vendredi 25 mai 2012
Lexpress.mu en page d'accueil | newsletter | archives | rss
header
Météo Avis de décès Horoscope   
header
Pierre Dinan : «Nous n’avons pas besoin d’un nouveau “business model”»
Modifier la taille du texte:A | A

Imprimer

Envoyer

Commentaires

Sauvegarder

Noter l'article

Partager et classer cet article

  |  10/08/2011

L’économiste répond aux questions de Pierrick Pédel concernant la situation économique actuelle à Maurice, le taux de croissance et les secteurs porteurs du pays. 


● Que pensez-vous de la situation économique à Maurice ?

Un passé honorable, un présent modeste et un futur incertain.

● Certains estiment que l’économie mauricienne est moins résiliente face à la crise qu’en 2008. Faites-vous le même constat ?

En 2008, l’économie a été résiliente car elle était en bonne santé. Les finances publiques avaient connu une réforme. Les fonds publics avaient été renforcés et ont permis de financer des politiques de relance de l’économie. On avait procédé à une harmonisation fiscale. A l’époque, la politique fiscale dans son ensemble a permis de faire face à la crise. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Avec une crise généralisée de l’endettement, Maurice doit faire face à une baisse des investissements alors que le taux de croissance régresse. Notre endettement augmente avec un profil de la dette qui se détériore par rapport à l’étranger. Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi le gouvernement a choisi de privilégier l’endettement en devises. Quand aux fonds de réserve, ils ont été pratiquement vidés. C’est pourquoi notre économie risque d’être beaucoup moins résiliente qu’en 2008.

● L’objectif de 4,5 % ou de 4,6 % de croissance va-t-il pouvoir être atteint en 2011 ?

Non. Le secrétaire financier, Ali Mansoor, l’a d’ailleurs clairement indiqué. Pourquoi allons-nous devoir revoir la croissance à la baisse ? Il y a sans doute, et avant tout, l’incertitude sur la reprise économique mondiale. Le premier trimestre a été mauvais en matière d’investissements directs étrangers. La politique fiscale est désormais plus incertaine puisque l’on a vu apparaître de nouvelles taxes. Nous avons enregistré une baisse de nos exportations. En outre, la faiblesse des monnaies dites fortes comme le dollar ou l’euro, qui est sans doute voulue, implique une appréciation des monnaies dites faibles comme la roupie. C’est pour toutes ces raisons que nous allons avoir des taux de croissance moins importants que ceux qui ont été précédemment estimés.

● Les derniers chiffres montrent que l’inflation reste soutenue. A quoi faut-il s’attendre en matière de taux d’intérêt ?

Tout le monde sait que c’est par la remontée des taux d’intérêt que l’on combat l’inflation et surtout l’inflation sous-jacente, c’est-à-dire celle qui ne dépend pas des prix des produits importés. Mais la fixation des taux dépend également du niveau des taux dans les autres pays. Un différentiel de taux trop important provoque en général du «carry trade». Cette technique, qui implique d’emprunter dans une monnaie à faible taux pour investir dans une autre monnaie à taux plus élevé, peut provoquer des distorsions sur le niveau des taux de changes.

● La production sucrière a été révisée drastiquement à la baisse. Cela constitue-t-il un danger pour l’économie ?

Il s’agit certainement d’une mauvaise nouvelle pour les sucriers et d’un manque à gagner pour l’économie. Mais je ne parlerai pas de danger. Le sucre ne représente plus qu’environ 1 % du produit intérieur brut. Sans doute un peu plus, si l’on tient compte des effets indirects comme le transport ou l’effet revenu des coupeurs de cannes lors des bonnes campagnes. Le poids du sucre dans notre économie est beaucoup moins important qu’auparavant.

● Le tourisme vit l’une de ses pires basses saisons. On parle de la nécessité d’un nouveau «business model». Etes-vous d’accord ? Par quoi devrait passer ce nouveau modèle ?

Il me semble que nous n’avons pas besoin d’un nouveau «business model» mais d’une remise à neuf de l’actuel. Il faut maintenir une stratégie touristique basée sur le haut de gamme. Le secteur informel (NdlR : les bungalows), les petits hôtels et les restaurants doivent suivre cette mouvance pour atteindre le haut de gamme. Nous devons relever les critères et penser à présenter aux touristes un environnement de qualité à travers l’île. La spécificité du tourisme mauricien, c’est d’offrir un beau pays, de charmants sourires, de belles randonnées et un grand confort. Il faut s’assurer que le produit est excellent avant de se lancer dans la communication.
L’ouverture du ciel mauricien est également devenu une nécessité. Mais il s’agit d’un éternel conflit entre Air Mauritius et les hôteliers. Il serait nécessaire d’avoir un régulateur pour le prix des billets d’avions. La Competition Commission pourrait, par exemple, se pencher sur la question afin de déterminer s’il s’agit de justes prix. L’ouverture vers l’Asie constitue également un élément indispensable et, en la matière, il est intéressant de voir Air Mauritius s’envoler vers la Chine toutes les semaines. Mais d’autres destinations devraient être desservies.

Vis à vis de l’Inde, il est dommage que l’on offre des créneaux à Air India que cette compagnie ne peut pas assurer alors que d’autres firmes indiennes souhaitent se poser à Maurice. Il faut aussi que le produit touristique mauricien s’adapte aux coutumes des touristes indiens et chinois tout en maintenant un standard élevé de qualité. C’est dans ce sens que j’estime qu’il n’y a pas besoin de nouveau modèle mais bien d’une extension du modèle existant.

● Que pensez-vous de l’affolement actuel des marchés financiers ?

Les Etats-Unis ne nous ont pas rendu service. On peut s’interroger sur le rôle des agences de notation qui n’ont pas été capables de prévoir la crise des «subprimes» et qui, aujourd’hui, s’attaquent aux pays. L’affolement des marchés est une mauvaise chose car les marchés prennent désormais le dessus sur les Etats. Cette situation difficile est la conséquence de la crise de 2008. A l’époque, on a renfloué les Etats et soutenu l’activité économique avec l’utilisation massive des finances publiques. Mais on peut se demander ce qu’il se serait passé si on n’avait pas eu recours à cette solution. Reste qu’aujourd’hui, les Etats sont devenus prisonniers des prêteurs. Mais ces prêteurs n’ont également aucun intérêt à voir la valeur de leurs investissements s’effondrer. La situation est alarmante et pour Maurice, cela pose beaucoup de questions. Déjà, quand on voit que le centre de gravité de richesse mondiale est en train de se déplacer vers l’Est, il faudrait que Maurice suive le mouvement.

Propos recueillis par Pierrick Pédel

    

Commentaires

Par:-Vuvuzela
For the past decade and post 9/11, major European airlines went through this turbulence and painful exercise of downsizing, cost-cutting, redundancies, out sourcing, reconfiguring aircrafts, cutting back on services and non-profit routes etc just to stay afloat. Although there were many casualties over the years, including work force sacrifices, at least some airlines have survived. There was a constant fine-tuning in their business model at all times. British Airways flight to Mauritius has downsized from Boeing 747 (seat capacity 400) to smaller aircraft. Surely, there must have been a business decision for downsizing, especially with the spiralling cost of fuel. Economy class does not make money for airlines. They rely heavily on business and first passengers for a healthy balance sheet. This scenario replicates well in the hotel industry; over-supply of high-end facilities and less demand for quality customers. Therefore, the tourism industry in Mauritius cannot be too complacent now that we have another international financial turmoil brewing. There is a need for immediate and drastic action as otherwise; there will be too many casualties in the tourism industry, especially for the low-paid workers.
Par:-narain
Au moins une bonne chose de dite: pourquoi le pays s'endette-t-il en devises étrangères? Pour faire plaisir bein sûr aux Institutions Financières internationales. M. Pierre Dinan, une question: qui a toujours applaudi l'intervention de ces dernières comme le FMI dans le pays? C'est M. Dinan Pierre. Voici donc cet économiste qui vient réfuter ses propres arguments! Il y aura beacoup à écrire sur cette interview mais pour être bref je dirai que le modèle proposé par M. Dinan est justement responsable de l'endettement, du chômage et de la pauvreté. Une petite question: Pourquoi P. Dinan demande-t-il à chaque fois d'ouvrir notre ciel aux low-costs indiens? Si c'est pas du lobbying anti patriotique, ça lui ressemble beaucoup.
Par:-big picture
La définition de l’inflation dépend des écoles de pensée économique. Pour reprendre un célèbre dicton de Milton Friedman, l’un des principaux contributeurs à l’école monétariste, «l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire». Il existe donc un lien entre la création de monnaie et la hausse des prix. Plus précisément, une hausse de la masse monétaire dans des proportions supérieures à ce que requiert la croissance économique est nécessairement génératrice d’inflation. Cette création monétaire, utilisant abondamment le canal du crédit, a conduit à une sur-expansion de l’activité économique. Pour preuve, les crédits bancaires ont atteint Rs238.3 milliards au 30.06.11 contre Rs217.1 milliards au 30.06.10. (Source : BOM-SECTORWISE DISTRIBUTION OF CREDIT TO PRIVATE SECTOR).Les billets et pièces émis par la BOM se montent à Rs20.7 milliards (juin 2011) contre Rs18.9.0 mds (juin 2010).
Par:-petit épargnant
Pourquoi Pierre Dinan ne parle-t-il jamais de la création monétaire par la BOM et les banques ? Les dépôts bancaires en roupies sont essentiellement alimentés par le secteur non-gouvernement- salariés, établissements-fournisseurs des biens et services, et les crédits octroyés par les banques. La monnaie découlant d’un crédit bancaire ne vient PAS des dépôts mais est créé/fabriquée à partir de rien et constitue un nouveau dépôt bancaire. Par exemple, vous bénéficiez d’un découvert autorisé de Rs10, 000. Vous tirez un chèque de Rs5000 à l’ordre de X qui le dépose chez sa banque- un nouveau dépôt, et votre compte affiche un solde débiteur de Rs5000.Ce que X a reçu ne provient pas d’un autre dépôt ! Donc les crédits rehaussent les dépôts, et plus il y a expansion de crédit plus les dépôts augmentent. En d’autres mots, tout prêt d’une banque (son actif) se retrouve comme un dépôt (passif) chez la même banque ou chez une autre banque. L’attribut des dépôts bancaires c’est qu’ils peuvent être convertis en liquide-cash et donc plus les crédits augmentent plus il y a injection des liquidités additionnelles exacerbant le taux d’inflation.... La logique veut que pour faire baisser ces liquidités il faut inverser le processus en réduisant les crédits, ce qui fera baisser les dépôts.
Par:-banquo
Pierre Dinan, membre du Monetary Policy Committee de la BOM dit :[Tout le monde sait que c’est par la remontée des taux d’intérêt que l’on combat l’inflation et surtout l’inflation sous-jacente, c’est-à-dire celle qui ne dépend pas des prix des produits importés. Mais la fixation des taux dépend également du niveau des taux dans les autres pays.] Ce qui importe, c’est : que va décider ce comité à sa prochaine séance ? Il fait face à un dilemme : lutter contre l’inflation, par une politique monétaire plus restrictive (hausse des taux d’intérêt) ou continuer à freiner l’appréciation de la roupie par l’accumulation de réserve de change (qui crée de nouvelles liquidités en roupies, donc politique plus expansionniste ce qui renforce le risque inflationniste.) En d’autres mots, il y a un conflit potentiel d’objectifs (1) l’objectif interne (lutte contre l’inflation qui induit des entrées de capitaux étrangers -attirés par les taux d’intérêt plus élevés) et (2) l’objectif externe (freinage de l’appréciation de la roupie) qui conduit à une politique monétaire expansionniste qui stimule la demande et aggrave le problème interne d’inflation. La BOM semble cibler les deux objectifs simultanément, ayant augmenté le « Cash »Ratio et en intervenant sur le marché FOREX...
Par:-Raj
Mons Dinan, certes on peut apprécier votre engagement constant dans la défense d’un certain modèle économique et d’un type de société basé sur ce même modèle. Mais mon souci va au-delà de cette analyse de nouveau business modèle. On est choqué de constater à quel point tous les acteurs de nos institutions restent agrippés à leurs positions et sont très réticents à cultiver une génération de relève, c-t-d faire de la place à d’autres au sein de nos diverses institutions. Pourquoi ? Pourtant il n’y pas de compétences et de gens avec une volonté de servir qui manquent dans notre pays. Suivant cette tendance on ressemble beaucoup à des politiciens pouvoiriste et fossilisés. Publiez la liste des membres qui siègent au sein et dirigent des associations comme : National & Economic and Social Council, Mauritius Employers Federation, National Committee on Good Corporate Governance, Mauritius Institute of Directors, Democracy Watch, WIN, WIP .. etc… et j’en passe. Ajoutez à cela les mêmes personnes qui siègent sur tous les Board Directors paraétatiques ou privés. Est-ce une telle mentalité d’accapareurs et complaisante un encouragement et une inspiration pour les jeunes à venir participer dans la gestion de notre pays ..new business model ou pas ? Sans vouloir offenser je citerai Victor Hugo pour dire à nos anciens….’laissez passer les jeunes’. On ne peut pas rester Consultant à 75 ans alors que des jeunes sont sans emplois dehors. Merci
Vos Commentaires open close
Autres interviews
Nikhil Treebhoohun : «Les traités ne sont d’aucune utilité si les entreprises ne s’en servent pas»
Le CEO du «Global Institutional Investors Forum» parle des perspectives pour Maurice en termes d’investissements en Afrique. Il décortique les spécificités du continent, tout en évoquant les forces sur lesquelles Port-Louis peut compter pour aller vers «la dernière frontière».
Feroz Dahoo : «Les gains perçus sur les taux de change n’ont pas bénéficié aux consommateurs»
Le Chief Executive Officer de Thomas Cook (Mauritius) estime que nos dirigeants doivent démontrer « leur capacité à maintenir la stabilité sociale et politique » et « éviter des pertes d’emplois ».
Dominique Dherve : «Ces plantes qui reviennent sont des porte-drapeaux»
C’est un projet tout à fait exceptionnel : ramener des espèces endémiques disparues à la vie et les réintroduire dans nos forêts. L’une de ses chevilles ouvrières nous raconte comment quelques cellules d’une graine peuvent sauvegarder une espèce toute entière et bien plus encore. Le Directeur du Conservatoire botanique national de Brest nous en parle.
 [3]
Jean-Claude de l’Estrac: « Je trouve la nation plus forte que beaucoup d’entre nous s’imaginent »
La nation, la citoyenneté, l’éthique. Ces sujets ne sont pas souvent débattus. Jean-Claude de l’Estrac qui a été éditorialiste, auteur d’ouvrages sur l’histoire de Maurice et ministre de la République les aborde et se prononce avec une clarté qui témoigne d’une réflexion approfondie sur ces thèmes à portée sociétale.
 [8]
Bissoon Mungroo, proche collaborateur de Sir Anerood Jugnauth : «Ramgoolam a piégé le MSM avec Medpoint»
Bissoon Mungroo, proche collaborateur de sir Anerood Jugnauth (SAJ) – le seul à avoir été présent au Réduit le jour de l’annonce de sa démission – affirme que les gens ont peur de montrer leur soutien à l’ancien président de la République par peur de représailles. Presque deux mois après la démission de SAJ, il déclare que ce dernier n’est pas déçu du manque de momentum, mais qu’il est, au contraire, en train de labourer le terrain.
 [12]
Actualités|Sports|Génération Y|Mauriciens d'ailleurs|Opinion|Jobs|Immobilier|petites annonces
Contactez Nous | Code de Déontologie | Vos Commentaires | Sitemap
© Copyright La Sentinelle Limited 2010 | Designed & Hosted By: Designed & Developed By 4C plus