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Jean Claude Lau – Relogement social de la Valette : « On est ou bien isolé ou bien intégré »
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Thierry Laurent  |  28/08/2011

Le sociologue, Jean Claude Lau, commente le rapport sur le relogement social de la Valette et des retombés de celui-ci.

Vous avez présenté un rapport sur le relogement social de la Valette. Quel était le but de ce rapport ?

Le but de cette étude était de faire une évaluation scientifique de cette expérience non pas de relogement social mais de réintégration sociale qu’est le projet Terre Nouvelle La Valette. C’est un projet unique où on a vu la collaboration bénéficiaires-ONGs-Autorités et qui visait, au-delà du relogement stricto sensu, à la réintégration du citoyen. Il nous a semblé important de mener une collecte de données scientifiques et de les analyser d’une manière scientifique plutôt que de discourir sur des impressions. Mes collègues d’Alternet Research and Consulting, notamment notre directeur Pynee Chellapermal et Marcel Poinen, sont des professionnels qui ont une vaste connaissance et expérience du monde des ONGs et de travail social.

Vous semblez compiler un rapport sociologique. Quelles ont été les difficultés à rédiger ce rapport ?

Comme c’était une étude indépendante non-commanditée que nous avons entièrement financée nous-mêmes, nous n’avons eu aucune difficulté ni à collecter les données ni à les analyser et rédiger le rapport. Les autorités, notamment la NEF, les ONGs locales ainsi que les résidents ont collaboré activement pour nous faciliter la tache.

Le gouvernement a depuis un an accordé beaucoup d’importance au relogement social. Mais toujours est-il que ces personnes continuent à être relogées dans des régions difficiles, comme vous le mentionnez dans votre rapport, ces personnes n’ont pas accès à un bon réseau de transport entre autres…. Vos commentaires.

Effectivement, dans les expériences de ce genre le transport est un des facteurs essentiels à prévoir avant et non après. L’isolement géographique et surtout le manque d’accès sont antithétiques à la réintégration on est ou bien isolé ou bien intégré. Pour vous dire, dans notre budget d’étude l’item transport est l’un des plus importants.

Outre le relogement social, l’isolement de ces personnes n’est pas un autre facteur qu’il faudrait commencer à prendre en considération ?

L’isolement géographique a des conséquences importantes sur le coût des aliments de base achetés, la mobilité des gens en recherche d’emploi, la mobilité des personnes âgées, le maintien des réseaux sociaux, l’accès à la santé, etc.

En offrant ces maisons à ces personnes, ils sont également contraints à signer un contrat social. Suffit-il de faire signer un contrat social à ces personnes pour s’assurer qu’ils vont préserver le bien-être de leur environnement ?

L’attachement des résidents à préserver leur environnement est à ce niveau exemplaire. Des femmes qui, un dimanche matin, prennent leur pot de peinture pour aller repeindre des arrêts de bus, même si ces bus sont rares et ne fonctionnent pas le dimanche. On sent une réelle volonté de préserver et d’améliorer leur habitat. Mais cela n’a rien d’anormal lorsqu’on réalise que beaucoup d’entre eux n’avaient même pas un toit pour dormir et qu’ils sont fiers d’avoir un chauffe-eau solaire, un collecteur d’eau de pluie, d’être projetés dans cette île Maurice durable avant tout le monde. Avec ou sans contrat social, quand on a un « chez soi » on a envie qu’il soit le plus accueillant possible.

Le contrat social empêche les personnes de faire des ajustements à « leur habitat », ne serait pas-t-on tenté de croire qu’ils sont finalement confinés à une « prison » ?

Le mot est peut-être fort. Mais il y a dans le contrat social un certain nombre de dispositions qui ne me paraissent pas prendre en considération la réalité mauricienne. Cité Valleejee ou Cité Roche Bois d’aujourd’hui ne ressemblent pas à ce qu’elles étaient au moment de leur création. Les gens se sont appropriés leur espace et l’ont adapté à leurs besoins économiques, sociaux, culturels. Les nombreuses tabagies, les rajouts de chambres et d’autres aménités témoignent de cette appropriation de l’espace selon les besoins. Il y déjà des autorités qui régulent ces transformations, la municipalité pour les permis de construction et de commerce, les autorités sanitaires pour la vente d’aliments, etc. Plus généralement, pour chaque disposition du contrat social, il existe déjà une contrepartie légale et juridique, la loi sur le tapage nocturne par exemple, qu’il suffit d’appliquer sans pour cela avoir à faire appel à une sorte de sous-juridiction plus contraignante. Au contraire, il faudrait que les gens puissent appréhender leurs droits et devoirs en tant que citoyens de la République mauricienne et non pas en tant que résidents de tel ou tel endroit. C’est cela l’intégration.

Ce qui nous fait également penser que ces relogements sociaux ont été érigés dans le court terme. Qu’adviendra-t-il lorsque ces familles vont s’agrandir, cela peut par la même occasion engendrer d’autres fléaux tels que la promiscuité par exemple ?

Un certain nombre de nos répondants ont soulevé la question de la transmission « quand je mourrai, est-ce que mon fils pourra toujours occuper la maison ? » ou encore « si ma fille tombe enceinte, son bébé pourra-t-il vivre ici ? ». Imaginer le futur n’est pas difficile si on pense que la majorité des gens qui ont bénéficié de logement dans les cités ouvrières après les cyclones Carole et Alix, ne sont pas là aujourd’hui et les maisons ont continué à être occupées normalement par leurs enfants ou petits enfants. Des enfants sont nés et ont grandi dans ces maisons, scolarisés et ont déménagé dans d’autres endroits, signes d’une intégration réussie. Quant à la promiscuité dont vous parlez, il suffit simplement que la construction des logements sociaux suive le pas de la progression de la population.

    
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