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Afsar Ebrahim : «Les raisons du succès d’une affaire à Maurice ne peuvent pas être reproduites en Afrique»
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Alain BARBÉ  |  12/08/2011

● Vous avez récemment parlé de «vagues de croissance»…

Notre économie a évolué à travers différents cycles. Nous avons réussi à la diversifier en passant d’une monoculture à plusieurs piliers, dont le textile (la vague d’investissement hongkongaise), le tourisme et les services financiers. Nous regardons maintenant vers le Seafood Hub, le Knowledge Hub, le tourisme médical et le secteur BPO (externalisation). Nous espérons que l’un de ces secteurs émergera comme un pilier majeur, avec un apport substantiel à la croissance économique et la création d’emploi. Evidemment, dans chacun de ces secteurs, il y a eu un deuxième niveau de diversification accrue au fur et à mesure que le pays a avancé dans la chaîne de valeurs.

● Vous faites souvent allusion à «Investment by Mauritius» au lieu de «Investment through Mauritius ». Qu’est-ce que cela signifie vraiment?

Nous sommes familiers avec le terme «investissements à Maurice». Nous l’avons vécu dans différents secteurs et, récemment, à travers les IRSRES. Nous excellons dans l’art de «vendre» Maurice. De plus, avec l’émergence du pays en tant que centre financier «with substance» et de renom, Maurice a été utilisé comme plate-forme pour faire bénéficier du réseau d’accords fiscaux et être une destination d’accueil pour les firmes voulant investir en Asie, principalement en Inde. Et récemment en tant que plate-forme pour les investissements en Afrique. Il s’agit là d’«investissements à travers Maurice».

Mis à part les traités fiscaux, l’île Maurice a un argument de poids avec ses accords de promotion et de protection des investissements. Ce qui apporte un niveau supplémentaire de protection aux investissements extérieurs. Il est maintenant temps que nous pensions aux «investissements de Maurice», où Maurice Inc. Se servira de son réseau, ses liens d’affaires à travers l’Afrique et sa connaissance du marché pour non seulement mener les investissements avec les entreprises chinoises et indiennes, mais également prendre avantage des coûts compétitifs en Afrique en y produisant. La valeur ajoutée, comme le marketing, viendra toutefois toujours de Maurice. Nous sommes une petite économie, une île sans commerce frontalier. Nous devons tirer le maximum de notre position stratégique et de notre proximité avec cet énorme continent qui est pratiquement juste à côté.

L’Afrique est tout sauf homogène. Quelle stratégie adopter pour pénétrer ce continent ?

L’Afrique représente une chance énorme mais des défis tout aussi conséquents pour les investisseurs mauriciens. Elle doit être analysée en plusieurs segments : l’Afrique du Nord les pays riches en ressources les pays ayant un régime qui ne fait pas forcément honneur à la bonne gouvernance les pays sortant d’un conflit ou en conflit et les pays enclavés. Une fois qu’un pays a été identifié en termes de ses avantages compétitifs, l’investisseur doit scrupuleusement étudier l’industrie dans laquelle il souhaite investir. Puis, il doit identifier un partenaire stratégique.
Finalement, la structure de capitaux doit être balancée pour s’assurer que les risques financiers, les risques de l’affaire et les risques politiques sont équilibrés. Le retour sur investissement doit être réfléchi afin qu’il soit proportionnel aux risques encourus.

Très souvent, nous cherchons à transposer une réussite mauricienne en Afrique. C’est une grave erreur. Les raisons du succès d’une affaire à Maurice ne peuvent être exactement reproduites en Afrique. Il est nécessaire de repenser le modèle économique et de prendre en compte les investissements qui peuvent être adaptés au contexte local.

● Vous êtes un grand défenseur de l’Afrique et avez aidé nombre d’entreprises mauriciennes qui souhaitaient investir en Afrique et vice-versa. Peut-on dire que les investisseurs en Afrique ne font que piller ses ressources minérales, comme à l’époque coloniale ?

C’est un cliché. Les pays colonisateurs (Angleterre, France, Belgique, Portugal) sont actuellement en situation délicate et n’ont pas les fonds pour investir car ils croulent sous d’énormes dettes. La Chine et l’Inde sont des investisseurs très désireux de prendre contrôle des ressources minières africaines. Ces ressources doivent être transformées afin d’avoir une valeur ajoutée pour la création de richesses. Avoir les ressources sans les exploiter ne vaut pas mieux que de ne pas les avoir.

Ces pays n’ont pas toujours l’expertise nécessaire pour transformer ces ressources en richesse. A partir du moment où les autorités s’assurent que les investissements sont bien distribués à toutes les parties prenantes de l’économie, je n’y vois aucun mal. Cela donne également la chance aux gouvernements de diversifier leurs économies, en redistribuant l’investissement dans d’autres secteurs. L’Afrique a plus à offrir que de simples ressources minières.

● Cela fait longtemps déjà qu’on parle des possibilités d’utiliser Maurice comme tremplin pour investir en Afrique. Concrètement quels sont les résultats jusqu’ici ?

Les résultats sont visibles. Ils n’ont peut-être pas été quantifiés, mais le peu de connaissance du marché que je possède me démontre clairement que de nombreuses sociétés offshore ont été mises en place afin d’investir en Afrique. L’utilisation de Maurice en tant que plate-forme pour entrer en Afrique est bien connue et très optimisée.

● Pourtant, les investissements mauriciens en Afrique, à l’exception du Mozambique peut-être, restent assez timides…

Cela n’a pas été agressif pour la simple raison que l’économie locale a offert, durant les dernières décennies, des opportunités d’investissement considérables. Il ne faut pas oublier les nombreuses réussites en Tanzanie, à Madagascar (certes, dans ce pays, vu l’instabilité politique, il y a eu des gagnants et des perdants) et aux Seychelles aussi. Il y a également eu des tentatives pour le secteur des services en Afrique, spécifiquement sur la Côte est il est encore trop tôt pour énoncer un verdict. Le pays en entier souffre d’un manque de stratégie régionale. Et, en l’absence d’une stratégie claire pour la logistique, nous ne pouvons pas nous attendre à ce que l’investissement régional soit un succès instantané. Nous devons suive l’exemple de Singapour et Dubayy en termes logistiques afin de devenir un vrai centre régional.

● Mais il y a des contraintes à surmonter au niveau des liaisons maritimes et aériennes. Par exemple, de nombreuses compagnies aériennes ont cessé de desservir Plaisance pour des raisons financières…

Ce sont de vrais défis. Nous sommes loin de nos marchés principaux. La logistique est une considération majeure pour que nous soyons compétitifs. Nous sommes entourés par la mer et, sans frontières physiques, les marchandises ne peuvent être acheminées que par voie aérienne ou maritime. Nous avons donc le devoir d’être sûrs que nos moyens logistiques soient efficaces, rentables et accessibles. Singapour et Dubayy sont des modèles que nous devrions imiter. Ces deux pays ont des politiques d’accès maritime et aérienne efficaces. En fait, Emirates a tant exporté ses services qu’elle est vite devenue la ligne aérienne africaine par excellence. Et, dans son sillage, Dubayy a évolué d’un centre régional en un centre par où tout gravite et que personne ne peut se permettre d’ignorer. Nous avons besoin d’un plan stratégique régional pour la logistique. Nous devons évaluer le coût d’une expansion régionale par rapport au coût de ne pas le faire.

● BDO est présente dans de nombreux pays africains. Quels sont vos projets dans le continent noir dans le court et moyen terme?

BDO à Maurice fait partie de l’organisation DCDM, qui est la première firme mauricienne à avoir exporté ses services en Afrique. Les bureaux de DCDM BDO opèrent à Madagascar, aux Comores, aux Seychelles, au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda et avec des droits en République démocratique du Congo, au Rwanda et au Burundi. De plus, le réseau BDO dans d’autres pays africains est mené par l’Afrique du Sud, où BDO Maurice a d’excellentes relations.

Notre but est que BDO Maurice et BDO Afrique du Sud opèrent de manière intégrée et homogène et qu’elles puissent faire des ventes croisées avec leurs clients.

L’Afrique du Sud est un pays développé (malgré les problèmes de sécurité) et ne peut être ignoré par un investisseur qui veut faire du business en Afrique. Avec cette plateforme nous nous connectons de la même façon avec BDO Inde afin que Maurice puisse surfer sur la vague vers la dernière frontière.

Propos recueillis par Alain BARBÉ

    
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