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Dan Maraye : «Avec la crise, nous risquons de voir ressurgir le protectionnisme»
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  |  24/08/2011

Économiste et ancien gouverneur de la Banque de Maurice, Dan Maraye fait une analyse de la situation économique du pays tout en  soulignant les défis qui attendent le nouveau ministre des Finances.

● Quels sont les risques que court l’économie mauricienne dans le contexte mondial actuel ?

Il faut rappeler que nous sommes une économie ouverte et regarder l’évolution de ce type d’économie depuis le milieu du XIXe siècle. Nous avons eu la période de la révolution industrielle qui a profité à tout le monde entre 1850 et 1914. Puis de 1914 à 1974, nous avons vécu une période d’économie régulée qui a débouché sur une dépression et une distorsion des marchés. De 1974 à 2008, nous avons assisté à une libéralisation à outrance avec une explosion des flux commerciaux et de flux de capitaux. De 2008 à aujourd’hui, nous vivons une chute des marchés et de nombreuses voix appellent à une réglementation accrue. Il va nous falloir trouver un juste milieu entre une libéralisation à outrance et un cadre réglementaire pas trop strict. Il faut faire attention à l’incertitude. Car si elle se prolonge trop, nous risquons de voir ressurgir un protectionnisme qui affectera les petites économies comme la nôtre. En 2008, l’économie mauricienne était plus résiliente et l’impact de la crise n’a pas été aussi violent que prévu. Aujourd’hui, nous courons des risques car nous ne sommes pas aussi bien préparés et ces deux dernières années ont été particulièrement tumultueuses.

● Quelle doit être la politique monétaire de la Banque centrale ?

Il faut reconnaître que le comité de politique monétaire de la Bank of Mauritius a bien travaillé ces dernières années. Sa politique monétaire nous a permis de résister. Je vois mal le comité prendre des décisions pour essayer de ne protéger que quelques secteurs de notre économie. L’objectif principal est la stabilité des prix et le comité va prendre les bonnes décisions en la matière. Il faut lui faire confiance car nous avons notre propre modèle de politique monétaire. La considération première étant le bien national.

● Quels sont les défis que va devoir relever le nouveau ministre des Finances Xavier Luc Duval ?

Il faut, d’abord et avant tout, changer le sentiment négatif actuel qui prédomine dans l’économie. Il y a eu trop de complaisance de la part des décideurs, tant économiques que politiques. Cela demande un changement profond d’attitude. Nos décideurs doivent être pro-actifs et montrer plus de flexibilité tout en oeuvrant vers des moyens plus productifs. Dans le sucre, on n’a réagi que lorsque la catastrophe est survenue. Il faut savoir prendre des risques et ne pas réagir le dos au mur. On ne peut pas continuer à tergiverser. Par exemple, l’Equal Opportunities Act a bel et bien été votée mais elle n’a pas encore été promulguée. Dans le tourisme, on est en train de se diversifier. Cette diversification doit aussi toucher nos exportations. Nous devons trouver d’autres marchés et inventer de nouveaux produits susceptibles d’intéresser les marchés internationaux.

La lutte contre la corruption constitue aussi un défi important. On a constaté trop de gaspillage. Le ministère des Finances devrait faire un relevé des gaspillages tant au niveau du gouvernement que de celui des organismes parapublics. Il faudrait lutter contre les gaspillages en utilisant le dernier rapport d’audit. On pourrait également fusionner certains organismes parapublics. En travaillant correctement, nous pourrions faire des économies et venir en aide aux plus démunis. Je ne suis pas en faveur des 2 % de la Corporate Social Responsibility. Car quand on crée un nouvel impôt, il touche tout le monde même les petites et moyennes entreprises que l’on est censé aider. Je suis plutôt en faveur d’une taxe de 20 % pour des bénéfices au dessus de, disons, Rs 500 millions. Dès lors, le gouvernement pourrait voir dans son budget quel pourcentage de ce revenu additionnel serait affecté à l’aide des plus démunis tout en rendant le système plus «accountable» et plus transparent.

● Peut-on craindre une crise de la dette mauricienne ?

Notre dette publique tourne aux alentours de 60 % du produit intérieur brut (PIB), ce qui est considéré comme la cote d’alerte. Mais dans la plupart des économies occidentales, on est bien au-delà. Nous ne devons pas suivre l’exemple européen et augmenter notre dette. Au contraire, il faut tout faire pour la réduire. L’endettement local représente 42 % du PIB et nos emprunts auprès des bailleurs de fonds internationaux atteint 18 % du PIB. Nous ne risquons pas de voir nos taux de remboursement augmenter. C’est en ce sens que je pense qu’il n’y a pas de risque de crise de la dette à Maurice. Toutefois, nous avons pris la mauvaise habitude d’emprunter à l’étranger alors que nous devions faire face à un excédent de liquidités sur le marché monétaire local. Nous aurions pu lever une bonne partie de ces fonds localement et ainsi contribuer à faire baisser l’inflation. En outre, nous donnerions moins de prise aux agences de notation.

● La récente bourrasque boursière a-t-elle affecté les établissements bancaires mauriciens ?

Non, pas beaucoup. Car les volumes de transactions sont restés peu importants. Les investisseurs étrangers ont vendu mais les Mauriciens ont eu tendance à acheter. Les banques mauriciennes ont, en outre, une exposition aux risques différente de celle des banques européennes. Elles détiennent beaucoup de bons du Trésor. Par ailleurs, elles ont été très prudentes dans leur politique de crédit. C’est d’ailleurs pour cela qu’on leur a demandé de prendre plus de risques dans la distribution de crédit.

● Quelles sont vos perspectives pour les marchés financiers dans les prochaines semaines ?

Je vois mal qui que ce soit venir me dire comment vont évoluer les marchés. Il ne serait pas crédible. Il est très difficile de prévoir une tendance, même à quelques jours. Actuellement, la moindre rumeur peut faire effondrer les cours.

● On a assisté, sur les places internationales, à un «flight to safety». Ce phénomène s’est-il manifesté à Maurice ?

Non, nous n’avons pas connu cela. Même lors de la crise asiatique en 1997- 1998, nous n’avions pas connu ce phénomène. Mais on peut souligner que la Banque de Maurice a commencé à diversifier ses réserves en allant, notamment, vers le dollar australien et le dollar néo-zélandais, entre autres. Elle se prépare ainsi à investir dans le renminbi chinois.

● Que pensez-vous de la récente instabilité politique à Maurice ?

On ne peut pas dissocier la politique de l’économie. L’instabilité politique a affecté l’économie mauricienne depuis deux ans. Nous avons besoin de stabilité et de visibilité. Il nous faut en finir, une fois pour toutes, avec cette politique odieuse. Car le but est d’aider l’économie et d’améliorer la qualité de vie de tous nos citoyens.

Propos recueillis par Pierrick Pédel

    

Commentaires

Par:-ravin
bad economists drives out good economists
Par:-MoralScientist
Well, not so much a resurgence of protectionism as a decouplig of Asia (joined possibly by what Parag Khanna calls "the second world") from the West. Quietly, as the West stubbornly refuses to change the institutions and structures of global governance, China and ASEAN have been refining and reinforcing the regional payments-settlements mechanisms of ASEAN+3 (ASEAN plus China, Japan and South Korea). With the downgrading of Japan's sovereign debt by S&P, coming soon after that of the US, and facing a possible disintegration of the Eurozone, the Asians are increasingly seduced by the idea of decouplig from a predatory and stubborn warmongering West. India, Iran, even Turkey are looking with wistfulness to the increasing shine of ASEAN+3. The GulfCooperation Council is likely to shift the Common GCC Currency agenda from the back burner to the front burner. Let's watch and see if hubris can still prevail over common sense.
Par:-Dilip Shukla
Mr.Maraye's rich experience in the Financial sector has come out very well in his assessment of the current Global Economy vis a vis Mauritius.Congrats.
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