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Suresh Munbodh : «Ne pas bricoler avec les ressources humaines
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Nazim Esoof  |  14/06/2011

Quelle doit être la gestion de l’enseignement technique à Maurice ?

Tout doit être inscrit dans une vision globale. Il s’agit de savoir où on veut mener le pays. Permettez-moi de faire un petit historique pour mettre les choses dans leur juste perspective. Lorsque la question de l’éducation technique était venue sur le tapis dans les années mi-75, il existait le projet – à l’initiative de la Banque mondiale (BM) – de créer des JuniorTechnical Schools (JTS). J’étais alors Education Officer, rattaché au ministère de l’Education, et j’ai combattu ce projet parce que dans le cadre de celui-ci, on devait proposer des matières techniques jusqu’à la Form III uniquement. On ne pouvait pas gaspiller de l’argent. Le pays avait besoin de ressources humaines afin d’accentuer on développement. Finalement, les JTS vont devenir les State Secondary Schools (SSS). Et 10 ans plus tard, à une conférence, la BM reconnaissait que les JTS, mis en place dans 21 pays africains, avaient été un échec total.

Par la suite, en 1979, j’ai été appelé à agir en tant que coordonnateur pour une Model Secondary School à Flacq, où on allait enseigner des matières techniques. J’ai travaillé sur le projet en l’étoffant et il deviendra finalement le Lycée polytechnique. La philosophie derrière est qu’on avait besoin de techniciens qualifiés. Je me suis aussi battu pour qu’on ne prenne pas uniquement ceux qui avaient échoué aux examens du Certificate of Primary Education (CPE).

Justement, cette perception que la filière technique n’est bonne que pour les recalés du système académique perdure…

Ce cliché était et est toujours persistant. Mais, il est à savoir qu’il faut des gens avec des aptitudes pour des études techniques. Personne n’est bon à rien. Au début, les jeunes n’étaient pas intéressés par l’éducation technique. Or, il nous faut des techniciens et ouvriers qualifiés. C’est ainsi que, dès le début, nous avons proposé deux types de brevet, le brevet technicien et le brevet d’aptitude professionnelle. I y a eu beaucoup de choix à faire et leur justesse fait que le Lycée polytechnique est le seul établissement à ne pas avoir été converti jusqu’ici en école secondaire.

Comment s’est mis en place l’IVTB ?

Le projet de loi avait été présenté en janvier 1989 par le ministre de l’Education de l’époque, Armoogum Parsuramen. Il était question de la création d’une école technique. Mais, je me suis battu pour qu’on ne se limite pas à cela et qu’on y ajoute la formation professionnelle. Il nous fallait, à ce moment-là, une institution responsable de la formation professionnelle et non une institution qui fasse du «bricolage».

En mettant à contribution le secteur privé et avec le dévouement du personnel, l’IVTB (NdlR : dont les activités ont été reprises par le Mauritius Institute of Training and Development) devait rapidement connaître le succès. C’est ce qui fait qu’on a pu ensuite lancer l’Ecole hôtelière, décentraliser la formation, renouveler régulièrement nos équipements, faire construire le bâtiment de Phoenix, entre autres. La devise a toujours été : la formation pour tous. Au début, seulement 10 % de nos élèves arrivaient jusqu’à la Form V. Après quelque temps, tous y sont parvenus.

Quelles sont, aujourd’hui, les perspectives de carrière pour ceux qui entreprennent des études techniques ?

L’avenir du jeune dépend de la qualité de ces études. Et pour obtenir de la qualité, il faut un bon programme d’études. Dans la filière technique, il est aussi important de renouveler souvent les équipements et de monter en gamme au niveau du management. L’innovation doit être constante et nos institutions, dans cette filière, doivent être en phase avec leur époque.

Faudrait-il créer un ministère de l’Enseignement technique ?

L’éducation et la formation sont deux choses différentes. Au début, l’IVTB était placé sous l’autorité du bureau du Premier ministre. Ensuite, il est passé sous la tutelle du ministère du Human Resource Development. Aujourd’hui, la formation est devenue quelque chose de fondamental. Il nous faut une culture de la formation. C’est la raison pour laquelle je pense qu’il faudrait créer un ministère de la Formation. L’éducation technique, elle, peut rester sous le ministère de l’Education. L’important, c’est de ne pas «bricoler» avec les ressources humaines.

Entretien réalisé par Nazim Esoof
(Source : l’express iD, mardi 14 juin)

    

Commentaires

Par:-s . Benimadhu
bravo for the article
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