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Par:-  Pierrick Pédel

On 15/06/2011

En relevant son taux repo de 25 points de base à 5,50 %, la «Bank of Mauritius» (BoM) a une fois de plus affirmé son rôle de rempart contre l’inflation. Et son gouverneur, Rundheersing Bheenick, a de nouveau montré son pragmatisme face aux événements.

Quand il a fallu desserrer, en 2008, 2009 et 2010, l’étau du loyer de l’argent afi n de soutenir une économie déjà épaulée par l’«Additional Stimulus Package», il n’avait pas hésité (en compagnie des membres du comité de politique monétaire) à abaisser son taux directeur de façon drastique. Il s’agissait alors de créer un véritable électrochoc pour relancer la machine économique. Mais quand, en décembre dernier, l’inflation a remontré les dents notamment du fait de la flambée des cours des matières premières, il a réajusté la bride de la politique monétaire. Avec d’ailleurs un certain doigté puisqu’en mars, il a été décidé d’un relèvement de 50 points de base du taux directeur, ce qui laissait aux responsables de la banque centrale une certaine marge de manoeuvre pour des décisions futures sur le niveau du loyer de l’argent. En effet, une remontée de l’ampleur de la précédente baisse, à savoir 100 points de base, aurait montré des signes d’incohérence.

Parallèlement, la BoM s’est employée, non sans succès, à résorber l’excédent de liquidités du marché monétaire notamment en relevant le «cash ratio» des banques. Mais voyant que ce tour de vis n’avait pas été suffisant pour enrayer la spirale inflationniste, les responsables de la politique monétaire ont voulu donner un signal clair de leur vigilance. Car la situation est loin d’être favorable en matière de prix. Il y a, en effet, de fortes chances pour que les matières premières aussi bien agricoles qu’énergétiques connaissent une nouvelle flambée. Et c’est la croissance plutôt soutenue au niveau mondial qui le laisse présager. En outre, sur les marchés des produits alimentaires, l’offre n’arrive pas à satisfaire la demande, ce qui devrait encore pousser les prix à la hausse. L’agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, la FAO, vient d’ailleurs de tirer la sonnette d’alarme. Dès lors, Maurice, qui importe une très large partie de son alimentation et la totalité de son énergie, doit s’attendre à voir l’inflation rester soutenue.

Rundheersing Bheenick a d’ailleurs clairement laissé entendre que la normalisation des taux directeurs allait se poursuivre. Pour cela, il dispose encore d’une petite marge de manoeuvre. Car en ne procédant qu’à un relèvement de 25 points de base, il a gardé quelques munitions. Par ailleurs, en procédant pas petites touches, l’institut d’émission évite de trop braquer un secteur privé qui aurait préféré reporter le tour de vis d’un trimestre, sinon à la fi n de l’année. En son temps, cette politique monétaire des «petits pas» avait valu une réputation mondiale à l’ancien président de la Réserve fédérale américaine Alan Greenspan, chez qui tout le monde reconnaissait un «fine tuning». Il arrivera peut-être un jour où les Mauriciens reconnaîtront cette qualité à leur banquier central.

 


Commentaires

Par observateur
Jun 16, 2011
L'auteur dit:[la BoM s’est employée, non sans succès, à résorber l’excédent de liquidités du marché monétaire notamment en relevant le «cash ratio» des banques. Mais voyant que ce tour de vis n’avait pas été suffisant pour enrayer la spirale inflationniste, les responsables de la politique monétaire ont voulu donner un signal clair de leur vigilance.]Selon le tableau publié par la BOM ,le CCR(CASH RESERVE RATIO) de l'ensemble bancaire est basé sur la moyenne des dépôts bancaires pour les deux semaines précedentes.A jeudi 27 janvier 2011, cette moyenne affichait Rs290.4 milliards contre Rs284.7 milliards,jeudi 2 juin 2011.Donc la moyenne s'est réduite de Rs5.7 milliards.Parallèlement,les réserves des banques chez la BOM diminuaient de Rs23.6 mds à Rs21.7 mds.Donc un montant "liquide" d'environ Rs6 mds s'est "évaporé" ces 4 derniers mois...Soit ce montant s'est converti en devises(Liabilities side) soit les prêts ont subi une baisse(assets side) ou en partie les deux à la fois.Est-ce lié au désengagement des investisseurs étrangers ou/et à la réticence des individus/entreprises à emprunter dans une conjoncture économique incertaine? Pour en savoir plus,il faudra attendre la publication des données de fin mai, fournies par les banques,mais qui ne seront disponibles que le 30 juin 2011!
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