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Vijaya Teelock: «La Commission une manière de rétablir la mémoire des esclaves»
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Nazim Esoof  |  31/01/2009

L’historienne et vice-présidente de la Commission Vérité et Justice jauge les tâches de ladite Commission.

 

Comment accueillez-vous votre désignation à la Commission Vérité et Justice?

En tant qu’historienne, c’est un travail de recherche stimulant. Un véritable défi. Il s’agira de recueillir des informations et des témoignages fondés sur des documents et une certaine culture de l’oralité. Quant aux recommandations qui seront éventuellement faites, elles vont dépendre, dans une certaine mesure, des discussions qu’on aura avec le public et tous les protagonistes concernés.

Il s’agit de traiter de la question de l’expropriation et de prescription des terres? Comment aborder cette question sensible?

C’est certainement un contentieux qu’il faudra traiter. Encore une fois, il faudra se baser sur les documents. Mais que fera-t-on lorsque les documents n’existent pas? C’est en cela que le travail d’historienne devient celui d’un détective. Il s’agira de reconstruire le passé à travers des preuves indirectes. Dans ce genre de travail, il faudra toujours prendre en compte les vides et les preuves pour se faire une certaine image du passé. Essentiellement, il est question de monter un puzzle alors qu’on sait qu’il y a des pièces qui manquent.

Les gens ont tendance à faire valoir ce qu’ils pensent aujourd’hui…

Il faudra aussi prendre en compte ce que les contemporains ont à dire du passé. Tout en évitant de transférer sa représentation d’aujourd’hui sur le passé. Il importe de regarder le passé avec les yeux du passé. Pas avec les lunettes du 21e siècle. Il est important de comprendre pourquoi les gens ont agi d’une certaine manière mais en mettant en contexte leurs actions. Les normes d’aujourd’hui ne sont pas celles d’hier. A chaque époque, les individus ont des valeurs, des idéologies et des manières de vivre propre. A Maurice, on a tendance à faire abstraction de cela.

Vous aurez également à aborder l’épineuse question de compensation financière? Comment s’y prendre?

Il faudra d’abord étudier tout ce qui s’est passé durant la période de l’esclavage et de l’engagisme. C’est après avoir écouté tout le monde qu’on pourra déterminer quelle forme de compensation sera la plus appropriée.

Ne craignez-vous pas que cette Commission ne fasse remonter certaines anciennes blessures?

Il faut préciser qu’on a beaucoup parlé d’esclavage mais on l’a aussi fait avec beaucoup de mythes et de stéréotypes. Cela est dû au fait qu’il n’y a pas eu de financement pour des recherches objectives sur l’esclavage et l’engagisme. D’où aussi l’absence d’ouvrages scientifiques sur ces époques. La Commission sera une manière de rétablir la mémoire des esclaves. Pendant longtemps, les gens ont eu peur de parler Aujourd’hui, le défi est grand pour tout le monde.

    
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