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Kishen Nadassen (Cim Stockbrokers) : « La bourse fortement influencée par l’international »
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Stéphane Saminaden  |  10/10/2011

La Bourse de Port-Louis ne pouvait pas être épargnée par la conjoncture économique défavorable, surtout en Europe. Mais les investisseurs mauriciens ont aussi trop anticipé en ignorant les bons fondamentaux de certaines compagnies cotées.

La saison des bilans financiers vient de se terminer pour les compagnies qui bouclent leurs comptes le 30 juin. Que retenez-vous des multiples résultats des compagnies publiés par les sociétés cotées en Bourse ?

Il y a eu pas mal de bons résultats dans certains secteurs, dont les banques. Hormis les items exceptionnels de la Mauritius Commercial Bank, par exemple, il faut retenir surtout qu’elle a réalisé une croissance de 14 % de ses bénéfices après impôts, et de 30 % si on inclut les items exceptionnels.

Ceci dit, il serait utile de rappeler que ce sont les résultats pour la performance enregistrée l’année dernière, de juillet 2010 à juin 2011. Une bonne partie de ces bénéfices de la MCB est due à l’accroissement du crédit au secteur privé. Pour l’année civile 2010, le crédit a augmenté de 13 % dans le secteur. Or depuis le début de cette année jusqu’en juillet, le crédit alloué par les banques au secteur privé n’a augmenté que de 4 %. Cela démontre la fébrilité de l’investissement dans le pays d’où l’intérêt des banques de se concentrer de plus en plus vers les marchés régionaux et internationaux. On sait déjà que la MCB génère plus de 40 % de ses bénéfices à l’extérieur du pays.

Outre les banques, le commerce et l’industrie ont également fait bien : Innodis, ENL Commercial ou même Ciel Textile. Dans la catégorie hôtelière, on a vu un groupe remonter la pente de manière spectaculaire. Les autres ont tiré leur épingle du jeu. En bref, il y a eu beaucoup de positif d’une manière générale. Cela s’est traduit par un PER qui est passé de 13,8 % à 11,2 % en une semaine alors que les prix des actions étaient restés plus ou moins les mêmes.

Pourquoi le Semdex baisse-il si le bilan est globalement positif ?

La conjoncture internationale n’est pas bonne. L’eurozone est encore en train de penser aux moyens à mettre en place pour sortir de la crise de la dette. Entre-temps, la monnaie européenne s’affaiblit.

L’économie mauricienne est eurocentrique. Le Vieux continent est notre principal marché pour le sucre, le textile et le tourisme. C’est cela qui a causé une certaine fébrilité chez les investisseurs mauriciens. Avec tous les problèmes en Europe, ils ont anticipé un retrait des investisseurs étrangers du marché boursier. A bien voir, c’est l’over-reaction des Mauriciens qui est davantage responsable de la baisse du Semdex que le départ réel des investisseurs étrangers.

La corrélation entre les indices boursiers dans les pays les plus développés et le Semdex était de -0,2 dans le deuxième trimestre 2011. Il est passé à 0,9 au troisième trimestre. Une corrélation parfaite de 1 voudrait dire que le marché mauricien réagirait exactement de la même manière que les marchés étrangers.

Cette corrélation est un signe de sophistication. Mais elle veut surtout dire que c’est partout pareil. Or, en venant à Maurice, les investisseurs étrangers recherchaient un marché de niche, une frontier market, qui ne serait pas sujet aux aléas des places boursières développées, comme Wall Street, Londres, Francfort, Hongkong ou le Japon. Ils recherchaient un marché qui fonctionnerait selon ses propres dynamiques. Cet avantage de la Bourse de Port-Louis a été annihilé en quelques semaines.

Les investisseurs mauriciens ont trop anticipé et ont même dépassé l’ampleur du retrait des étrangers. Il y a eu une exagération qui a amplifié la baisse du Semdex. Certes, il y a eu des étrangers qui ont vendu mais pas autant qu’anticipé par les locaux. Ceci, alors que les fondamentaux sont encore solides dans certains secteurs.

Mais de l’autre côté, les investisseurs locaux ont aussi anticipé que la crise de la dette aurait des effets plus accentués sur les exportations de Maurice vers l’Europe.

La volatilité est là pour durer alors ?

C’est à craindre. La dette de la Grèce a atteint 170 % de son produit intérieur brut. Mais il y a d’autres pays européens dont la dette, en terme nominale, dépasse celle de la dette même si elle est inférieure en termes de pourcentage du PIB. Tant qu’il y aura de l’incertitude, concernant les moyens qui seront pris pour résoudre la crise de la dette en Europe, il continuera à y avoir de la volatilité au niveau international. Et Maurice étant une économie dont les exportations sont très dépendantes de l’Europe, elle continuera à subir cette volatilité.

Est-ce que notre salut est dans la diversification de nos marchés comme on le suggère depuis quelques années maintenant ?

On a beaucoup parlé de la diversification du tourisme vers d’autres marchés. Mais il y a déjà d’autres secteurs qui ont de forts potentiels en s’externalisant. La MCB a en ligne de mire le marché africain, la SBM vise l’Inde, Omnicane va au Kenya, Innodis est au Mozambique, Phoenix Beverages est déjà à Madagascar et il y a un groupe hôtelier qui annonce que plus d’un tiers de son bénéfice opérationnel provient de la région. Il faut s’intéresser à ces compagnies mauriciennes qui s’externalisent. L’Afrique est la grande carte à jouer pour Maurice étant donné la superficie du continent, ses ressources naturelles et le développement que le continent est en train de connaître. Les opérateurs doivent aussi prendre avantage des nombreux traités commerciaux existants, type SADC et COMESA.

Si Maurice tarde à se saisir des opportunités africaines on risque de rater le train avec le vif intérêt que portent la Chine et l’Inde au continent.

Propos recueillis par Stéphane Saminaden

    
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