circulation des hommes. Malgré les avancées de la COI, nous devons aller plus loin dans un contexte mondialisé. Pour capitaliser sur nos forces complémentaires, il faudra bien compter sur les réseaux de communication. Le potentiel agricole de Madagascar, par exemple, dépend des capacités à exporter.

Des projets infrastructurels, portuaires, entre autres, sont envisageables ?

Oui. Cela nécessite des investissements conséquents. Ce faisant, on connecte nos îles entre elles et on les insère mieux dans les axes marchands mondiaux. On défend aussi nos intérêts car il y a des financements importants dans la région.

Comme pour les corridors de développement reliant les pays enclavés aux ports mozambicains...

Parfaitement. On peut mobiliser ces fonds de la Southern African Development Community (SADC) pour mieux cibler notre zone. Il en va de la durabilité de nos économies car les coûts de transport devraient ainsi baisser.

Dans ce contexte, la lutte contre la piraterie est un défi majeur...

Nous sommes l’organisation régionale qui a bougé le plus vite avec le Common Market for Eastern and Southern Africa (COMESA) sur ce dossier. La piraterie est un crime mais aussi une taxe. Dans notre zone, aucun bateau n’échappe à l’augmentation des coûts (NdlR : assurance, carburants, escorte armée, etc.). Ces coûts sont répercutés à la consommation. Or, nos économies sont largement importatrices. En plus, l’aire de chalandise s’étend dangereusement, vers le sud dans le canal du Mozambique, vers l’est et le nord aussi. Les Maldives et l’Inde en souffrent. Et les attaques sont plus violentes.

Qu’est-ce que la COI peut faire de plus ?


Nous renforçons les capacités de nos îles. Une cellule anti-piraterie basée aux Seychelles sera mise en place. Les informations dont disposent les Etats seront échangées plus facilement. Cette cellule formera des juges, prosecutors, policiers, gardes-côtes par rapport à ce danger particulier. Avec cela, un cadre légal sera mis sur pied. C’est devenu un business. Il faut en casser le rendement pour que l’investissement ne soit plus rentable.

Maurice a déjà signé en juillet un accord avec l’Union européenne pour le transfert, le jugement et la détention de pirates somaliens...

C’est une excellente chose. Partout dans la région, les pirates doivent sentir le poids de législations fortes, de possibles poursuites et détentions.

Changeons de cap. La signature de la feuille de route pour une sortie de crise à Madagascar est une réussite de la COI sous le leadership de la SADC. Faut-il un mécanisme de médiation et de résolution des conflits à la COI ?

On doit y réfléchir et tendre à cela. Reste qu’un mécanisme permanent est coûteux. En plus, la COI doit déjà agir sur plusieurs fronts prioritaires. Le rôle de la Commission n’a pas été négligeable. Au contraire, la présidence mauricienne très active a su s’appuyer sur le mécanisme de la SADC et a pu porter la voix légitime de la COI pour expliquer les spécificités de Madagascar.

Même les Malgaches auraient préféré une médiation indocéanique...

La COI est leur meilleur avocat pour la sortie de crise. Le pays est en cours de stabilisation. Nous ne devons pas relâcher nos efforts et je m’appuierai sur le travail de mon prédécesseur, Arvin Boolell, et les contacts solides qu’il a su nouer avec les acteurs malgaches et de la SADC. Au fond, la COI a joué son rôle de facilitateur dans le cadre plus large de la SADC.

Restons à Madagascar. Une fois stable, la Grande île peut devenir le grenier de la région. C’est une condition sine qua non à la sécurité alimentaire de celle-ci ?

C’est indéniable, notre grenier, c’est Madagascar. Toutefois, on ne peut pas parler que d’autosuffisance alimentaire. On doit viser plus haut : notre région doit rester ouverte sur le monde. Il y a, d’une part, la sécurité alimentaire et, d’autre part, le potentiel agricole de la région pour l’exportation. Pour Maurice ou les Seychelles, qui dépendent des importations, l’objectif est d’importer beaucoup plus de Madagascar à moindre coût. Le développement des lignes de transport suit ce schéma. Pour ce faire, il faut la stabilité et le respect de normes de production. On peut le faire en assez peu de temps.

Et les îles voisines peuvent fournir les investissements et l’expertise technique...

Tout à fait. Cela fait partie de l’intégration régionale. Le commerce se fait déjà malgré des infrastructures parfois légères. Les acteurs économiques de la région doivent continuer à échanger pour saisir les opportunités. L’appui donné aux chambres de commerce et d’industrie sous la présidence mauricienne se poursuivra. Elles se rencontrent bientôt à Madagascar.

Quelles sont les autres complémentarités sur lesquelles s’appuyer ?

Au premier plan, l’environnement et les énergies renouvelables. Les Petits Etats Insulaires en Développement (PEID) souffrent plus que les autres des aléas du cours du baril de brut. Cela plombe nos finances. On peut libérer des sommes considérables grâce aux énergies renouvelables et les injecter dans l’éducation, la santé, etc. Les investissements initiaux sont conséquents mais le retour est garanti et la stabilité du prix de l’énergie aussi. Cela aide, en outre, à la planification de politiques publiques.

Vous évoquez les PEID. La COI entend être le porte-voix des espaces insulaires...

On doit d’abord s’associer à d’autres PIED de la région Afrique-océan Indien qui sont isolés. Dans notre océan, les Maldives sont favorables à ce que la COI prenne le leadership d’une cause commune.

L’élargissement de la COI s’imposerait-il ?

Il n’y a pas eu de débat lors du Conseil des ministres (NdlR : jeudi dernier) à ce sujet. Je crois que notre organisation est ouverte. Au-delà de l’élargissement, plusieurs PEID veulent bien que la COI soit leur avocat en ce qui concerne le changement climatique et le développement durable. L’an prochain, au sommet de la Terre, Rio +20, ce sera à la COI de faire entendre sa voix et celle des PEID. D’ores et déjà, le Conseil des ministres a demandé à ce qu’on entame les démarches pour devenir membre observateur de l’Union africaine, comme c’est le cas au sein de la SADC et du COMESA. On pourra ainsi mieux situer la position et les attentes des autres Etats insulaires.

Pour que tout cela semble vraiment pertinent, il faudra mieux communiquer, non ?

Nous devons mieux faire comprendre nos actions à nos populations, c’est vrai. Les actions et les projets de la COI sont pertinents et participent directement au mieux-être des populations. La visibilité doit être accrue sur le terrain, auprès des populations et au niveau diplomatique, sinon les intérêts des îles ne seront pris en compte ni en Afrique, ni aux Nations unies.

Entretien réalisé par Gilles RIBOUET
(l’express iD, mardi 11 octobre)

    
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