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Rajiv Lutchmia : «Les banques mauriciennes ont évité les dérapages des banques occidentales»
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  |  31/08/2011

Le Chief Executive Officer (CEO) de Newton Securities se confie à Pierrick Pédel.


● Quelles sont vos perspectives pour les marchés financiers dans les prochaines semaines ?

Ce serait difficile, voire impossible, de prédire les mouvements des cours dans le court terme. Les marchés restent très volatils et les investisseurs réagissent souvent à des informations sur le plan mondial ou à la tendance des Bourses de New York et d’Europe. Néanmoins, je pense que la faiblesse de nos partenaires économiques, tels que la France et le Royaume-Uni, ainsi que le ralentissement de notre croissance et la baisse des exportations, peuvent avoir un impact négatif sur la confiance des investisseurs dans les mois à venir.

● On a assisté, sur les places internationales, à un «flight to safety». Ce phénomène s’est-il manifesté à Maurice ?

Effectivement, dans un univers instable, marqué par la dégradation de la note souveraine américaine et la crise de la dette en Europe, les investisseurs ont trouvé refuge dans les actifs comme l’or, le franc suisse ou le yen, qui ont battu des records de hausse. L’once d’or a gagné plus de 35 % en 2011.

A Maurice, on a constaté plutôt un phénomène de «sector rotation» qui a enclenché une prise de bénéfice sur les titres considérés les plus à risque, comme l’hôtellerie qui a baissé de plus de 17 % en 2011. Les investisseurs ont privilégié les banques et les sociétés moins exposées au ralentissement mondial.

● Les marchés sont très volatils en ce moment. Comment expliquer que les amplitudes de variation de cours soient moins importantes à Maurice que sur les places internationales ?

C’est tout à fait normal qu’en période d’incertitude et de signes de fragilité persistantes, les Bourses deviennent volatiles. La Bourse mauricienne n’est pas épargnée car les investisseurs ont accès à l’information et suivent de près la performance des Bourses internationales via Internet ou CNN. Le manque de liquidités et la petite taille du marché mauricien peuvent expliquer cette volatilité réduite.

Les fund managers mauriciens ont préféré rester investis dans les «blue chips», telles que les banques et autres conglomérats, car il est souvent plus difficile de racheter les mêmes titres à la baisse, par manque de liquidités. Au niveau des étrangers, les fonds sub-sahariens ne comptent pas plus de 3 % de leurs portefeuilles d’actions dans les titres mauriciens ils ont plutôt privilégié de réduire leur grosses positions dans des marchés tels que l’Afrique du Sud ou l’Egypte. La pression de vente des étrangers a été aussi amortie par la présence et le support des fonds institutionnels mauriciens, tels que les fonds de pension et les assurances.

● Comment se comportent les banques à Maurice vis-à-vis des banques occidentales ? Qu’est-ce qui les différencie ?

Le profil de risque et la santé des banques mauriciennes sont différents de la structure de bilan des banques américaines ou européennes. Le maintien de la valeur des terres détenues en garantie et l’investissement en bons de Trésor ont aussi contribué à la stabilité des banques mauriciennes. Il faut saluer les mesures prudentes prises au niveau des opérateurs et de la Banque centrale pour éviter les dérapages des banques occidentales.

● On a assisté à d’importants dégagements de la part des investisseurs étrangers. Ce mouvement peut-il s’amplifier ? A quelles conditions les non résidents peuvent-ils revenir ?

En 2011, la Bourse mauricienne a montré des signes de résilience malgré le désinvestissement de plus de Rs 280 millions des fonds étrangers. Ce qui indique que les investisseurs mauriciens ont été plutôt acheteurs. Le SEMDEX est légèrement en baisse depuis le début de l’année et a «surperformé» les marchés émergents par 18 %, et a même devancé la Bourse de d’Afrique du Sud. Le retrait des fonds étrangers de la Bourse locale pourrait persister pour les mois à venir. La reprise de la croissance et la stabilité politique de la région d’Afrique du Nord aideront certainement à attirer un flux de capitaux vers les fonds africains. Nous sommes optimistes sur le thème d’investissement favorisant les sociétés africaines. Les sociétés mauriciennes telles que les banques Mauritius Commercial Bank et State Bank of Mauritius et d’autres firmes comme Phoenix Beverages, Harel Mallac, Innodis, Deep River-Beau Champ, se tournent de plus en plus vers l’Afrique pour leur croissance.

● Est-ce le moment d’acheter les actions en Bourse ? Quels sont les titres que vous recommandez à vos clients ?

Pour répondre à cette question, je pense qu’il n’est pas opportun d’essayer de «timer» le marché. L’investissement est destiné à satisfaire des objectifs à long terme et consiste à développer une bonne diversification en ayant une exposition à tous les segments de marchés actions et obligations. Dans cette optique, les investisseurs doivent consulter leurs brokers ou leurs financial advisors afin de s’assurer que chaque investissement s’intègre à leurs portefeuilles. Le choix des investissements pour un individu de 35 ans sera différent de celui destiné à quelqu’un qui est âgé de 70 ans. Tout en analysant les comptes de sociétés, nos recommandations reposent sur la stratégie appliquée ainsi que sur la qualité de la management team. Nous pensons que les banques restent un proxy pour l’économie mauricienne et sommes prudents sur les titres hôteliers. Nous sommes positifs sur les sociétés ayant de faibles niveaux d’endettement et qui continuent à générer du «free cash flow». Il ne faut pas, non plus, négliger les «soft effects» comme l’impact de «new blood» chez le groupe hôtelier Naiade Resorts, l’imprimweur Mauritius Stationery Manufacturers ou la société chimique Mauritius Chemical and Fertilizer Industry.

Propos recueillis par Pierrick Pédel

    
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