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Stéphane Henry: «Nous attendons une correction en Bourse pour mai ou juin »
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Pierrick PÉDEL  |  04/05/2011

● Après la correction enregistrée en février-mars, le marché est revenu vers ses plus hauts niveaux. Faut-il s’attendre à une nouvelle correction ?

La correction à Maurice viendra sans doute d’une correction sur les places financières internationales. Ces marchés sont actuellement très tendus, avec un dollar sous pression, qui a perdu 10 % de sa valeur face à l’euro depuis le début de l’année. Les experts pensaient que c’était l’euro qui allait baisser, compte tenu de la crise de la dette en Europe, mais c’est le contraire qui s’est produit. Aux Etats-Unis, les chiffres de l’économie ne sont pas bons.

Il semblerait qu’il y ait une stratégie de faire reculer le dollar, afi n de provoquer une réévaluation du yuan chinois.

Traditionnellement, la tendance est très nerveuse sur les marchés au mois de mai. La volatilité des places internationals devrait se propager à Maurice. Nous attendons donc une correction ce mois-ci, ou en juin.

● Pourtant, les fondamentaux économiques mauriciens ne sont pas si mauvais ?

Effectivement, le contexte mauricien est plutôt bon. Nous attendons une croissance économique de plus de 4 % cette année. Le pays va également bénéficier de la croissance de l’Inde et de la progression des transactions avec l’Afrique. En fait, les grandes enterprises mauriciennes ne vont pas tellement profiter de la croissance interne, mais plutôt de leurs activités à l’étranger. Quand on voit la Mauritius Commercial Bank, l’on constate qu’une part de plus en plus importante des profits provient des activités pratiquées hors des frontières.

Dans le sucre, les groupes qui restent à Maurice connaissent des difficultés. Mais Ciel Agro-Industrie, qui a investi dans une unité de production en Tanzanie, y réalise des bénéfices importants.

● Il y a pourtant eu des échecs ...

Je ne dis pas que le développement à l’international est facile. Certaines sociétés connaissent des difficultés.

United Basalt Products (UBP), par exemple, doit faire face à des problèmes à Madagascar et au Sri Lanka. Les investissements dans le sucre au Mozambique ou en Côte d’Ivoire ont rencontré des difficultés majeures. Mais force est de constater que les grandes entreprises mauriciennes ont du mal générer des taux de croissance sur leur marché intérieur, qui reste limité. Elles n’ont pas d’autre alternative que de se développer à l’étranger.

● Quel est l’impact de la remontée des taux d’intérêt ?

Dans un contexte de reprise économique, la remontée des taux d’intérêt est saine. Maintenant, il ne faut pas que l’inflation déborde trop. Mais nous ne sommes pas trop inquiets, car le dollar reste faible. Les hôtels, qui sont particulièrement endettés, ont aujourd’hui la possibilité d’emprunter en euros, et donc d’emprunter à des taux plus bas, tout en repayant la dette avec les euros reçus de leurs clients.

● Quels sont les secteurs qui vous paraissent les plus prometteurs ?

Avec une roupie qui se stabilise, nous ne favorisons ni les importateurs ni les exportateurs. En fait, quel que soit le secteur, il faut regarder quelles sont les entreprises les mieux gérées. Il faut notamment voir si l’équipe de management est capable de générer des profi ts. La stratégie à l’international est également très importante.

● On parle d’un rebond dans l’hôtellerie...

Le marché des hôtels va connaître une reprise, mais elle sera lente. Actuellement, ce sont les 3-étoiles qui marchent bien. Le repositionnement sur les 5-étoiles va prendre beaucoup de temps. Par ailleurs, les groupes hoteliers sont extrêmement endettés. Et en termes de multiples de bénéfices, ils se paient très chers. Leur PER (price earning ratio, rapport cours/bénéfi ce) est très élevé. A noter que l’initiative de Sun Resorts est intéressante. L’Invest Hotel Scheme (IHS), qui permet au groupe de vendre une partie de ses chambres au Long Beach, va lui procurer une bouffée d’oxygène. L’impact sur les bénéfices et le cash fl ow va être important. Si les 90 chambres IHS sont vendues, cela représentera Rs 800 à 900 millions.

● La construction a également bien performé.Cela peut-il continuer ?

Nous sommes dans un cycle fort en ce qui concerne l’immobilier, et surtout les infrastructures. Il est clair que des groupes comme Gamma Civic ou UBP vont être les grands gagnants de ce contexte favorable.

● La perspective d’une nouvelle hausse des taux ne va-t-elle pas affecter les banques ?

La très grande majorité des prêts à Maurice sont à taux variable. Une remontée ou une baisse du loyer de l’argent n’affecte donc pas trop les établissements de crédit. Pour les banques, l’important c’est de pouvoir réinvestir les dépôts de leurs clients dans des prêts.

Car l’investissement dans les bons du Trésor n’est pas intéressant, compte tenu de la faiblesse des rendements.

Le seul problème, c’est que l’essentiel des demandes de prêts concerne l’immobilier, et il existe ainsi une certaine saturation. Les établissements de crédit cherchent donc d’autres relais de croissance. Là encore, on constate la nécessité pour les banques de regarder vers l’étranger.

    
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