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Etranglement et dégringolade
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Par:-  Finlay Salesse

On 25/10/2010

Il y a plusieurs manières d’étrangler une presse et de réduire au silence des journalistes qui dérangent pour qu’ils cessent de fouiner et de dénoncer les dérives du pouvoir. Maurice a vite fait d’apprendre de ce qui se fait ailleurs dans le domaine de l’intimidation et d’étranglement de la presse indépendante quitte à porter le bonnet d’âne et se retrouver au piquet de la classe des Reporters sans Frontières par une dégringolade spectaculaire de pas moins de quatorze étages à l’indice de la liberté.

Quelques états liberticides n’hésitent pas d’envoyer en prison des journalistes ou de les trucider. Grigori Pastor a fait dix ans de taule pour avoir enquêté sur les pannes des sous-marins nucléaires russes et Anna Politkovskaïa a été assassinée pour avoir dénoncé les massacres de l’armée russe en Tchétchénie. En France, l’Elysée peut faire pression sur un certain nombre de groupes de presse pour faire renvoyer des journalistes à l’instar du rédacteur en chef de Paris Match et peut même censurer des articles. Un journal parisien en a fait les frais pour avoir enquêté sur l’abstention de Mme Cécilia Sarkozy au second tour. Ce sont des méthodes primaires des puissants qui estiment qu’ils peuvent agir en toute impunité pour réduire au silence des voix discordantes ou dissidentes. Depuis est né un nouveau sport en France : le media boxing.

Il y a, comme on le sait, d’autres moyens plus subtils non moins efficaces. Le meilleur demeure l’étranglement économique. En Italie, le président du Conseil, Sylvio Berlusconi, qui contrôle personnellement plusieurs médias, veut réduire au silence l’Unita et le Reppublica en leur privant de la publicité gouvernementale réservée aux journaux qui sont à sa botte. Au Maroc, Nichane, l’hebdo arabophone indépendant, vient de mettre la clé sous le paillasson totalement asphyxié faute de publicité gouvernementale contrôlée par un ‘holding’ royale.

Ahmed Benchemsi, le directeur de Nichane, il est vrai n’a cessé de dénoncer les dérives de Mohammed VI. Ces exemples ne sont pas exhaustifs. Dans nombre de pays africains, la notion de liberté de la presse n’existe même pas parce que, loin des projecteurs, des journalistes croupissent en prison et crèvent dans l’indifférence générale.

Mais d’autres méthodes aussi existent pour tenir les journalistes en laisse, pour les museler afi n de leur interdire d’aboyer. C’est une formule de Dan Rather, journaliste à «CBS» pendant des années avant d’être réduit au silence. La recette est toute simple : créer tout un arsenal juridique de répression prétendument pour protéger le citoyen et pour sanctionner les manquements des journalistes à l’éthique ou la déontologie. C’est le cas en ce moment en Afrique du Sud qui veut instituer un «Tribunal des Médias» qui dépendrait d’un pouvoir politique corrompu. A ce titre, le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Mail and Guardian, Nicholas Dawes, réplique que c’est totalement superflu parce que n’importe quel journaliste sud-africain peut être jugé pour diffamation.

Il y a aussi la parade d’encourager d’autres groupes disposant de puissants moyens à se lancer dans l’industrie de presse dans le but de limiter l’influence de la presse indépendante. Soit ! Tant que cette tentative se résume à une saine concurrence qui ne soit pas doublée d’un boycott pour mettre à genou ceux que le pouvoir considère comme des empêcheurs de tourner en rond !

Navin Ramgoolam, il faut lui reconnaître ce mérite, s’est manifestement beaucoup inspiré de ce qui se pratique ailleurs dans sa tentative de déterminer la ligne du curseur du politiquement acceptable.

 


Commentaires

Par And what if...?
Oct 28, 2010
(...) It is quite amusing that Finlay does not mention Singapour ( of the Wan kyus)' s treatment of "troublesome" journalists.....
Par PLOUM PLOUM- A FREE PRESS ?
Oct 27, 2010
While I remain uncompromisingly steadfast to the premise of a FREE PRESS AT ALL TIMES AND ANYWHERE, I am yet to be convinced, despite brave attempts by the likes of Finlay and Gilbert, both of whom I have but respect for their professionalism, that we are faced with the prospect of a subservient or acquiescent press, let alone “ Une Presse muselée”. As long as the like of the lady Sunday Editorialist at Week-End is alive and kicking, we can rest assured that there is a Free press in Mauritius. The current standoff between JCDL and the Prime Minister stems from the incestuous relationship between “ une section de la Presse”, voire meme, des personalités de la Presse” [] to use a popular terminology] and "Politiciens de tout bords". One minute they are copains-copains, the next minute, ils sont les frères enemis ! What we need now, is a true debate on the state of Journalism in Mauritius, given that in our day and age , the press is not about JOURNALISM but about CORPORATE MEDIA,and JOURNALISTS ARE EMPLOYED TO MAXIMISE INCOME FOR THEIR EMPLOYERS. Gone are the days when Journalists will publish and be dammed. Nowadays, the profit element of NEWS is the DRIVING MOTIVES OF JOURNALISM. Mauritius needs to re-define the relationship between JOURNALISTS and POLITICIANS on the one hand, and JOURNALISTS AND BIG BUSINESSES, on the other hand. And finally, Mr Finlay, while it is always impressive to back up an argument with endless examples from abroad, it will serve the cause if we could MAURITIANISE the debate. Amitiés.
Par democrate
Oct 27, 2010
Dans le présent débat sur les relations entre la pressse et le pouvoir, il ne faut pas perdre de vue l’essentiel. Le gouvernement veut faire accroire que son contentieux avec la presse se limite à un groupe de presse qui lui est soi-disant hostile. Or, les actes d’intimidation et de boycott de ce groupe de presse font partie d’une intolérance générale à la critique qui touche tous ceux qui veulent exercer leur droit d’expression : journalistes, syndicalistes, artistes, leaders d’opinion et opposition parlementaire. Le gouvernement concentre ses attaques contre la presse indépendante parce qu’elle demeure le seul contre-pouvoir crédible capable d’éclairer l’opinion publique sur les enjeux importants. Le piétinement des droits de tous ces agents de la société civile est révélateur d’un problème fondamental : la fascisation croissante de la société en vue de l’instauration d’un pouvoir monarchique sous le couvert d’une deuxième république. Non content de garder un monopole sur la télévision publique, devenue propagandiste partisan par excellence, le gouvernement veut limiter la liberté de parole des radios privées. Se servant de l’argent public, il finance la presse régimiste à coups de millions de roupies en publicité tout en pratiquant le boycott publicitaire des titres d’un groupe de presse. Abandonnant la démocratie parlementaire traditionnelle, le pays se dirige vers un modèle de société qui s’inspire du modèle chinois où le capitalisme d’Etat fondé sur le parti unique ne permet aucune critique du gouvernement. Dans le modèle mauricien en gestation, un Etat totalitaire agit de connivence avec un nouveau capitalisme (opposé au capitalisme historique) pour réprimer la presse libre. Quand un conglomérat économique puissant, bénéficiant de surcroit des faveurs de l’Etat, s’invite dans le secteur des médias avec l’intention d’en prendre le contrôle pour développer une presse complaisante et servile, il faudra dire adieu à la liberté d’expression dans ce pays. Que ce conglomérat veuille diversifier ses intérêts au nom de la liberté d’entreprise n’est pas repréhensible en soi. Mais qu’est-ce qui peut pousser un conglomérat économique à investir dans un secteur qui n’est pas une source de placement très rémunératrice, quand on sait que les journaux ne peuvent survivre sans publicité payante. L’Etat veut changer la nature de la propriété (business ownership) dans la presse pour remplacer un type d’actionnariat indépendant par des actionnaires acquis à sa cause. Jusqu’ici, les médias indépendants appartiennent à des groupes d’actionnaires privés dont les intérêts collectivement ne sont pas subordonnés aux intérêts d’un conglomérat économique quelconque. Si les compagnies privées accordent de la publicité payante aux journaux, elles ne contrôlent pas pour autant la ligne éditoriale de ces titres. Mais si des titres de presse indépendants tombent sous le contrôle majoritaire d’un conglomérat économique, il n’y aura plus de presse libre à Maurice. Paradoxalement, ce même gouvernement qui dit vouloir démocratiser l’économie veut s’assurer un contrôle monopolistique (control by proxy) sur la presse par le biais d’un conglomérat économique qui joue aussi le rôle de bailleur de fonds politique. Quand l’Etat et le capitalisme de presse sont en symbiose, c’est le règne de la pensée unique.
Par Vijay
Oct 25, 2010
Que pensent les "bien-pensant démocrates" dans les ambassades dites démocratiques de l'Angleterre ou la France, de ce pertinent article de Finlay Salesse?
Par Mr X
Oct 25, 2010
If they can't silence you, they'll invite you to an abduction : (
Par Baltazar
Oct 25, 2010
Chitchat a raison. Le berger Navin avec une opposition de moutons n'a peur que des loups de L'Express qui guettent ses moindres défauts pour l'attaquer. Pas seulement l'opposition, il y a aussi la plupart des syndicats qui sont conformes au pouvoir actuel. Mais malgré les représailles de Navin Ramgoolam envers La Sentinelle, L'Express se trouve toujours sur une plateforme assez solide. Aucune raison à se plaindre. Attaquant et riposteur, match nul pour les prochains 4 ans. À moins qu'une nouvelle opposition trouve le jour. Ce que beaucoup souhaitent.
Par narain
Oct 25, 2010
I fully support the analysis of Finlay Salesse.There are laws to bring to task journalists who cross the line. No need any supplementary support to curb do wn press freedom. We are not South Africa and Navin Ramgoolam is not Jacob Zuma nor Sylvio Berlusconi.
Par Debby
Oct 25, 2010
Il est normal que le pouvoir soit en conflit avec la presse, c'est très sain pour notre démocratie. Mais cela devient malsain quand le pouvoir veut réduire la presse au silence. Parce que la presse, c'est la voix du peuple.
Par Rajen B
Oct 25, 2010
Navin pe fer tout pou touffe la presse qui pas a genoux devant li pou li capave fer banne maja caro. Festival de la terre pe continuer a grand bal dans Maurice et banne ti copains te tappe plein. Bientot la plage Mon Choisy pou disparet au profit banne ti copain couma Tarissa. Tout sa la grace au support ki PTr ena dans la campagne cotte ena beaucoup dimoune toujour laisse zotte embeter. Avant election zotte enbette dimoune la campagne beaucoup mais apres election zist zotte proche ki tappe plein. ti dimoune beze dans karo... camouade la campagne arrete donne zot flanc ..ine ler pou change sinon sa pays la pou finne en ruine et nous zenfant pou conne la misere noire. Nu ena ene PM ki ziste fere escale Maurice et la pluspart du temps, he is having good times abroad..
Par René Réno
Oct 25, 2010
Tout pays où des dirigeants politiques trempent dans (dans des affaires louches) veulent forcément et par tous les moyens bâillonner la PRESSE. Cela commence par là ensuite c'est le peuple qui se voit privé de sa liberté d'expression et de pensée.
Par chitchat
Oct 25, 2010
Navin Ramgoolam is an aspiring PM, he means well, only ill-health would force him to quit. Few of his cabinet are worthy of their job, they often clangers for which he's blamed. The monumental incompetance of the opposition gives him an easy time. He perhaps sees la sentinelle as the voice of the qpposition and that's a thorn in his flesh as he would rather respond to all criticism of his government in parliament than in public to the journalists of Lexpress. Gagging the press is an easy option.
Par Gurudev
Oct 25, 2010
You are unfortunately right Finlay. This is a dangerous tendency to supress the press. But I don't think that Navin will go that far.
Par wisdom
Oct 25, 2010
Pas lesse pouvoir sappe dan ou la mai.Qui ve dir tou pouvoir dan mo la mai.
Par Rajen S.
Oct 25, 2010
Hello there, this is a brilliant illustration enriched with pertinent examples. Bravo.
Par jacky
Oct 25, 2010
Desole de rebondir sur cet article afin de faire un commentaire, mais pouvoir dans so la main boug la. Pena personne pou kav bouze li ou arete li. Enfin mo pa encore trouve sa dimune la ziska zordi. Ena encore quatre ans nou ena encore pou trouve de quoi est capable notre Navinus Gaius. Bel capacite li ena. Dimune St Thomas dans ca pays la. Quand zot f... pou dan dife lerla zot pou trouve ki Navin pire PM ki Maurice ine ena. Anerood Gajudhur ti pou fer ene pli bon PM qui li mo pense.
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