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Election partielle : le jour d’après
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Par:-  Jean-Claude de l'Estrac

On 22/02/2009

Ce n’est qu’un divertissement, les Mauriciens ne tarderont pas à s’en rendre compte. C’est même un divertissement de mauvais goût, un tango cruel sur le pont de nos ambitions naufragées. Une guerre qui n’est pas la nôtre non plus. Son dénouement changera tout pour l’un ou pour l’autre mais rien pour nous. Cette élection partielle de Moka-Quartier-Militaire est trompeuse et dérisoire ; elle n’est pas d’un grand intérêt pour le pays, sauf par ce qu’elle nous cache.

Partout dans le monde - et vraiment aucun pays n’y échappe - le seul débat politique qui se déroule ces temps-ci porte sur l’angoissante question de la crise économique. Une crise sans précédent par son ampleur, sa complexité et ses conséquences. Une crise qui montre les limitesde l’action politique mais aussi le rôle et le poids vitaux des Etats. Une crise qui bouscule les certitudes idéologiques, qui incite à de sérieuses remises en question. Il est surréaliste de constater que les deux principaux partis de l’opposition qui s’affrontent dans cette élection, qui cherchent à améliorer leurs chances d’accéder au pouvoir, ignorent le plus souvent cet enjeu majeur, sinon pour débiter quelques banalités sur la gravité de la situation. Deux raisons expliquent ce silence embarrassé des oppositions.

La première est que, face à la crise qui s’approfondit, et qui va faire de plus en plus mal aux Mauriciens, l’opposition quelle qu’en soit la version, n’a pas de propositions économiques alternatives à formuler. Ce n’est pas forcement une critique ; il n’y a pas, en fait, beaucoup d’options aux mesures de stimulation de la croissance proposées par le gouvernement. Il se peut qu’à la périphérie de la stratégie existe quelques possibilités de faire autrement, mais sur le fond, compte tenu de la configuration de notre économie ouverte sur l’extérieur, le ministre des Finances fait ce que la situation internationale lui impose, avec les moyens que le budget de l’Etat lui permet. Encore heureux que les caisses soient plutôt bien garnies, même si ce n’est plus pour longtemps.

Quand je postule que l’opposition, le MMM et le MSM – je ne parle pas de l’Union nationale, cette fiction farfelue d’Ashock Jugnauth qui ne sert que son projet personnel – quand je dis que les deux partis n’ont pas de propositions alternatives, c’est plutôt pour souligner qu’ils se situent tous les deux dans la même mouvance idéologique que le gouvernement de l’Alliance sociale. Les deux partis ont déjà exercé des responsabilités gouvernementales ; ils ne remettent pas en cause le système, ils en sont les défenseurs et ils mesurent parfaitement combien étroite est, dans cette crise, la marge d’un gouvernement, qu’il soit de gauche, de droite ou de nulle part.

Ce n’est pas, non plus, que nos partis d’opposition soient devenus tout à coup responsables et raisonnables. Ils sont bien tentés par la surenchère et la démagogie, et ils s’y laissent aller de temps à autre. Mais leur apparente retenue sur l’enjeu économique trouve aussi son explication – c’est la deuxième raison – dans leur calcul post-élection partielle. L’un ou l’autre parti est en train de vivre ses derniers mois dans l’opposition. L’un et l’autre aspirent à une alliance électorale avec les partis de gouvernement. Les uns et les autres savent que la gouvernance des prochains mois, et peut-être des prochaines années, va être rude et chaotique, quelle que soit l’équipe au pouvoir.

Voilà comment l’élection de Moka-Quartier-Militaire est en elle-même un exercice restreint. C’est l’après qui importe. Et l’après ne sera pas déterminé totalement par les résultats de la partielle. Navin Ramgoolam a manoeuvré pour garder ouvertes ses options même si sa préférence politique ne fait aucun doute. La question qui mérite d’être posée, à ce stade, est celle de savoir ce qui convient le mieux au pays dans les circonstances actuelles. J’ai déjà dit ma préférence : la situation est suffisamment grave pour justifier un gouvernement de coalition tripartite, où les Travaillistes s’allieraient au MMM et au MSM ou à défaut, une alliance capable de produire la plus large adhésion possible.

Il faut cesser de décrier les gouvernements de coalition. Ils existent dans de nombreuses démocraties matures et servent bien l’intérêt national. Leur objectif principal est généralement d’obtenir un large consensus populaire, en particulier lorsqu’il s’agit de faire face à une crise grave, militaire, économique ou sociale. De même quand les autorités gouvernementales doivent prendre des décisions pénibles et impopulaires.

Et dans les sociétés pluriethniques comme la nôtre, ils servent surtout à rassurer les populations que leurs intérêts divers et parfois concurrents seront pris en charge. En temps de crise, la concurrence entre groupes s’exacerbe et devient malsaine parce que les clivages ethniques se superposent aux divisions de classe. Les sociologues et les anthropologues connaissent bien ce réflexe et cette menace. Ces risques ne doivent pas être sous-estimés. A Moka-Quartier-Militaire, l’ancien partenaire de Paul Bérenger est engagé dans un « remake » coûteux et ostensible de 1983, cette campagne sournoise qui n’avoue pas son nom. Elle est toujours aussi efficace, peut-être plus encore aujourd’hui, contre un Bérenger dépouillé par le temps qui passe de son auréole ancien et soutenant un candidat que le MMM d’une autre époque eut voué aux gémonies.

C’est donc une fois de plus Navin Ramgoolam qui scellera le sort du pays. Au lendemain de la partielle, s’il est fidèle à sa parole, il devra se hâter et lancer enfin les discussions sur la nécessaire réforme de la loi électorale pour y introduire une dose suffisante de représentation proportionnelle et décider de la configuration de sa prochaine alliance électorale.

Les résultats de la partielle, les marges entre forces en présence ne serviront qu’à la table des négociations.
Il reste à savoir qui y sera invité. A moins que se dresse une autre table, malgré l’autre Jugnauth…

 


Commentaires

Par Ghazi / Shaheed
Feb 24, 2009
the same circus goes on but with different circus masters
Par Mandouq
Feb 24, 2009
Yes for electoral reform. Yes for equal opportunities Bill. We need to have a serious debate about "decentralisation of power" , as well as finding out how to curtail the size of our inefficient, regressive, and costly bureaucracy.
Par Sen
Feb 23, 2009
The idea of a unity Govt. at this critical time is a worthy proposal in Principle but an explosive solution in Reality. J.C. de l'Estrac is well placed to know that the proposal for a Govt. of national unity with Berenger in the midst contains the seed of self-destruction. It is the best recipe for political instability, economic chaos and a resulting social unrest. It may sound unfair but this is the reality peppered with a fine dose of 'clairvoyance'. Is it not said that the future belongs to those who can anticipate. A tripartisan Govt. will work if it singles in the best brains from each party (big or small) to lead the country through the rough seas ahead. Notwithstanding my own reading, as above, of a tripartisan Govt as proposed by Jean Claude de L'Estrac, I also tend to believe that a Govt. which comprises the brightest brains (young and old) of our land, a Govt totally devoid of politicians, should be able to propel Mtius into the future with professional maturity, sincerity of purpose and far-sighted vision. The current Governor of Lagos is currently doing wonders for his country. The reason, he says, he has chosen NOT to be a politician. Likewise, Dubai has emerged as an economic powerhouse. Its great ruler claims that he is NOT a politician but proudly lives and works as a Poet at the service of his people. Those close to Obama are unanimous in qualifying him, not as a President who happened to have written books but a bright and young author massively chosen to lead the US out of chaos. May God bless Mauritius … one day!
Par Emiliano Z
Feb 23, 2009
Whichever way the double-headed coin falls, the dynasty wins and representative democracy loses - again.
Par Joyful
Feb 23, 2009
Sorry Joy but it's easy to know that you are a supporter of Pravin,
Par joy
Feb 22, 2009
I agree that the elections in No8 would not necessarily be the determining factor of future alliances for the 2010 elections. The country needs people who can work seriously. A good example is to look back: Real economic success was achieved when the MSM, the Labour Party and the PMSD joined hands in 1983. They did a very good work that was termed as the 'Mauritian Economic Miracle'. People from the MSM, the Labour Party and the PMSD have a working culture and they did what was required. We all know why the 1982 60-0 was a failure. When the MMM formed the 2005 govt, the result was economic disaster and this was confirmed by Mr Berenger himself. What we need today is efficient people from the Labour Party, the MSM and those from the PMXD as well as one or two from the MMM. But Paul should remain OUT or be in opposition. Not only the country will be then able to surf safely through the current world depression, but economic success will be guaranteed. History will repeat itself!
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