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Karim Jaufeerally (IELS) : «Bon marché, le péage ne servira à rien»
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Propos recueillis par Iqbal Kalla  |  13/02/2011

Membre du Institute for Environmental and Legal Studies, Karim Jaufeerally est très sceptique concernant l’introduction du péage à Maurice.

Les Français râlent contre l’augmentation de 2,24 % du péage d’autoroute. Ce qui est qualifié comme un mauvais coup pour les automobilistes pourrait peut-être un encouragement au covoiturage ?

Je vois difficilement comment une modeste augmentation de 2% du péage peut pousser les gens vers le covoiturage. Seule une augmentation soutenue et importante des coûts du transport peut changer durablement les habitudes des citoyens. Même à Maurice, le péage que compte introduire le gouvernement ne changera pas les habitudes. Si le péage est bon marché, cela ne changera rien et s’il coûte cher, cela ne passera pas politiquement.

Ashok Subron propose un système de transport collectif gratuit. Est-ce une solution réaliste à la congestion routière et aux dépenses pour les carburants ?

Un système de transport collectif gratuit pourrait aider mais il serait naïf et donc erroné de croire qu’un tel système à lui seul serait suffisant pour résoudre la congestion routière. Mais avant de proposer des solutions à la congestion, il faudrait peut-être en examiner les causes. Nous avons un problème de congestion routière parce que depuis des décennies nous voulons tous à tout prix être à Port-Louis au même moment le matin et nous voulons tous quitter Port-Louis au plus vite au même moment l’après-midi. Nous refusons de faire du flexi time, du covoiturage. Nous voulons tous bâtir de hautes tours à Port-Louis et nous refusons obstinément de délocaliser hors de Port-Louis certains services. D’ailleurs, comme tous les autres pays, depuis des décennies, nous avons privilégié à outrance la voiture individuelle comme moyen de transport. Dans de telles conditions, comment croire que des solutions à la congestion routière puissent exister ?

L’Agence française pour le développement a fourni une expertise technique sur l’utilisation de l’éthanol comme carburant. Encore des vœux pieux comme l’éolienne à Rodrigues ?

Si les prix du pétrole continuent leurs envolées et se maintiennent à des niveaux élevés, il est fort possible que toutes les réticences concernant l’éthanol se dissipent, car les impératifs économiques seront trop présents et donc impossibles à ignorer.

Pensez-vous que les Mauriciens sont suffisamment conscients de leurs responsabilités civiques en matière de développement durable ou bien leurs priorités c’est la satisfaction de leurs besoins au jour le jour ?

Pour beaucoup de monde, les bas salaires, la vie chère, la précarité croissante de l’emploi font que la satisfaction des besoins de base passe avant tout. Et personne ne peut blâmer la population pour cela. D’ailleurs qu’est-ce que c’est le développement durable ? N’est-ce pas un paravent de couleur verte derrière lequel on peut continuer à développer à outrance tout en prétendant ne pas porter atteinte à notre environnement ? Car, en fin de compte, le but du développement n’est-il pas devenu une course effrénée et sans fin vers une accumulation vulgaire de richesses financières ? Le temps n’est-il pas venu de questionner la pertinence pour notre société de cette course sans fin vers toujours plus de richesses qui nous épuisent, qui détruisent notre environnement et qui empoisonnent les relations humaines ? Le temps n’est-il pas venu de questionner notre système économique ? Celui-ci, gaspilleur, pollueur, inéquitable est totalement dépendant du pétrole dont la production stagne depuis 2005.

Par ailleurs, à n’importe quel moment la production pétrolière mondiale risque d’entamer un lent déclin, déclenchant ainsi de graves instabilités dans les prix et des pénuries physiques. Alors pourra-t-on toujours croire au développement durable ?

On parle d’éco-tourisme alors que nos plages se dégradent, nos coraux souffrent et nos espaces verts sont envahis de détritus…

Depuis presque 10 ans, on fait un peu d’éco-tourisme car cela rapporte à l’industrie touristique dans son ensemble. La dégradation de l’environnement, surtout côtier, ne semble pas être un frein à cette activité. Au contraire, plus l’environnement se dégrade, plus on veut faire de l’éco-tourisme, et plus l’environnement sera à risque car il y a toujours besoin de croissance. D’ailleurs le gouvernement veut passer la barre du million de touristes cette année et atteindre deux millions en 2015. Espérons que tel ne sera pas le cas ! L’éco-tourisme n’est en fin de compte qu’un outil de plus pour attirer encore plus de monde à Maurice pour satisfaire notre soif de croissance.

    
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