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Christian Némorin : «Le politique doit instruire le peuple, mais ce n’est pas le cas»
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  |  21/07/2011

Représentativité et absence de pluralisme. C’est ainsi que Christian Némorin perçoit l’omniprésence de l’oligarchie politique.

Le titre de votre essai, «L’île Maurice et le Market Socialism, à quand la démocratie?» interpelle. Pourquoi «market socialism» ?

Le market socialism est le concept utilisé par les politiciens peu après 1982 en opposition à l’austérité de gauche, et ce jusqu’aujourd’hui. En une phrase, c’est l’économie de marché d’abord et la répartition sociale après. Ce qui peut être perçu comme une forme d’opportunisme. On ne peut toutefois le traduire en français et, comme je m’interroge dans l’essai, est-ce le centrisme qui a cours à Maurice ? En tout cas, la démocratie s’est retrouvée broyée, comme j’en fais la démonstration dans l’ouvrage, entre market et socialism.

Votre propos ratisse large. Néanmoins, une constante semble sous-tendre l’ouvrage : l’apathie de la conscience citoyenne... L’objectif est-il de revigorer la citoyenneté mauricienne ?

La politique a le devoir d’instruire le peuple, ce qui n’est pas le cas à Maurice. La mesure de l’éducation politique fonctionne en parallèle avec la qualité de l’opinion et la conscience citoyenne. Si la conscience est endormie, c’est que la qualité de la politique pratiquée est moindre, non instructive. De plus, la perpétuelle quête des uns et des autres visant à se trouver une place dans une chambre supérieure, à savoir un mode de vie bourgeois, diminue et endort la pensée et l’action citoyennes. Pour se revigorer, l’être social peut passer à un palier supérieur mais l’esprit, lui, doit rester en ébullition.

Vous écrivez : «L’oligarchie politique, par sa seule gourmandise, []...] montre une incapacité à faire des Mauriciens un peuple». L’île Maurice que vous faites grandir dans votre essai n’atteint pas véritablement l’âge adulte à cause du politique. Qu’est-ce qui, selon vous, dans l’action politique post-indépendance, fait pâlir notre démocratie ?

D’abord, en cause, le système électoral, où il y a représentativité et non pluralisme. D’où deux blocs au Parlement, et pas cinq ou six entités. Ensuite, il faut comprendre que l’intérieur d’un parti politique est une chose publique. Dès lors, comment peuton parler de méritocratie quand on pense à Navin Ramgoolam, Xavier-Luc Duval, et Pravind Jugnauth, qui ont reçu un parti gratuitement, et à Paul Bérenger là depuis 40 ans ? Où se trouve cette condition essentielle de la vertu politique qu’est le renouvellement, souhaitée par les pères et les penseurs de la politique ?

Diriez-vous qu’on a sacrifié certains de nos idéaux, de nos engagements, certaines de nos valeurs sociales, culturelles et politiques au profit de l’effort, de l’économie, de la rentabilité, bref de toutes ces composantes qu’on juge essentielles au développement ?

C’est surtout parce que la vie repose, hélas, aujourd’hui, sur la recherche de la valeur ajoutée. Mais, ce n’est pas le cas de l’humanité, heureusement. Pour retrouver l’humanité et son apprentissage, ces valeurs que vous citez, il suffi t de savoir ne pas être gourmand. La gourmandise rend cupide, immoral, voire imbécile, et fait donc reculer les valeurs et la morale.

Le Blok 104 des dernières législatives, la lutte de «Rezistans ek Alternativ» pour qu’on en finisse avec la catégorisation communautaire et religieuse, ou encore le «Muvman premye me» sont-ils «des actions» qui donnent corps à la démocratie ?

On est d’accord pour dire qu’il faut en finir avec la catégorisation, surtout pour ce que sera une future réelle République. Mais la structure réelle qui doit être visée, celle où le communautarisme, l’ethnicité et la religion sont utilisés afin de catégoriser, c’est bien le recensement décennal. Je montre d’ailleurs la ligne fi ne entre les deux espaces, public et privé, qui s’entremêlent dans le chapitre du même nom. L’action, c’est de faire en sorte que toutes les composantes issues de l’espace privé n’influencent pas, n’orientent pas et ne se prononcent pas dans l’espace public. Pour cela, il faut être aux affaires.

Disons-le, l’ouvrage n’est pas d’une lecture aisée. Ne craignez-vous pas que des lecteurs passent à côté du message essentiel ?

Je pense que le lecteur doit se mettre à «disposition» quand il pénètre dans un essai. Au-delà, dans l’histoire mondiale des livres de philosophie politique, il y a toujours eu quelqu’un qui s’est approprié des textes et est entré dans l’action.

Entretien réalisé par Gilles Ribouet
(l’express iD, jeudi 22 juillet)

    

Commentaires

Par:-Tryptophan
The popularity of MMM in the Early 70's was founded on revolutionary ideas of socialism. At that time there was an air of opportunism, hope of LIBERATION, and talks of the NATIONALISATION of the sugar industry. Alas, we have now become a people so hopeless that we have been engaging in self mutilation, contemplating mass suicide. ( refer to Nicholas Rainer's piece about "meeting the pavement".
Par:-Bellountally
Kot sa ou pe dire la? Dans Maurice?
Par:-bhavna
Politics certainly undermines socio-economic growth in the island ..but i wonder about the group of people who have rendered the population servile to an economy based on food importation-panagora, ibl, etc...why is it that we drink powdered milk from New Zealand...maybe my nemorin will enlighten us on the puppet strings manipulators behing the entire comi-tragedy of politicians saga?
Par:-3rd EYE
Purely and simply theorotical, may carry mileage for a dissertation of a certain academic level.nothing more because grounded on a multiplicity of assumptions,and potted thoghts that have run their days.... anyways...!!
Par:-Rudolph .J
This interview touches some of the MOST FUNDAMENTAL issues of our Society, the ones that our Politicians do not have enough Vision so deeply dependent on communalism for their very existence at the cost and detriment of true mauritian people development. Christian Nemorin touches the issue right on the head an one that many if not the majority of good mauritians contemplate as a distant dream. Christian has guts and courage to articulate his ideas and they represent essentials consideration essential debate essential for the true social and economis and political growth of our mauritian Society. Perhaps we need another ''Executive body'' outside the Political arena to emulate and develop the values the Society we want to build on our Island.
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