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La chèvre et le chou
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Par:-  Jean-Claude de l'Estrac

On 01/02/2009

En dépit d’une verbosité excessive, la dernière conférence de presse du Premier ministre a permis une lecture claire de ses intentions, tant sur le plan politique que sur celui de la gouvernance. L’onctuosité de son discours n’est pas parvenue à cacher ses arrière-pensées : d’abord sceller la division de l’opposition. Ensuite, sur le terrain glissant des affaires, chercher à se dédouaner personnellement sans vraiment lâcher ses acolytes. Je ne suis pas certain que l’ensemble de l’opération ait été également réussi.

Au plan politique, en provoquant un face-à-face électoral des deux principaux partis de l’opposition, Navin Ramgoolam fait un coup de maître. Le leader du Parti travailliste peut avoir l’air de vouloir éviter de se mesurer à ses adversaires politiques par faiblesse électorale – ce que le leader du MMM n’a pas manqué de souligner –, mais c’est un inconvénient passager. Il avait, à mon avis, infiniment plus à perdre en s’engageant dans cette bataille sans enjeu véritable pour son gouvernement.

En présentant un candidat travailliste à Moka-Quartier-Militaire, il aurait pris deux risques majeurs : le premier, c’est évident, est celui de perdre la partielle à un an des élections générales. Ce qui aurait pu arriver car cette circonscription n’est pas un bastion rouge. Aux dernières législatives, les deux blocs politiques avaient pratiquement fait jeu égal. On peut arguer que l’Alliance sociale était alors confrontée aux forces électorales combinées du MMM et du MSM. Oui, mais je prétends que cet avantage était relatif du fait que l’alliance MSM-MMM abordait les élections dans la position toujours problématique d’un gouvernement sortant.

Et pourtant, même là, l’opposition travailliste n’a pu empêcher Ashock Jugnauth de se faire élire en tête de liste. Dans les circonscriptions rurales voisines, l’Alliance sociale s’était imposée plus facilement. Le MMM, historiquement, a toujours réalisé un bon score dans cette circonscription. Ashock Jugnauth, bien implanté, soutenu par le MMM, est un candidat redoutable.

Mais le deuxième risque, le plus grand pour le Parti travailliste, aurait été… de gagner cette partielle ! Qu’est-ce que cela aurait prouvé ? Uniquement que si les deux partis de l’opposition persistent à se battre en ordre dispersé, ils seront tous les deux vaincus. Ce qui aurait pu leur fournir, par la suite, le prétexte, ou tout simplement l’occasion de conclure un nouvel accord, une alliance de survie. A l’inverse, en étant absent de la joute, Navin Ramgoolam pousse les deux Jugnauth, deux Premiers ministres potentiels, à s’entre-déchirer.

Ce qui n’empêche pas l’expression d’un penchant pour l’un d’eux. Chacun a bien compris, en particulier les partisans travaillistes invités à « faire leur devoir », que le Premier ministre ne pense pas qu’Ashock Jugnauth mérite d’être réélu. Il s’appuie sur des considérations prétendument morales et juridiques, mais en fait, sa posture est plutôt déterminée par son projet d’alliance pour les élections générales. Pour l’instant, son choix se porte sur le MSM de Pravind Jugnauth, même si je continue à penser qu’il se réserve la possibilité de changer d’avis. D’autant plus que Paul Bérenger aussi est à prendre – ce n’est pas Rashid Beebeejaun qui nous dira le contraire…

Au plan de la tactique politique, personne ne peut contester que Ramgoolam ait bien joué. Il est politiquement prudent, il adopte l’attitude responsable de l’homme d’Etat concentré sur les vrais problèmes du pays, il accentue la division de l’opposition. Son soutien conjoncturel à Pravind Jugnauth ne préjuge aucunement de son choix définitif pour les générales, même s’il indique sa préférence. En revanche, sur les scandales du moment, sur la crise à « Air Mauritius », à la « State Trading Corporation » (STC), sur le rôle de la commissaire de l’ICAC Indira Manrakhan, le Premier ministre ne m’a pas paru très convaincant. Je n’ai pas le sentiment que sa stratégie de communication ait été la meilleure, ce qui est peut-être un signe qu’il n’a pas encore pris toute la mesure des risques qu’il court personnellement.

Il fallait un message clair, un seul : des fautes, des erreurs, des écarts inadmissibles ont été commis par un certain nombre de dirigeants, nominés politiques, gestionnaires ou ministre(s). Les conséquences sont désastreuses pour le pays. Les coupables ou les responsables, quels qu’ils soient, seront sanctionnés et ne seront pas protégés. C’est l’assurance que les citoyens attendaient de leur Premier ministre. Je ne suis pas sûr que ce message ait été reçu. Le chef du gouvernement a peut-être convaincu de sa non-participation personnelle, de son ignorance même du « complot » anti-Nirvan Veerasamy, son nominé, affirme-t-il, et des décisions lamentables prises à « Air Mauritius » et à la STC, mais, en fait, il n’a condamné personne, même pas ceux dont il a lui-même exigé le départ. Toujours ce défaut profondément politicien de vouloir ménager la chèvre et le chou…

Et pourtant, pour sauver « Air Mauritius » – ce qui est faisable –, ni les apaisements calculés de Ramgoolam, ni les incantations politiciennes de Duval, ni les abandons crispés de Sithanen ne suffiront. Il n’y a pas trente-six solutions ; pour l’immédiat il y en a trois : une, restructurer l’entreprise en faisant appel à l’expertise extérieure, consultant en aviation ou éventuel partenaire stratégique pour renforcer le management ; deux, nommer un nouveau conseil d’administration avec quelques membres indépendants de grande expérience gestionnaire, des représentants des petits actionnaires, qui veulent être rassurés, et des syndicalistes, qui comprendront assez vite la faiblesse de la plupart de leurs propositions ; trois, et c’est peut-être le plus important, malgré la caution et l’argent de l’Etat, indispensables pour la survie de l’entreprise, un nouvel accord-cadre qui garantit sa complète autonomie de gestion.

Franchement, même si on me mettait le couteau sous la gorge, je ne saurais dire quelle est la cause de la chute d’« Air Mauritius ». L’incompétence de ses dirigeants ou les ingérences gouvernementales ? A moins que ceci n’explique cela...


Commentaires

Par inbe Cil
Feb 04, 2009
Question: Que compte faire votre gouvernement pour reduire les depenses (inutiles...) en periode de crise economique? Reponse de NR: Moi, mo teigne la lumiere quand mo quitte mo bureau. Zotte capave dimane mo garde du corps. Mo oussi ferme robinet quand mo fini servi dilo. Cela en dit long sur les efforts consentis par ce governement pour sortir le pays de la crise economique. Ah oui, pardon, j'oubliais qu'on n'est miraculeusement pas touché par cette crise. En attendant, NR se trouve aux US avec toute sa délégation... Peut être pour demander à Dieu de preserver la résilience de notre économie...
Par Tizan
Feb 03, 2009
Est-ce aussi grâce à son expertise/science en stratégie politique et ses préoccupations pour l'économie locale que le PM préfère prendre l'avion pou aller prendre du thé et des gâteaux aux US plutôt que d'aller à l'écoute de ceux qui souffrent au numero8!?!!! Et je parle même pas des dossiers brûlants qui s'emplient dans l'attente relatifs à l'économie et aux affaires intérieures du pays(Air Mts, ICAC, STC , insécurité etc..)!!!Si on se demandait encore ou se situent les priorités/(batailles) du PM, il vient de donner lui-même la réponse!!! Sacré farceur!
Par kol_darkside
Feb 03, 2009
Yesterday Air Mauritius... Today STC... Tomorrow the Government... Haha!
Par tdh
Feb 02, 2009
Franchement, ce pm nous prend pour des imbeciles et quand je vois que certaines personnes continuent a se laisser berner par ce personnage qui est en train de mener notre cher pays aux bords du precipice, je me dis que finalement nous sommes vraiment un peuple d'imbeciles. Pravish estime qu'il excelle dans l'art de l'anesthesie et la reanimation, je suis tout a fait d'accord. Mais quand un patient se fait anesthesier c'est parce qu'il le veut bien. Quand est-ce que les Mauriciens se reveilleront et apprendront enfin qu'une democratie ca ne se declare pas mais ca se vit au jour le jour!
Par Azad Dhomun
Feb 02, 2009
Excellent
Par Tizan
Feb 02, 2009
Le discours du PM sonne creux.. Aujourd'hui les mauriciens veulent de la politique courageuse, de respect du jeu démocratique et d'action! Moi, au delà du style - je vois du Navin classique : indécision, immobilisme , attentisme et inaction - sur le volet politique(partiel numero8) il ne fait rien et sur le volet économique/gestion (Air Mts, STC, ICAC, reforme electorale etc...)il ne fait rien!! Qu'on ne s'y trompe pas : la population voit claire dans l'INACTION du PM - particulièrement ceux du numero8 qui entendent : 'c'est pas ma bataille' - comme-ci ils ne valaient rien aux yeux du PM!!!Quelle insulte!!!Quand on fait la politique honnetement, on ne rate pas une occasion comme celle-là pour aller regarder les électeurs droit dans les yeux et les convaincre de sa politique socio-économique par exemple!!!! A moins de vouloir s'agripper au pouvoir à tout prix!? Cette désertion/capitulation/retard à l'allumage aura des conséquences sur les très prochaines législatives j'en suis sûr...car tout le pays s'intéresse au numero8 en ce moment. Pour moi, la campagne législative a déja commencé et le Ptr a déja pris du retard par l'indécision/frilosité du PM - pas sur que sa stratégie soit si géniale...
Par Pravish
Feb 02, 2009
Navin Ramgoolam est medecin. A mon humble avis, il aurait certainement exceller dans une specialité medicale: Anesthésie et réanimation, tellement il le pratique à la perfection sur la scène politique. M. de Lestrac, nimporte quel imbecile au pouvoir aurait evité une exposition a ces partielles et il n`y pas lieu de voir ou de conclure a une strategie extraordinaire mais plutot a un simple reflexe de survie politique. Navin Ramgoolam n`avait aucune chance de gagner ces partielles car comme vous le dites si bien, ce n`est pas un bastion rouge et les recents événements politiques n`allaient pas arranger sa victoire. Ramgoolam a simplement anesthesié la population avec une diarrhée verbale et ainsi faire croire que sa principale préoccupation était l'économie et les affaires du pays. La population sera réanimée bientot par un autre scandale et anesthésiée à nouveau par Navin Ramgoolam. Je voudrais également connaitre le rôle des journalistes et leur faculté à poser des questions avec un minimum de `Homework` mais également à écouter. Si les deux étaient réunis alors nous aurions une belle résistance à cette anesthésie chronique de Navin ramgoolam.
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