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Par:-  Raj Meetarbhan

On 12/10/2010

«Si nous ne voulons pas être une société de moutons domesticables et manipulables par toutes les formes de pouvoir, y compris celui de la science, il faut défendre la littérature.» C’est une des plus célèbres citations de Mario Vargas Llosa, le prix Nobel de littérature 2010.

Il enjoint ainsi tous à refuser le bâillon et à faire front commun pour protéger leurs acquis. Sa prise de position sur les enjeux de liberté devrait inspirer à notre pays, en ces temps menaçants, une réflexion sur la responsabilité de chaque citoyen.

Les conditions qui prévalent depuis les dernières législatives ne favorisent pas l’émergence d’une société civile forte capable de s’exprimer sur les questions telles que les Droits de l`Homme, la corruption ou l’absence de démocratie. Face à un pouvoir omnipotent et surtout vindicatif, beaucoup d’entre nous ont choisi de se taire plutôt que de prendre position sur les questions vitales et exercer une pression pour éviter les dérives.

Samedi, un collectif composé de mouvements syndicaux avait invité les travailleurs à manifester contre la vague de suspensions «arbitraires» et de licenciements «injustifiés». Finalement, ce Front Anti-Répression (FAR) n’a pas mobilisé plus de 500 personnes à Rose-Hill. Manifestement, les licenciés de Ti Vegas et de Plaisance Catering Ltd (PCL), pas plus que les employés suspendus à la MBC et à Air Mauritius, ne suscitent la sympathie.

En tout cas, pas assez pour inciter les Mauriciens à descendre dans la rue et se faire entendre. Les syndicats voulaient donner «enn warning» au patronat. Ils ont, eux-mêmes, reçu un avertissement. L’échec de samedi leur a permis de mesurer leur faiblesse.

La démobilisation des travailleurs s’explique en partie par la cacophonie qui règne parmi la direction de la classe syndicale. Mais leur passivité est avant tout une conséquence de la manière de faire des dirigeants politiques. Ceux-ci sont intolérants à la critique.

Quel message est donné à la société civile quand on arrête des journalistes et qu’on les traîne devant les tribunaux ?

Il y a, bien entendu, l’action militante de Jack Bizlall et de quelques autres leaders syndicaux dont Deepak Benydin, Jane Ragoo et Atma Shanto mais leur message est brouillé par les syndicalistes qui sont en mode «collaboration» plutôt que «contestation».

L’un d’eux a trouvé moyen, la semaine dernière, de faire un discours sur l’histoire du syndicalisme mauricien en occultant la lutte des travailleurs durant les années 70. Il prenait la parole à une cérémonie à laquelle le Premier ministre était invité.

Le désengagement ne se limite pas qu’aux acteurs de la société civile. A court de projets, l’opposition brille par son absence dans le débat politique.

 


Commentaires

Par democrate
Oct 13, 2010
Une société passive, marquée par l’indifférence, l’insouciance et le je-m’en-foutisme généralisé, est le prélude à l’avènement d’une dictature légale. La passivité fait toujours le lit du fascisme. A l’exception de quelques syndicalistes, universitaires et journalistes indépendants, la société mauricienne est devenue amorphe parce qu’elle est traversée par une peur viscérale. La peur du licenciement en ces temps précaires fait taire les revendications des travailleurs. La peur de la persécution par un Etat policier musèle les critiques. Justement, l’acharnement de l’Etat à intimider, persécuter et condamner des éditorialistes trop francs, à arrêter des adversaires politiques pour des peccadilles et à lancer des mises en garde à tout le monde a pour but de lancer un signal très fort à la population : qu’elle se résigne à son sort. En revanche, l’Etat permet à ses chiens d’attaque de vociférer, d’insulter et de brûler selon la méthode nazie. Face à la complaisance de l’opposition, qui cherche en vain une fissure dans les rangs du gouvernement pour se frayer un chemin au pouvoir, et la démission des intellectuels trop attachés à leur confort, que peut faire le commun des mortels, sinon « rode ène boute ». Pour citer Yeats, nous vivons à une triste époque où « the best lack all conviction while the worst are full of passionate intensity”.
Par Starbright
Oct 12, 2010
Journalists are very similar as all of us, their main goal is to make a living and the best way to do it is to keep quiet sometimes.Self- censorship is commonplace in the news media today.Many Journalists acknowledge they have softened the tone of stories to benefit the interests of their organization.There is a general agreement about the extent of selfcensorship and it's principal causes.Market pressures--manifested when newsworthy stories are avoided because they are too boring or complicated---are seen as the most common factor.Majorities in the print and broadcast media acknowledge that newsworthy stories are often or sometimes avoided because of their complexity or lack of audience appeal.
Par jim
Oct 12, 2010
Well said...this is the case for most individuals, journalists included. Society, shareholders, investors and the public at large prefer a harsh boss. The more you shout the more you are liked. Silence is a virtue.
Par Baltazar
Oct 12, 2010
I full agree with Jincy D'Olo." Saken get so zafer ". les syndicalistes, les journalistes et même l'opposition ont tous adoptés le principe des suiveurs des " nou banes ".On ne solidarise plus. Chacun mène son combat seul contre une unité d'égoistes, de foupamalistes et d'opportunistes. C'est vraiment triste.
Par Jincy D'Olo
Oct 12, 2010
When someone has a secure job, he sits square on it, and would endeavour not to displease the "boss" regardless of how he is treated.Would not voice any opinion that can cause friction or frustration, well as long as he keeps his job, no matter what can happen to the fellow worker next door.Boeuf dan disable.....this mentality is in borne in most Mauritians,sad to say
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