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Presse: s’agit-il bien de réguler ?
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Par:-  Par Gilbert Ahnee

On 11/10/2010

Lorsqu’ils suggèrent une forme quelconque de régulation de la presse, nos politiques savent-ils vraiment de quoi ils parlent ? A en juger par la tonalité de certains discours, par les velléités répressives et punitives qui s’en dégagent, il y a lieu de craindre qu’une volonté d’affi rmer la prééminence du pouvoir élu n’en vienne à compromettre une avancée démocratique sur le point d’aboutir.

La régulation de la presse et le type de recours proposé aux citoyens relèvent d’un thème susceptible de démontrer la puissance de la propagande. Les pouvoirs publics et leurs journaux de complaisance n’ont pas arrêté, ces quelque vingt dernières années, de faire croire qu’«une certaine section de la presse» – formule aux sous-entendus que trop bruyants – était opposée à toute forme de régulation. Faux !

C’est sous la présidence de Jean-Claude de l’Estrac au Media Trust que fut commandité le rapport Morgan, ce dernier préconisant une forme de régulation proche de celle pratiquée en Grande-Bretagne. Au sein du groupe de presse qu’il dirigeait alors, en l’occurrence La Sentinelle, le même de l’Estrac contribua à l’adoption d’un code de pratiques professionnelles. Cela fut accompagné de l’institution d’un comité d’évaluation des doléances composé d’une spécialiste en communication, Roukaya Kasenally, d’un des pères fondateurs du journalisme moderne à Maurice, le Dr Philippe Forget, leurs travaux présidés par un ancien juge.

A l’initiative du directeur de Business Magazine, Lindsay Rivière, a été fondée, voici quelque cinq ans, la Newspapers’ Editors and Publishers’ Association (NEPA), ouverte à tous les responsables d’entreprise de presse et de rédaction de Maurice.

Alors que la vice-présidence de la NEPA était assurée par le rédacteur en chef du Matinal, Kiran Ramsahaye, poste qu’il occupe toujours, son comité a recherché le consensus et fi nalement adopté un code de pratiques. Publié récemment dans plusieurs journaux, ce texte est largement inspiré du code britannique, le document de référence de la British Press Complaints Commission. Refl étant bien l’industrie, le comité qui a adopté ce code de la presse mauricienne comprenait des représentants de Impact, du Journal du Samedi, des groupes Business Publications, Le Défi , Le Mauricien Ltd et La Sentinelle.

Les deux initiatives ci-dessus sont fondées sur quelques principes assez largement acceptés là où existent des systèmes user friendly d’autorégulation de la presse : 1) il n’est pas productif de soumettre les journalistes à des règles assorties de conséquences pénales, les tribunaux existant déjà pour cela ; 2) il est plus facile d’amener des journalistes à respecter un code si ce dernier a été rédigé par leur profession elle-même ; 3) l’existence d’un code considéré normatif tant par les journalistes que par les citoyens susceptibles d’être victimes d’abus rend possible d’envisager un processus de règlement convivial, peu coûteux et rapide des litiges ; 4) le processus ne prévoit pas de pénalités ; il ne vise qu’à rétablir une personne, le plus vite possible, dans ses droits, principalement son droit à une réputation non ternie ; 5) une
personne qui obtient gain de cause dans une affaire de ce type se dispense par la suite de saisir les tribunaux.

Le code de la NEPA est, à peu de choses près, le même que ceux adoptés par les presses nationales des grandes démocraties. Si, disons, un spécialiste tel que l’avocat australo-britannique Geoffrey Robertson était appelé par le gouvernement à faire des propositions pour la régulation de la presse mauricienne, on veut croire qu’il entendrait les personnes concernées et qu’il serait susceptible de prendre connaissance des codes existant déjà.

Connu pour ses positions ouvertes en matière de liberté d’expression, Me Robertson est néanmoins susceptible de ne pas approuver certaines pratiques de notre presse mais, plutôt que de donner le sentiment que la presse est monolithique, sans doute faut-il noter que ces pratiques sont également réprouvées par des journalistes mauriciens.

On pourrait rapidement énumérer ces pratiques qui ne font pas honneur aux meilleures traditions de cette profession à Maurice. Mais cela n’est que marginal. Pour la plus large part, pour l’essentiel, notre presse est digne, respectueuse des droits des citoyens ; elle ne monnaie pas ses articles, ses journalistes ne se livrent pas au chantage et à l’extorsion. Ce qui est, hélas, assez souvent la réalité dans bon nombre de pays, dont certains assez rapprochés. Maurice est exempte de ces pratiques. Devraient se le redire plus souvent ceux qui ne cessent de dénigrer la presse mauricienne, dont parfois un establishment obtus.

Dernière observation : la mise en place d’un système d’autorégulation et de règlement des litiges sera au service des citoyens. De ceux qu’on souhaite dispenser des frais requis pour saisir la justice. Ce ne sont pas les politiques qu’il s’agit de protéger. Et encore moins leurs lectures de l’histoire.

 

 


Commentaires

Par scanner
Oct 13, 2010
Le seul cas de "corporate giantism" infiltrant la presse à Maurice c'est le cas du BAI. Ploumploum bizzarement n'a rien à dire sur ce groupe. Ni sur les étrangers embusqués du Matinal. Pourquoi cette haine ciblée contre JC de l'Estrac? Il a déclaré à la radio que c'est communal? Peut être que c'est vrai.
Par PLOUM PLOUM
Oct 13, 2010
Mr Ahnee, the title of your edito should really be “ De Quelle Presse parlons nous? Is it the Press that, jadis, was the search for TRUTH , the stuff political struggles were made of ( Vietnam, Algerie, Civil rights movements, Mandela) or is it Today’s Press where profits imperatives has replaced the noble civic responsibilities . Henry Holcomb, Journalist for 40 years and also the President of the Newspaper Guild of Greater Philadelphia, said that newspapers had a “clearer mission” back when he began reporting which was to “report the truth and raise hell.” But corporate pressures have blurred this vision, he said. According to Janine Jackson of Fairness and Accuracy in Reporting (FAIR) which is a news media watchdog group, 60 percent of journalists surveyed by FAIR admitted that advertisers “try to change stories.”. According to Noam Chomsky, a company such as the New York Times, has to sell products to its customers. Chomsky points out that the product is the audience, and the customers are the corporate advertisers. He went on to say “it is more about targeting those readers that can afford the products that are advertised and so it is almost like giving the advertisers what they want! . Newspapers and broadcast journalists are under “enormous pressures to replace civic values with commercial values. Mass advertising is no longer solely a means of introducing and distributing consumer goods, though it does that. It is a major mechanism in the ability of a relatively small number of giant corporations to hold disproportionate power over the economy. These corporations need newspapers, magazines, and broadcasting not just to sell their goods but to maintain their economic and political influence. The media are no longer neutral agents of the merchants but essential gears in the machinery of corporate giantism. And increasingly they are not only needed but they are owned by the corporate giants” End of Quote. Where was NEPA then, when J Delestrac was, tantot, journaliste, tantot ex-ministre, tantot proprietaire des Journaux.
Par CommunistManifesto
Oct 12, 2010
A Gilbert Ahnee: Pourquoi ne publiez vous pas ce que j'ai à dire ? Il me semble que cela donne à réfléchir aux autres lecteurs. Vous avez préféré publier les élucubrations d'un ressortissant francais qui se prend pour un grand défenseur des "droits de l'homme" dans le monde tout en menaçant qu'il pense que tous les Francais ne viendront pas à Maurice pour passer des vacances pour les décisions internes de notre république ! C'est étonant n'est ce pas ? Cela fait des lustres que les journalistes ont cette même position sur la question. Par contre, la société a changé aussi bien que ses attentes d'une democratie qui demande à être réinterprétée dans un nouveau contexte. Voila ce que j'ai ecris pour rééquilibrer le débat: "L'autorégulation est une farce. Soyons serieux. Il faut légiférer dans tous les secteurs d'une économie aussi bien que sur toutes les professions, journalistes inclus. Pas de demi-mesure, on y va a fond la caisse ! Si les journalistes s'autorégulent, pourquoi est-ce que les autres professions ne s'autoréguleraient pas aussi? Voyons, c'est pas serieux ! Ce sera le chaos dans pas longtemps car pourquoi est-ce que ceux qui ne se trouveraient pas dans le giron journalistique ne pourraient pas en faire autant? Même une économie a besoin d'être régulée ! On ne peut pas demander à être exempté de régulation aux depens des autres acteurs d'une société démocratique. Car c'est un contrat social qui nous lie les uns aux autres afin qu'il n'y a pas de chaos, dans le but de soutenir une société".
Par CommunistManifesto
Oct 12, 2010
A Rene Reno: Les Francais n'ont rien à dire sur les lois et prises de positions de Maurice. C'est une affaire interne. Je vous suggère les vacances chez al-quaeda si vous n'etes pas content de la "dictature" de Maurice.
Par John the Baptist
Oct 12, 2010
Au contraire, Rene Réno Little France vous comblera davantage avec l'émule de Sarkozy! Vous serez de moins en moins dépaysé même si vous faites partie des pires touristes au monde!
Par Starbright
Oct 11, 2010
This country values the ability of the press to comment freely on politics, people and events ( Not Religions),to criticize or support public figures and institutions for their actions, and to serve as a platform for others ,to declare radical or dissenting views.Such freedom does not exist worldwide. In return the public expects the press to uphold certain standards, be mindful of the right of those who figure in the news, and to remain , as far as possible, accurate in it's reporting.
Par Rene Réno
Oct 11, 2010
La suppression déguisée de la liberté de la PRESSE, le rétablissement de la censure qui ne veut pas dire son nom ainsi que le rétablissement de la peine de mort, ne peuvent être le fait que d'un totalitarisme et d'une dictature naissante. Je ne crois pas que les Français apprécieront dans l'avenir leur vacances à Maurice avec sérénité. René Réno
Par Daniel K
Oct 11, 2010
You have put your finger where it really matters Citoyen Libre. The real issue is between the oligarchs (business and political) + their respective mouthpieces in the media versus us (citizens being taken for a ride). Nothing will change until we speak up en masse. Everything else is blah blah blah.
Par Citoyen Libre
Oct 11, 2010
Parlons aussi des "journaux de complaisance" aux barons sucriers!
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