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Il ne faut pas tuer notre presse !
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Par:-  Nadarajen Sivaramen

On 21/09/2010

Au lieu de situer les responsabilités des uns et des autres dans ce pourrissement permanent des relations entre la presse locale, ses quelques centaines de journalistes – qui sont pluriels, rarement unis et évoluent dans un rude environnement économique concurrentiel – et les politiques dont les positions et les postures varient selon la conjoncture du jour, il serait bien de discuter des conditions qui pourraient normaliser ces relations – pour le bien de la profession qui demeure l’une des pierres angulaires de notre démocratie.

Certes, pour beaucoup de «meter tchoula», il serait mieux que les choses en restent là, c’est-à-dire bloquées et radicalisées. Il y a apparemment des extrémistes qui vivent de ce conflit. C’est vrai qu’un journal qui subit les foudres du gouvernement peut se sentir flatté dans son orgueil. Et de même, un gouvernement qui subit les critiques de la presse peut en tirer profit. On imagine, par exemple, Ramgoolam chuchoter à Sarkozy, en souriant : «Chez moi, ils me critiquent matin et soir…je reste serein.» Et puis, au retour, à Plaisance, piquer une crise rouge-sang, ou brandir comme jadis, une épée contre les démons de la presse.

Pourtant, la presse demeure l’un des indices incontournables de la gouvernance sur le plan mondial – qui conditionne bien souvent l’aide internationale. D’où ce besoin de trouver un cadre de travail pour cette fonction vitale. Plusieurs pays parmi les démocraties modernes ont pris les devants en choisissant de ne plus avoir recours aux poursuites des journalistes au criminel, soit en les emprisonnant, comme c’est le cas, entre autres, à Madagascar, en Chine, à Cuba, en Ouganda.

En Afrique du Sud, les journalistes se battent ces jours-ci contre des mesures liberticides venant des stratèges de… l’ANC, qui l’eut cru ?

Pour que les médias soient plus respectés, il faut qu’ils puissent travailler avec les moyens dont ils ont besoin et la protection de la loi.

C’est dans cette logique que le quotidien français «Le Monde» entame cette semaine une action en justice contre le régime de Nicolas Sarkozy pour tentative de museler le quotidien dans le sillage de l’affaire Bettencourt. L’Elysée a cru utile d’utiliser les services secrets pour assécher les sources du «Monde». «Dans une démocratie apaisée, la protection des sources garantit que, quand un pouvoir (politique ou économique) est tenté d’user à l’excès de sa puissance, il devrait exister des mécanismes de recours (…) C’est une question de principe et de droit qui ne concerne pas que le «Monde», mais l’ensemble de la presse», fait ressortir la direction du «Monde».

Chez nous, dans le même ordre d’idées, l’action en justice au sujet des publicités gouvernementales que mènent le groupe «La Sentinelle» et Jean Claude de L’Estrac s’avère une tentative de lutter contre une décision arbitraire qui vise à nuire à la liberté d’expression des journaux en leur coupant leurs moyens.

De son côté, le pouvoir a eu recours à la police pour perquisitionner des salles de rédaction, pour faire arrêter des journalistes pour diffusion de fausses nouvelles, sans toutefois que ces affaires n’aboutissent à une décision de la justice… Ce qui rend illogique la démarche qui ressemble alors davantage à une tentative d’intimidation.

La justice demeure un terrain neutre, mais il existe aussi d’autres moyens, des moyens qui intègrent dans la sérénité au lieu de trancher dans le vif. Il y a plusieurs sujets cruciaux à discuter de manière civilisée, pacifiée : la définition du rôle de la presse au sein de la démocratie, l’instauration d’un respect mutuel entre journalistes et politiciens, la formation professionnelle des journalistes et le non-respect du «Media Trust Act», l’avènement d’une «Media Commission» et les hommes qui en seront responsables, l’impossibilité légendaire des journalistes de faire durer une association (quel gâchis ce qu’ils ont fait de la motivation de ces 106 journalistes réunis en 2006 pour se prendre en charge), la nécessaire révision des lois criminelles contre les journalistes, l’incontournable libération des ondes TV afin de mettre fin au monopole de la MBC et de sa gestion hasardeuse, le besoin d’un partenariat entre la presse et le gouvernement sur des projets de développement durable, la promotion du mauricianisme, la lutte contre les fléaux sociaux et la drogue etc.

Outre et au-delà des problèmes qui peuvent exister entre «La Sentinelle » et le gouvernement Ramgoolam, il y va de l’avenir d’une presse qui a jalonné l’histoire politique du pays depuis le XVIIIe siècle et de ceux qui doivent aujourd’hui en prendre la relève. C’est une grande dame qu’on maltraite, qu’on déchire, qu’on brûle, qu’on tue à petit feu.

Elle a droit au respect. Des politiciens comme des journalistes. Les deux corps de métier possèdent des allumettes, c’est cela le danger auquel est confrontée notre presse.

 


Commentaires

Par Roshan
Sep 22, 2010
We tend to look at the press as one industry and having one agenda. Like Mr. Sivaramen pointed out, there are several hundred of journalists working for many news organizations. And we do not look at the business side of newsprint, as well as the training component. The world is changing and the nature of the job requires that we update our vision of what we call the press...in the dark age, they were burning books, today we are facing new challenges. Someone noted recently that only Anglophone have the right to be a candidate in Mauritius for the general election...These are example of cases that the press can fight for. Politicians will come and go, the press and the country are here to stay. Personally I cannot see myself starting a day without glancing at the newspaper...and of course I so often wish they were all of the BBC quality...Theres room for improvement and for sure there is no need to set the house on fire.
Par vvizz
Sep 22, 2010
In the land of Uncle Sam where Freedom is the foundation of the nation, the press is not completely free but they are doing their job responsibly for the benefit of the country and the People. The Patriot act was voted and journalists have to reveal their source of information upon request for national security reason. On the other hand, in Mauritius the media is above all else a business where the book need to be balanced first then they need to settle score with their enemies, after that they need to impose on everybody that they are and they must remain above the law and finally maybe think of the country or the People.
Par democrate
Sep 22, 2010
Nadarajen appelle à un respect mutuel entre journalistes et politiciens. Le respect mutuel, qu’est ce que c’est? Le fait de poser ce postulat comme une des conditions de l’amélioration des relations entre le pouvoir et la presse sous-entend qu’il n’y a pas de respect mutuel maintenant. Or, autant que l’on sache, c’est le pouvoir qui ne respecte pas la presse indépendante. N’appréciant pas les critiques de la presse libre contre les gabegies et inepties de son administration, le gouvernement fait toujours un procès d’intention implacable aux éditorialistes indépendants en leur prêtant de sombres desseins ou des arrière-pensées. En revanche, on ne peut pas dire que ces éditorialistes manquent de respect envers les gouvernants. Ils ne lancent pas des attaques personnelles contre les dirigeants. Ils ne débitent pas des mensonges à leur sujet ni ne se rendent coupables de diffamation à leur égard. Tout ce qu’ils font, c’est faire des commentaires sur des sujets d’intérêt public (fair comment on matters of public interest). C’est ça le rôle de la presse libre dans une démocratie. Si les dirigeants ne peuvent accepter des critiques contre leurs politiques, ils ont un problème. Ou plutôt une autre conception de la liberté d’expression, celle qui consiste à encenser les ministres à longueur de journée, comme le fait la MBC, au point d’en faire des dieux vivants ou une élite intouchable vivant en lévitation de la société. Entre le pouvoir et la presse libre, il y a un clash de valeurs. Tant que le gouvernement n’acceptera pas les règles de la démocratie parlementaire (la séparation des pouvoirs, l’indépendance des institutions, le droit des citoyens à l’information, le pluralisme politique, la liberté des syndicats, le respect des intellectuels, etc.), il trouvera des prétextes pour museler la presse. Cette dernière ne peut pas abdiquer ses responsabilités face à l’intimidation et laisser le champ libre à des charlatans. Il y va de l’intérêt national.
Par Honky Tonk
Sep 21, 2010
As far as i'm concerned, i've noticed that many Mauritian journalists are killing "Free Speech" themselves. As long as you are convinced that criticizing or discussing of religions is a taboo, 100% free speech will never be achieved in Mauritius.
Par ledodo38
Sep 21, 2010
Je suis d'accord avec une presse indépendante. Mais l'interview de l'ancien ambassadeur de France, M Maillard , parlant de la presse mauricienne souligne la propension de la presse locale à créer une polémique par jour mérite que l'on s'y attarde. Et le fait qu'un organisme auto régulateur de la presse locale n'arrive pas à vivre en dit long sur le " rude environnement économique concurrentiel " de votre artcle...
Par Virginie L.
Sep 21, 2010
En Europe, il y a des médiateurs indépendants pour permettre un dialogue entre les journaux et le gouvernement. Il y a en effet des combats à mener ensemble pour le bien du pays. S'entre-déchirer en permanence n'aboutit a rien. Ce ne sera jamais une win-win situation. Mais c'est vrai qu'en regardant la MBC, on ne peut pas toujours se plaindre des excès de la presse indépendante, mais il est aussi vrai qu'en se défendant cette même presse fuit devant ses responsabilités citoyennes qui est de faire progresser la nation...et cette mission doit être conduite en partenariat avec les élus de la nation, tout en exerçant bien sur un esprit critique.
Par Baltazar
Sep 21, 2010
Si l'Express meurt, ce sera aussi la fin du règne Ramgoolam II . Ses agressions envers la presse libre tourneront en dépressions. Il est trop habitué d'avaler et vomir les critiques qu'il rejettera ceux qui le flattent. Ce qu'il a vraisemblablement chuchotté à Sarkozy, qu'on le critique matin et soir, sans l'Express il sera isolé. Et l'isolation peut tuer !
Par RR
Sep 21, 2010
Ce texte a le mérite de poser DES bonnes questions. Qui forment nos journalistes? Avons-nous peur de leur donner DES moyens? Merci Nad!
Par Goindoo Lee
Sep 21, 2010
Re Sugar cane burning...I have moved here from Uk recently. I thought the sugar cane fields are not supposed to be burnt near residential areas. Since the harvesting started, every weekend there is nonstop black sugar canes leaves around my veranda, swimming pool . My family is just fed up with it. Once it's ok, but not every bloody week . We cannot open windows or go outside in the garden.Is there any chance of writing an article on this. The environment people do not seem to care. I like your article above, but in Mauritius, nothing will change so long as the opposition party is not very srtong. Everything is one sided. thank you.
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